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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101456

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101456

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2021 et le 20 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Mirepoix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Toulouse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 16 septembre 2019 ;

3°) de condamner la commune de Toulouse à lui verser la somme globale de 26 880,88 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 11 janvier 2021, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par la commune de son recours gracieux ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission de réforme, lequel l'a privée d'une garantie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne pouvait plus retirer la décision du 7 février 2020, qui n'était pas entachée d'une erreur matérielle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commune de Toulouse a mis plus de quatre mois à statuer sur sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident, en méconnaissance des dispositions des articles 47-4 et 47-5 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que son accident devait être regardé comme imputable au service ;

- l'illégalité entachant la décision du 11 janvier 2021 lui a causé un préjudice matériel, évalué à la somme de 6 880,88 euros ;

- l'illégalité entachant la décision du 11 janvier 2021 lui a causé un préjudice moral, évalué à la somme de 10 000 euros ;

- l'illégalité entachant la décision du 11 janvier 2021 lui a causé un préjudice lié à la carence de mise en œuvre de la protection fonctionnelle, évalué à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, la commune de Toulouse, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête de Mme B et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Verger, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe territoriale d'animation, exerce les fonctions d'animatrice jeunesse au sein des services de la commune de Toulouse. Elle a été victime d'un accident sur son lieu de travail le 16 septembre 2019 et a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de celui-ci. Par une décision du 7 février 2020, le maire de la commune de Toulouse a refusé de faire droit à sa demande. Elle a exercé un recours gracieux contre cette décision le 4 mars 2020. Par un arrêté du 11 janvier 2021, le maire de la commune de Toulouse a retiré la décision du 7 février 2020 et a, à nouveau, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de Mme B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

4. Pour rejeter la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de Mme B, le maire de la commune de Toulouse a estimé qu'elle n'avait subi aucune agression, que la relation directe, certaine et déterminante entre le service, l'accident et les séquelles n'était pas établie en l'espèce et que les circonstances de l'accident ne permettaient pas d'admettre l'imputabilité au service.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été conviée, le 16 septembre 2019, à l'occasion de l'exercice de ses fonctions et dans le temps du service, à un séminaire territorial regroupant plusieurs agents de la commune de Toulouse exerçant les fonctions d'animateur jeunesse. Il ressort également des attestations de témoins produites par la requérante qu'en amont de la réunion programmée à cette date, l'un de ses collègues, M. D, a cité son nom sur un ton agressif et a menacé de s'en prendre physiquement à elle. La requérante a été victime d'un malaise au cours de la réunion qui a suivi et a été prise en charge par les services de secours. Mme B justifie, par les certificats médicaux produits, souffrir d'un syndrome anxiodépressif consécutif à cet évènement et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que de tels troubles auraient été préexistants. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la commune de Toulouse en défense, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B et M. D entretiendraient des relations conflictuelles d'ordre personnel de nature à détacher l'accident, dont la requérante a été victime, du service. Dans ces conditions, en considérant que les circonstances de l'accident permettaient de le détacher du service, le maire de la commune de Toulouse a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 janvier 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

7. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

8. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 du présent jugement qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme B, le maire de la commune de Toulouse a entaché sa décision d'une illégalité, qui est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune à raison des préjudices directs et certains qu'elle a causés à la requérante, à qui il appartient d'apporter la preuve de leur existence.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices subis :

9. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 du présent jugement que Mme B aurait dû être placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service et aurait ainsi dû conserver l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'elle soit en état de reprendre son service et être remboursée des honoraires et frais médicaux en lien avec son accident.

10. D'une part, il résulte de l'instruction qu'elle n'a perçu qu'une partie de son traitement pour les mois de mars à octobre 2020, correspondant à une perte de traitement nette de 5 442,61euros. Il sera ainsi fait une exacte appréciation du préjudice financier subi par Mme B du fait de l'illégalité de la décision du 11 janvier 2021 en l'évaluant à la somme de 5 442,61 euros.

11. D'autre part, s'il résulte de l'instruction que par un titre exécutoire du 27 août 2021, la commune de Toulouse a réclamé à la requérante le remboursement de frais médicaux d'un montant de 1 458,27 euros, Mme B n'établit pas s'être effectivement acquittée de cette somme. Dans ces conditions, le préjudice invoqué ne présente pas un caractère certain et ne peut ainsi être indemnisé.

12. Si la requérante se prévaut d'un préjudice lié au refus de lui accorder la protection fonctionnelle, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait adressé une demande à la commune de Toulouse tendant à ce que cette protection lui soit accordée. Dans ces conditions, elle ne saurait se prévaloir d'un tel préjudice.

13. Mme B soutient que le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et des lésions qui en ont résulté lui a causé un préjudice moral lié à un sentiment de dénigrement et d'absence de reconnaissance de son travail. Il résulte en effet de l'instruction du dossier que Mme B est suivie par un médecin psychiatre depuis octobre 2019 et qu'elle a souffert d'un sentiment d'injustice causé par la décision du maire de la commune de Toulouse. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice moral en condamnant la commune de Toulouse à lui verser la somme de 1 000 euros.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Toulouse devra verser à Mme B la somme totale de 6 442,61 euros.

Sur les intérêts :

15. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts au taux légal courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, la requérante a droit, ainsi qu'elle le demande, à compter du 18 mars 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable, aux intérêts au taux légal sur la somme totale allouée au point 14.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune de Toulouse prenne une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme B le 16 septembre 2019.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 1 500 euros, à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Toulouse au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de la commune de Toulouse du 11 janvier 2021 est annulée.

Article 2 : La commune de Toulouse est condamnée à verser à Mme B la somme de 6 442,61 (six mille quatre cent quarante-deux et soixante et un centime) euros au titre des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 mars 2021.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Toulouse de prendre une nouvelle décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme B le 16 septembre 2019.

Article 4 : La commune de Toulouse versera à Mme B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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