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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101567

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101567

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2021, M. D, représenté par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, dès lors qu'aucune décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil n'est intervenue et qu'il n'a d'ailleurs jamais été placé en fuite ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 10 août 1994, déclare être entré sur le territoire français en juillet 2018. Par une décision du 18 juillet 2018, il a accepté l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile et accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Suite à l'interruption du versement de l'allocation des demandeurs d'asile en février 2019, le requérant a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 mai 2021, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. /(). Aux termes de l'article R. 774-14 du même code, dans sa rédaction applicable : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744- 6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ()".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la capture d'écran du fichier " DN@ " produite par l'OFII, que M. C a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, lequel n'a fait ressortir aucune vulnérabilité particulière. Cette évaluation a été réitérée dans le cadre de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, au cours de laquelle M. C n'a signalé aucun problème de santé, ni vulnérabilité particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la directive susvisée du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Toutefois, aux termes de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur:( ) b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national;(). ".

6. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ".

7. M. C se prévaut du défaut de base légale de la décision attaquée du 14 janvier 2021, au motif que cette décision refuse le rétablissement des conditions matérielles d'accueil suite à la décision de " suspension " des conditions matérielles d'accueil dont il a fait l'objet par une décision du 14 février 2019. La circonstance que la décision attaquée se fonde sur une décision de " suspension " des conditions matérielles d'accueil alors que la décision du 14 février 2019 est une décision de " retrait de plein droit " des conditions matérielles d'accueil, constitue une simple erreur de plume et non, ainsi que le soutient le requérant, une erreur de droit. En outre, il ressort des pièces du dossier que pour décider de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à M. C, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne s'est pas présenté aux autorités, comme en atteste le procès-verbal de carence du 25 janvier 2019, suite à la notification de ses arrêtés de transfert et d'assignation à résidence, notifiés le 16 janvier 2019. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait fait valoir, dans le cadre de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, de motif légitime susceptible de justifier les manquements constatés. De plus, l'évaluation de sa situation personnelle n'a relevé aucune vulnérabilité, ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision du 11 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Franços et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

N. A

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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