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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101619

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101619

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par la requête n°2101619 et un mémoire enregistrés le 5 avril 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne sont pas de nature à caractériser une faute disciplinaire ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la décision attaquée présente un caractère disproportionné au regard des motifs qui la fondent.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2021, le centre hospitalier Gérard Marchant, représenté par Me Duverneuil, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 avril 2022 par une ordonnance du 16 mars 2022.

II- Par la requête n°2102425 et un mémoire enregistrés le 27 avril 2021 et le 5 avril 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C B, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 avril 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de neuf mois dont quatre mois avec sursis ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne sont pas de nature à caractériser une faute disciplinaire ;

- la décision attaquée présente un caractère disproportionné au regard des motifs qui la fondent ;

- elle méconnait la règle non bis in idem.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, le centre hospitalier Gérard Marchant, représenté par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 avril 2022 par une ordonnance du 16 mars 2022.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu l'ordonnance n°2101611 du 14 avril 2021 ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public,

- et les observations de Me Touboul, représentant M. B, ainsi que celles de Me Duverneuil , représentant le centre hospitalier Gérard Marchant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été recruté par voie de mutation au centre hospitalier Gérard Marchant à compter du 18 juin 2019 en qualité d'attaché principal d'administration hospitalière pour occuper les fonctions de responsable des achats et de la logistique. Il a été affecté à la direction du patrimoine et de la logistique dirigée par Mme A, directrice adjointe. Le 17 janvier 2020, lors d'un entretien qu'il a sollicité auprès de la direction des ressources humaines, il a appris que plusieurs faits dans l'exercice de ses fonctions lui sont reprochés par sa hiérarchie. Par décision du 24 janvier 2020, le directeur du centre hospitalier l'a suspendu de ses fonctions pour une durée de quatre mois au motif que " sa manière défaillante de servir altère fortement le fonctionnement du service et justifie l'ouverture d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle à son encontre ". Le 26 mai 2020, la commission administrative paritaire a émis un avis favorable à son licenciement pour insuffisance professionnelle. Par décision du même jour, le directeur du centre hospitalier a prononcé un tel licenciement. Par ordonnance n°2003566 du 21 août 2020, le juge des référés a suspendu cette décision du 26 mai 2020 et a ordonné la réintégration à titre provisoire de M. B. Par décision du 2 septembre 2020, le centre hospitalier a réintégré ce dernier et par la même décision l'a suspendu à titre provisoire au motif qu'une procédure disciplinaire allait être initiée à son encontre. Le 5 mars 2021, le conseil de discipline saisi n'a émis aucun avis. Par décision du 10 mars 2021, le directeur du centre hospitalier a prononcé à l'encontre de M. B une sanction portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis. Par ordonnance n°2101611 du 14 avril 2021, le juge des référés a suspendu cette décision et a enjoint au centre hospitalier de réintégrer M. B. Par décision du 23 avril 2021, le directeur du centre hospitalier a abrogé la décision du 10 mars 2021 et a infligé une nouvelle sanction d'exclusion temporaire de neuf mois dont quatre mois avec sursis. Par la requête n°2101619, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 10 mars 2021 portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis. Par la requête n°2102425, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 23 avril 2021 en tant qu'elle porte exclusion temporaire de neuf mois dont quatre mois avec sursis.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes n°2101619 et n°2102425 portent sur des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 6 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires " Aucun fonctionnaire ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. () Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / () 2° Le fait qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ". Et l'article 29 de la même loi prévoit que " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Troisième groupe : / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ".

En ce qui concerne la décision du 10 mars 2021 :

4. Il ressort de la décision susvisée que le centre hospitalier a exclu, à titre temporaire, le requérant aux motifs que celui-ci a eu un comportement inadapté lors de la procédure de son licenciement notamment en procédant à des manœuvres et des accusations mensongères, en tenant des propos outrageants et diffamatoires avec les plaintes qu'il a déposées, qu'il a également eu un comportement déloyal dans les demandes de communication de son dossier et dans l'utilisation abusive de sa qualité d'attaché du centre hospitalier, qu'il est considéré comme ayant fait acte de chantage, de menaces et de falsification de documents et qu'il a commis une faute dans le recrutement d'un cuisinier, en ne respectant pas les instructions données par sa supérieure hiérarchique.

5. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui exerçait son droit de contester les mesures prises à son encontre, en aurait abusé en excédant, par ses propos ou son comportement, les limites des arguments susceptibles d'être avancés pour mener une défense. Dans ces conditions, aucune mesure d'exclusion ne pouvait être prise en considération du recours formé par M. B devant son supérieur ou des actions de justice qu'il avait engagées pour faire valoir ses droits. De même, si les relations de travail entre M. B et sa directrice étaient tendues et si ces tensions ont au fil de la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle également concernées la directrice des ressources humaines et le directeur général, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces difficultés relationnelles relevaient du seul comportement de M. B. En outre, les faits relatifs aux courriers adressés à des autorités extérieures ne sont pas établis par les pièces du dossier. Enfin, s'agissant du recrutement d'un cuisinier, si un manquement peut être reproché au requérant, dès lors qu'il n'a pas suivi les instructions de sa directrice, en faisant convoquer une personne dont la candidature avait été écartée, il ressort des pièces du dossier que cette personne a pourtant été recrutée par le centre hospitalier pour une période de 15 jours avec l'aval de la directrice adjointe et celui du service des ressources humaines. Dans ces circonstances, la sanction portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis, sanction du troisième groupe, apparaît disproportionnée au regard de la gravité des faits pouvant être reprochés à M. B.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n°2101619, que la décision du 10 mars 2021 portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis doit être annulée.

En ce qui concerne la décision du 23 avril 2021 :

7. Pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, dès lors que les mêmes faits sont reprochés à M. B, la sanction portant exclusion temporaire des fonctions pour une durée de neuf mois dont quatre mois avec sursis, sanction du troisième groupe, apparaît disproportionnée au regard de la gravité des faits pouvant être reprochés à M. B.

8. Il s'ensuit et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n°2102425, que la décision du 23 avril 2021 doit également être annulée en tant qu'elle porte exclusion temporaire des fonctions pour une durée de neuf mois dont quatre mois avec sursis.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de M. B, qui n'est pas partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par et non compris dans les dépens sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 mars 2021 portant exclusion temporaire des fonctions de M. B pour une durée de deux ans dont six mois avec sursis est annulée.

Article 2 : La décision du 23 avril 2021 est annulée en tant qu'elle porte exclusion temporaire des fonctions de M. B pour une durée de neuf mois dont quatre mois avec sursis.

Article 3 : Le centre hospitalier Gérard Marchant versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2101619 et n° 2102425 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre hospitalier Gérard Marchant.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

V. JORDALe président,

D. KATZLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef et 2102425

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