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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101622

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101622

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOUCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées le 23 mars 2021 et le 19 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Bouchaib, substituée par Me Chimani, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande tendant, d'une part, à l'abrogation de l'arrêté du 24 septembre 2020 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et, d'autre part, le relèvement de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois prononcée par le même arrêté ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'abroger l'arrêté du 24 septembre 2020 ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de le relever de son interdiction de retour sur le territoire français dès la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision méconnait les dispositions du III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 24 septembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a fait obligation à M. A, ressortissant algérien né le 8 avril 1976, de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. A a demandé le 29 septembre 2020 au préfet de la Haute-Garonne d'une part, d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et d'autre part de relever l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 1er mars 2021 en tant qu'elle refuse d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français du 24 septembre 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".

3. Lorsqu'un ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français présente au préfet une demande d'abrogation de cette obligation, il lui appartient de faire état d'un changement dans les circonstances, de fait ou de droit, postérieur à l'obligation dont l'abrogation est demandée et susceptible d'avoir une incidence sur le maintien de cette obligation. Il ne saurait alors utilement se prévaloir de l'illégalité de cette dernière. Lorsqu'il n'est pas justifié d'un tel changement, le préfet est en droit, pour cette seule raison, de refuser l'abrogation ainsi demandée. Il est également loisible au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier l'opportunité d'abroger la mesure d'éloignement, notamment en vue de régulariser la situation de l'étranger. Lorsqu'au contraire, il est justifié d'un tel changement, rendant illégal le maintien de cette mesure d'éloignement, le préfet est tenu de l'abroger.

4. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration et précise que l'arrêté du 24 septembre 2020 n'étant pas devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, rien ne justifiait qu'il soit fait droit à la demande d'abrogation de M. A. Elle comporte donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " et aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ".

7. D'une part, M. A soutient qu'il a fait état, à l'appui de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 24 septembre 2020, d'éléments de faits nouveaux qui auraient une incidence sur l'appréciation de sa situation. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est prévalu, tout d'abord, d'éléments nouveaux concernant les motifs de son maintien sur le territoire français liés à l'impossibilité de retourner en Algérie en raison de la fermeture des frontières dans le contexte sanitaire de la pandémie de Covid-19. Toutefois, cette situation était antérieure à la prise de la décision portant obligation de quitter le territoire français et M. A ne justifie pas sur ce point d'éléments nouveaux par rapport à sa demande initiale. Ensuite, ni la promesse d'embauche établie par la société Drive Autosud du 23 juin 2020 ni les pièces médicales attestant de ses douleurs lombaires, pour lesquelles il consulte occasionnellement des médecins depuis 2013, ne sauraient être regardées comme des éléments nouveaux de nature à rendre illégale la décision du 24 septembre 2020. Enfin, M. A s'est prévalu de son mariage contracté en 2003 en Algérie avec une ressortissante algérienne en situation régulière en France et de la présence de ses trois enfants scolarisés sur le territoire français. Toutefois, cet élément de fait, que le préfet de la Haute-Garonne a pris en compte dans son arrêté du 24 septembre 2020, ne présentait pas un caractère nouveau.

8. D'autre part, M. A soutient que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le requérant, qui est hébergé par sa belle-sœur et ne vit pas avec ses enfants, n'allègue ni n'établit une communauté de vie avec son épouse à la date de la décision attaquée. Il ne justifie pas non plus pourvoir à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. A n'est pas fondé à soutenir que les circonstances qu'il a ainsi portées à la connaissance du préfet de la Haute-Garonne présenteraient un caractère nouveau ou auraient été de nature à modifier l'appréciation portée par ce dernier sur l'existence de circonstances exceptionnelles, justifiant l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 24 septembre 2020.

En ce qui concerne la décision en tant qu'elle refuse de relever l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas: / 1°Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3. ".

11. Pour les motifs évoqués aux points 7 et 8 du présent jugement, et en l'absence de circonstance de droit ou de fait ayant rendue illégale la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de procéder à son abrogation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 1er mars 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Chimani et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

B. C

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°210162

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