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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101629

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101629

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2021, M. A C, représenté par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) subsidiairement, d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation en application de l'article L.512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec délivrance, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ne sont pas suffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2021 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Duguet, substituant Me Ouddiz-Nakache, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 21 septembre 1985 à Lakhdaria (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France le 20 octobre 2016 muni d'un visa court séjour. A la suite de son mariage avec une ressortissante française, il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an valable jusqu'au 8 février 2018, dont le renouvellement lui a été refusé en raison de la rupture de la vie conjugale. Il a sollicité le 11 février 2019 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail, sur le fondement des articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 2 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner en France pour une durée de six mois. M. C demande l'annulation du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement, ainsi que la délivrance d'un titre de séjour " salarié ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes du 10ème alinéa de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé le parcours de M. C et les éléments déterminants de sa situation familiale et professionnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloigné du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. C comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation précise de l'arrêté contesté, que le refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement en litige auraient été pris sans examen réel et sérieux de la situation de M. C. Le moyen tiré, pour ce motif, de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France depuis quatre ans, qu'il dispose d'un logement propre depuis 2019, a bénéficié de trois promesses d'embauche comme chauffeur-livreur, en octobre 2019, octobre 2020 et en mars 2021, et a travaillé en 2017 dans la société Proman, puis, en intérim à compter de 2018 comme préparateur de commande, chauffeur ou manutentionnaire, avant de créer sa société de livraison de repas à domicile en 2019. Dans le cadre du contrat d'intégration républicaine qu'il a signé, il a suivi en avril 2017 les deux modules de la formation civique et a été dispensé de suivre une formation linguistique compte tenu de sa bonne maîtrise de la langue française. Si, au regard de ces éléments, la volonté d'intégration de M. C est établie, le requérant ne démontre pas avoir fixé l'essentiel de sa vie privée et familiale en France depuis la rupture de son mariage. S'il soutient avoir noué une relation amoureuse avec une nouvelle compagne française en septembre 2018, il n'établit pas l'ancienneté de cette relation par la seule attestation produite par l'intéressée, ni sa stabilité à la date de la décision contestée, alors qu'il n'est ni établi ni allégué qu'il vivrait avec cette personne. Par ailleurs, si le requérant établit pouvoir retrouver un emploi en cas de régularisation, il ne démontre ni que le préfet aurait commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa long séjour et de demande d'autorisation de travail, ni que les caractéristiques particulières de son activité professionnelle ou de sa formation justifieraient la délivrance d'un titre " salarié " à titre exceptionnel. Enfin, il est constant que M. C n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où résident ses parents. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Compte tenu des motifs exposés au point 7, il n'est pas établi que les décisions contestées de refus de titre de séjour et d'éloignement portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté.

Sur les autres conclusions :

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 mars 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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