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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101655

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101655

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mars 2021 et le 31 mars 2021, M. C A, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et d'ordonner le paiement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de sept jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai de sept jours ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'OFII ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale dès lors que les articles L. 744-8-2° et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquels elle se fonde, sont contraires aux objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée méconnait son droit fondamental de bénéficier des conditions matériels d'accueil ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est cru en situation de compétence liée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 n° 428530, 428564, et notamment son point 11 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,

-et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 13 février 1993, est entré sur le territoire français le 1er février 2019. Il s'est présenté le 9 février 2021 au guichet d'accueil des demandeurs d'asile à Toulouse afin d'y faire enregistrer sa demande d'asile. Celle-ci a été enregistrée en procédure accélérée par la préfecture de la Haute-Garonne. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 9 février 2021lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La directive visée ci-dessus du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables.".

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : ()/ 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. " et aux termes de l'article D.744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : ()/ 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision attaquée mentionne que l'intéressé n'a pas respecté, sans motif légitime, le délai de 90 jours après son entrée en France au cours duquel une demande d'asile doit être déposée, si bien qu'en application des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

8. En troisième lieu, il ressort de la fiche de vulnérabilité produite par l'OFII en défense, signée par le requérant, que ce dernier a fait l'objet d'un examen de sa vulnérabilité préalablement à l'adoption de la décision attaquée le 9 février 2021, et que cet examen n'a pas conclu à un état de vulnérabilité ni à des besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

9. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 744-8 transposent en droit interne les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale. Le cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil qu'elles prévoient correspond à l'hypothèse fixée au paragraphe 2 de l'article 20 de la directive qui énonce que les Etats membres peuvent " limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'Etat membre ". Par suite, le cas de refus prévu au 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas, dans son principe, incompatible avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.

10. En cinquième lieu, M. A soutient se trouver dans une situation d'extrême urgence, n'ayant ni ressources, ni hébergement, du fait du refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant déclare être hébergé dans un foyer depuis le 1er janvier 2021 et il ne fait état d'aucun problème de santé particulier. Dans ces conditions, alors que M. A ne produit aucun élément de nature à démontrer les difficultés dont il se prévaut, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, ni que la décision attaquée aurait porté atteinte à son droit fondamental de bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

11. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII se serait estimé tenu de refuser les conditions matérielles d'accueil au seul motif d'un dépôt tardif de la demande d'asile de M. A, sans tenir compte de sa situation. En outre, comme il a été dit, si ce dernier se prévaut d'un état particulier de vulnérabilité, il ne produit aucun élément de nature à démontrer une telle vulnérabilité, ni de réelles précisions quant à l'état de vulnérabilité ainsi allégué. Par suite, le requérant qui est entré en France selon ses déclarations le 1er février 2019 ne justifie pas d'un motif légitime l'ayant empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai de 90 jours. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 février 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Durand et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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