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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101702

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101702

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 mars 2021, le 2 avril 2021, le 12 mai 2021 et le 21 mai 2021, M. D C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sans délai à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant refus de séjour :

-méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-est entachée d'erreurs de droit dès lors qu'il appartenait au préfet, en application de l'article R. 5221-17 du code du travail, d'instruire la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur, le cas échéant en saisissant lui-même les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, et qu'il ne pouvait, par ailleurs, lui opposer son absence de visa de long séjour dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle ; en tout état de cause, aucune condition de visa n'est exigée par l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

-méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que remplissant les conditions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est protégé contre l'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2021.

Un mémoire présenté pour M. C a été enregistré le 4 août 2021 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant marocain né le 24 juillet 1994, est entré en France sous couvert d'un visa de long séjour le 13 décembre 2017. Le 14 mars 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, tant au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11, 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'au titre de sa qualité de salarié, sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par un arrêté du 1er mars 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2020-290 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers et notamment celles concernant les refus de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les articles utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'accord franco-marocain et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels il se fonde, fait état d'éléments relatifs à l'identité de l'intéressé, à ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et à sa situation familiale et personnelle. Il précise en outre, pour chacune des décisions attaquées, le ou les motifs ayant présidé à leur édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Contrairement à ce que soutient M. C, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné sa demande d'admission au séjour au titre du travail, que ce soit de plein droit, au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 313-10, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, bien qu'il n'y était dans ce dernier cas pas tenu comme cela a été rappelé au point 6. Ce faisant, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas opposé au requérant l'absence de contrat de travail visé par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, a lui-même procédé à l'instruction de la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur de M. C.

8. Par ailleurs, et contrairement encore à ce que soutient M. C, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entendu lui opposer son absence de visa de long séjour pour refuser de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. L'absence du visa de long séjour alors prévu par les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont bien opposables aux ressortissants marocains, n'a été relevée par l'autorité préfectorale que dans le cadre de l'examen de la demande de M. C en vue d'une éventuelle admission au séjour de plein droit.

9. En cinquième lieu, M. C soutient qu'il justifie d'une expérience professionnelle de deux ans en qualité de plâtrier, en adéquation avec la promesse d'embauche dont il se prévaut, qu'il s'agit d'un secteur en manque de main d'œuvre et qu'il a, par ailleurs, décidé de créer sa propre entreprise de plâtrerie, étant précisé qu'il dispose de toutes les compétences nécessaires pour mener à bien un tel projet au vu de ses études de management et de gestion. De telles circonstances ne sont toutefois pas de nature à révéler l'existence de motifs exceptionnels justifiant que le préfet fasse usage de son pouvoir de régularisation, alors en particulier que la promesse d'embauche dont il se prévaut n'est pas en adéquation avec son cursus universitaire et que la viabilité économique de son projet d'autoentreprise ne ressort pas des pièces du dossier. M. C n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne l'admettant pas exceptionnellement au séjour au titre du travail.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. C, qui n'était présent sur le territoire français que depuis trois ans à la date de l'arrêté attaqué, se prévaut de la présence régulière de son épouse, compatriote titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 29 avril 2023, ainsi que de plusieurs membres de sa famille, également en situation régulière ou titulaires de la nationalité française, il ne justifie pas pour autant disposer en France d'attaches suffisamment stables et intenses, eu égard notamment au caractère très récent de son mariage, antérieur de quelques mois seulement à la décision attaquée, et à l'absence de justification de ce qu'il entretiendrait des liens solides et fréquents avec les membres de sa famille, qu'il n'a pourtant pas mentionnés dans son formulaire de demande de titre de séjour. Par ailleurs, si M. C justifie avoir créé une entreprise de plâtrerie, il ne ressort pas des pièces du dossier que celle-ci lui procurerait une activité fréquente et rémunératrice. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne pourrait s'éloigner de son épouse et interrompre son activité le temps de retourner dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside encore son père, afin de solliciter un visa de long séjour ou de bénéficier d'une demande de regroupement familial présentée par son épouse. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il s'ensuit que M. C n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il entrerait dans une des catégories des étrangers protégés contre l'éloignement en vertu des dispositions alors applicables de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En septième et dernier lieu, il résulte des motifs exposés au point 11 que la situation personnelle de M. C ne révèle pas de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui auraient justifié que le préfet l'admette exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'autorité préfectorale doit donc également être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

15. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

D. KATZ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°210170

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