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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101764

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101764

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mars 2021 et le 5 octobre 2022, Mme H A D, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 septembre 2020 par laquelle la police aux frontières de l'aéroport de Toulouse-Blagnac lui a refusé l'entrée sur le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A D soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son passeport n'est pas un document falsifié, altéré ou faux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est dépourvue d'objet dès lors que Mme A D est entrée sur le territoire national et qu'il a été mis fin à son maintien en zone d'attente ;

- les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante syrienne, a été contrôlée le 19 septembre 2020 à l'aéroport de Toulouse-Blagnac en provenance d'Athènes (Grèce). A l'issue du contrôle d'identité, une décision de refus d'entrée sur le territoire lui a été notifiée et l'intéressée a été placée en zone d'attente. Par une ordonnance du 22 septembre 2020, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse, a rejeté pour irrecevabilité la requête en prolongation du maintien en zone d'attente de Mme A D alias A B, qui a été libérée le jour même de la zone d'attente. Par sa requête, Mme A D alias A B demande au tribunal d'annuler la décision du 19 septembre 2020 lui refusant l'entrée sur le territoire français.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir qu'à la date d'introduction de la requête, la décision attaquée avait épuisé ses effets, dès lors notamment qu'en exécution de l'ordonnance du 22 septembre 2020 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse, Mme A D alias A B n'est plus maintenue en zone d'attente et est entrée sur le territoire français. Cette circonstance n'est toutefois pas de nature à priver d'objet la demande d'annulation pour excès de pouvoir de cette décision, qui a produit des effets et qui n'a été ni retirée ni abrogée. Par suite, cette exception de non-lieu à statuer ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation et portant sur les frais liés au litige :

3. Aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Tout refus d'entrée en France fait l'objet d'une décision écrite motivée prise, sauf en cas de demande d'asile, par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. () / La décision prononçant le refus d'entrée peut être exécutée d'office par l'administration ". Aux termes de l'article R. 213-1 du même code : " La décision écrite et motivée refusant l'entrée en France à un étranger, prévue à l'article L. 213-2, est prise, sauf en cas de demande d'asile, par le chef du service de la police nationale ou des douanes, chargé du contrôle aux frontières, ou un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier dans le premier cas et d'agent de constatation principal de deuxième classe dans le second () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui relève en particulier le caractère falsifié du titre pour refugié grec et du titre de séjour grec de Mme A D alias A B et le danger à l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales d'un ou de plusieurs Etats-membre de l'Union européenne, comporte les considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 19 septembre 2020 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. C E, brigadier en fonction au service de la Police aux frontières de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, qui a reçu délégation pour prononcer des décisions de refus d'entrée sur le territoire national du directeur interdépartemental de la police aux frontières de Toulouse, par une note de service n° T-143/2020 du 3 septembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n°2016/399 du 9 mars 2016 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () ; " et aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors en vigueur: " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni :1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur () ".

7. Pour refuser l'entrée de Mme A D alias A B en France, la police des airs et des frontières s'est fondée, outre sur la circonstance qu'elle représentait un danger pour l'ordre public, la sécurité intérieure la santé publique ou les relations internationales, ce que ne conteste au demeurant pas la requérante, sur la circonstance que ses documents de voyage grecs étaient falsifiés. D'une part, si Mme A D alias A B conteste toute falsification de ses documents de voyage, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir que les documents qu'elle a présentés n'étaient pas falsifiés. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'un passeport syrien au nom de Mme G A B a été remis par un proche de la requérante à la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse. Il ressort de ce document que la photographie d'identité y figurant correspond à celle de la requérante, contrairement à celle figurant sur le document de voyage présenté au contrôle de la police.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A D alias A B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 septembre 2020 par laquelle le brigadier de police de la police aux frontières en charge de l'aéroport de Toulouse-Blagnac lui a refusé l'entrée sur le territoire français. Par voie de conséquence, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H A D, à Me Canadas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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