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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101773

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101773

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABROL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2021 et 23 février 2022, M. J, représenté par Me Cabrol, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel la maire de Montauban a autorisé le déplacement du débit de tabac " Le Kiosque ", situé esplanade des Fontaines, vers le n° 1210 avenue de Toulouse, à Montauban ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montauban le paiement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la maire de Montauban a commis une erreur de droit en fondant l'arrêté litigieux sur des considérations d'aménagement et de régulation économiques, alors que les dispositions du décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 relatif à l'exercice du monopole de la vente au détail des tabacs manufacturés ne prévoient pas que de telles considérations puissent être retenues ;

- la maire de Montauban a commis une erreur de fait en considérant qu'il existe 16 débits de tabac au centre-ville de Montauban, dans un rayon de deux kilomètres carrés, alors qu'il existe en réalité 16 débits de tabac dans toute la ville de Montauban ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la maire de Montauban a autorisé le déplacement du débit de tabac " Le Kiosque " alors que ce déplacement est susceptible d'entraîner un déséquilibre du réseau de tabac sur la commune de Montauban et que le directeur régional des douanes et des droits indirects, ainsi que la confédération des buralistes, ont émis un avis défavorable à ce déplacement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre 2021 et 25 mars 2022, la commune de Montauban, représentée par la SCP Vedesi, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. J le paiement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 3 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 modifiée, et notamment son article 70 ;

- le décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public ;

- les observations de Me Cabrol pour M. J ;

- les observations de Me Pelissier pour la commune de Montauban ;

- Mme I et M. F, observateurs, n'ont pas présenté d'observations à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. J exploite le débit de tabac dénommé " Le Balto ", situé à Montauban, depuis l'année 1997. Par une lettre réceptionnée le 26 novembre 2020, M. K D, exploitant du débit de tabac " Le Kiosque ", situé Esplanade des Fontaines à Montauban, a sollicité auprès de la maire de Montauban l'autorisation de déplacer son débit de tabac dans un local situé au 1270 avenue de Toulouse. Par une lettre du 5 janvier 2021, M. J a fait part à la commune de Montauban de son opposition à ce projet, en raison du déséquilibre qu'il créerait, tandis que par deux avis rendus respectivement les 7 et 14 janvier 2021, la direction régionale des douanes et des droits indirects et la confédération des buralistes ont émis un avis défavorable à cette demande de déplacement intra-communal. Par un arrêté du 15 janvier 2021, dont M. J demande l'annulation, la maire de Montauban a autorisé le déplacement du débit de tabac " Le Kiosque " dans un local situé au 1270 avenue de Toulouse.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 70 de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures: " Le déplacement, dans la même commune, d'un débit de tabac ordinaire permanent est autorisé par le maire, après avis du directeur régional des douanes et de l'organisation professionnelle représentative sur le plan national des débitants de tabac () ". Aux termes de l'article 9 du décret du 28 juin 2010 relatif à l'exercice du monopole de la vente au détail des tabacs manufacturés : " L'implantation d'un débit de tabac ne doit pas avoir pour effet de déséquilibrer le réseau local existant de vente au détail des tabacs. ". L'article 11 de ce même décret ajoute que : " Les implantations de débits de tabac sont interdites : / 1° Dans les galeries marchandes attenantes à un établissement de vente au détail en libre-service qui réalise plus du tiers de son chiffre d'affaires dans la vente de produits alimentaires et dont la surface de vente est supérieure ou égale à 1 000 mètres carrés ; / 2° Dans les centres commerciaux, hormis ceux constitués exclusivement de commerces de proximité desservant principalement ou en totalité les résidents d'une commune ou de l'un de ses quartiers ; / 3° Dans le périmètre d'implantation des débits de tabac fermés provisoirement ; / 4° En zone protégée, conformément aux dispositions des articles L. 3335-1 et L. 3511-2-2 du code de la santé publique ". Enfin, aux termes de l'article 13 de ce même décret : " Un débit de tabac ordinaire permanent peut être déplacé à l'intérieur d'une même commune dans les conditions prévues à l'article 70 de la loi du 12 mai 2009 susvisée. Les dispositions des articles 9 et 11 s'appliquent aux déplacements intra communaux. "

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le déplacement du débit de tabac " Le Kiosque " " permettra de retirer un débit de tabac du centre-ville de Montauban situé dans une zone contenant 16 débits de tabac sur un périmètre de 2km carré, pour venir l'implanter dans un secteur peu desservi ", que " ce transfert n'est pas de nature à déséquilibrer le réseau existant de débits de tabac, mais au contraire [qu']il viendrait compléter le maillage géographique dudit réseau dans une zone contenant 3 débits de tabac sur un périmètre de 2km carré ", et qu'une " telle installation est cohérente pour venir compléter l'offre commerciale du secteur, qui connaît un développement significatif depuis plusieurs années ", de sorte que " le déplacement du débit de tabac () ne remet pas en cause l'équilibre du réseau local existant de vente au détail des tabacs ". Ces motifs, qui sont relatifs à l'équilibre du réseau local de vente au détail de tabac, pouvaient légalement être retenus par la commune de Montauban, conformément à l'article 9 précité du décret du 28 juin 2010 relatif à l'exercice du monopole de la vente au détail des tabacs manufacturés. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. J soutient que la maire de Montauban aurait commis une erreur de fait en considérant qu'il existerait 16 débits de tabac au centre-ville de Montauban, alors qu'il y en aurait en réalité 16 dans toute la ville de Montauban, cette circonstance, au demeurant non établie, le requérant produisant lui-même la liste des débits de tabac situés à Montauban, qui s'élèvent au nombre de 21, est, en toute hypothèse, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée alors qu'il n'est pas contesté, au demeurant, qu'il existe une forte densité de débits de tabacs dans un rayon de deux kilomètres autour de celui situé Esplanade des Fontaines, de l'ordre d'au moins quatorze débits de tabacs. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, qui est en l'espèce inopérant, doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour étayer l'allégation selon laquelle le déplacement du débit de tabac " Le Kiosque " aurait pour effet de créer un déséquilibre du réseau local existant, le requérant invoque les avis défavorables émis par le directeur régional des douanes et des droits indirects et par la confédération des buralistes, qui indiquent notamment : " Ce déplacement aurait pour effet de déséquilibrer le réseau local de vente au détail des tabacs, ce que ne permettent pas les articles 9 et 13 du décret 2010-720 du 28 juin 2010 (). Le lieu envisagé se trouvant sur le même axe de circulation que le débit de tabac situé au 71, avenue Marceau Hamecher, le placement d'un nouveau débit sur ce même axe majeur de la rive gauche est inévitablement de nature à porter un fort préjudice à l'activité économique du débit de tabac géré par Monsieur E J. / Enfin, je constate la faible présence d'une population sédentaire dans cette partie de votre commune dédiée principalement à l'activité commerciale, et l'inévitable captation de clientèle que représenterait ce déplacement. " ; " () ce déplacement serait de nature à fortement déséquilibrer le réseau des buralistes existants. En effet, la zone de chalandise visée est actuellement desservie par les services de plusieurs buralistes : M. E J (). Ce déplacement, s'il était autorisé, générerait inévitablement un très fort préjudice économique à l'activité de ces buralistes et tout particulièrement à celle de M. E J. " Toutefois ces avis, qui ont un caractère consultatif, sont dépourvus de toutes précisions quant au risque de déséquilibre que le déplacement du " Kiosque " serait susceptible d'entraîner, ne sont assortis d'aucune pièce probante à l'appui et expriment uniquement un risque potentiel et purement hypothétique, sans le moindre commencement de preuve à l'appui. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le lieu d'implantation du déplacement envisagé de ce débit de tabac se situe à 1,8 km du lieu d'implantation du débit de tabac du requérant, lequel se situe également sur un axe de passage important dans les deux sens de circulation, ainsi que cela ressort des propres écritures de l'intéressé et des pièces produites en défense, et qu'il s'agit d'une zone qui s'est dynamisée au cours des dix dernières années, en raison notamment de l'implantation d'administrations et de grandes enseignes commerciales. Dès lors, le risque invoqué de " captation de clientèle " ne peut être regardé comme établi.

6. En outre, M. J invoque le préjudice économique que le déplacement du " Kiosque " créerait à son égard, sans toutefois apporter davantage de pièces probantes. S'il est établi que, postérieurement à ce déplacement intervenu au mois de juillet de 2021, son chiffre d'affaires du mois d'octobre 2021 est plus faible que celui des mois d'octobre 2019 et 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette baisse serait constante et qu'elle serait imputable au déplacement du " Kiosque ". Il en va de même de la baisse du chiffre d'affaires constatée entre les mois d'août et de décembre 2021. Et il ressort, au contraire, des pièces du dossier que le chiffre d'affaires annuel du " Balto " a augmenté entre les années 2019 et 2021, passant de 1 491 937,08 euros en 2019 à 1 594 282,84 euros en 2021, alors que le déplacement du " Kiosque " a eu lieu à compter du mois de juillet 2021.

7. Par ailleurs, si le requérant produit un document comptable sur la base d'une baisse de chiffre d'affaires alléguée de 50 %, il s'agit d'un état prévisionnel sur trois ans réalisé, à sa demande et sur la seule base de ses propres conjectures, par son expert-comptable et qui n'a donc qu'un caractère purement hypothétique également.

8. Dès lors, en l'absence de toute pièce de nature à établir, à la date de la décision attaquée, la réalité et l'actualité d'un déséquilibre du réseau local que créerait la décision en litige ainsi, au demeurant, que la réalité et l'actualité du préjudice économique que subirait le requérant, la maire de Montauban ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en autorisant le déplacement en litige.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. J devant être rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. J le paiement de la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Montauban, sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J est rejetée.

Article 2 : M. J versera à la commune de Montauban la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E J, à la commune de Montauban et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Copie en sera adressée à M. K D, M. G F, Mme H A et Mme C I.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORINLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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