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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101783

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101783

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, M. D C A, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'un motif légitime pour ne pas avoir demandé l'asile dans le délai imparti.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal que les moyens soulevés par M. C A sont inopérants, à titre subsidiaire, que ces moyens ne sont pas fondés.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant colombien né le 14 janvier 1996, déclare être entré sur le territoire français le 2 avril 2019. Il a présenté une demande d'asile enregistrée le 18 février 2021 et, par une décision du même jour, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. C A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L.211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde l'OFII, et qui permettent de vérifier que l'administration a procédé à un examen de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, notamment que la demande d'asile, sans motif légitime, a été présentée plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, eu égard à la motivation détaillée de la décision contestée, le moyen tiré de ce que l'OFII aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. /() ". Aux termes de l'article R. 774-14 du même code, dans sa rédaction applicable : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ()".

6. M. C A se prévaut du fait qu'il n'a pas fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite en défense par l'OFII, que le requérant a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 18 janvier 2021 lors de la présentation de sa demande d'asile, dans une langue qu'il a déclaré comprendre, lequel n'a fait ressortir aucune vulnérabilité particulière. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la directive susvisée du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Toutefois, aux termes de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre (). ".

8. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L.732.2. () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration :/ 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ;(). ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code, dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que pour décider de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, sans motif légitime, a déposé sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Si M. C A soutient que l'absence de dépôt de demande d'asile dans les quatre-vingt-dix jours de son entrée en France aurait eu pour cause le fait qu'il se soit engagé dans la légion étrangère à son arrivée en France, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche " TelemOfpra " et de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produites par l'OFII, que le requérant a déclaré être entré sur le territoire français le 2 avril 2019, que le document de décharge de la légion étrangère qu'il produit, indépendamment même du fait qu'il mentionne une autre identité que la sienne, a été établi à Aubagne le 16 juillet 2020, soit en tout état de cause à une date antérieure de plus de 90 jours à la date de présentation de sa demande d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C A ait fait valoir lors de l'entretien de vulnérabilité de motif légitime susceptible de justifier le dépôt tardif de sa demande, l'OFII n'ayant d'ailleurs relevé aucune vulnérabilité, ni besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C A tendant à l'annulation de la décision du 18 février 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ces conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C A, à Me Barbot-Lafitte et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

N. B

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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