mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2101933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MANYA |
Vu les procédures suivantes :
I. B une requête enregistrée le 7 avril 2021 sous le n° 2101933, M. E C, représenté B Me Manya, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision de mutation du 19 mars 2021 ;
2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, ce vice de procédure l'ayant privé d'une garantie ;
- la décision attaquée est constitutive d'un détournement de procédure, dès lors qu'il s'agit d'une sanction déguisée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de lien entre la mutation et l'intérêt du service ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
B un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, représenté B Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que la requête est irrecevable comme dirigée contre une mesure préparatoire ne faisant pas grief.
Vu les autres pièces du dossier.
II. B une requête enregistrée le 15 juin 2021 sous le n° 2103594, M. E C, représenté B Me Manya, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 n° 426419-4306 portant décision de mutation dans l'intérêt du service ;
2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;
- la décision attaquée est constitutive d'un détournement de procédure, dès lors qu'il s'agit d'une sanction déguisée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
B un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, représenté B Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que les moyens soulevés B M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,
-les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
-les observations de Me Manya, représentant M. C,
- et les observations de Me Falala, pour le garde des sceaux, ministre de la justice.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2101933 et 2103594 sont présentées pour le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer B un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la " décision " du 18 mars 2021 :
2. Il ressort des pièces du dossier que B la lettre du 18 mars 2021, dont M. C demande l'annulation, la cheffe du bureau des carrières et du développement professionnel de la sous-direction des ressources humaines et des relations sociales au sein de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse du ministère de la justice informe le requérant de la mise en œuvre d'une mutation dans l'intérêt du service et de son affectation à l'unité éducative de milieu ouvert Toulouse 6 à compter du 1er mai 2021. Cette lettre mentionne que l'intéressé a la possibilité de consulter son dossier administratif en présence d'un représentant syndical, en application des dispositions de l'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, en prenant attache avec le directeur territorial concerné. Cette lettre doit ainsi être regardée comme constituant un acte préparatoire à la décision prise le 28 mai 2021 B le garde des sceaux, ministre de la justice, sans qu'y fassent obstacle, ni le fait que cet acte mentionnait le lieu exact de la mutation à Toulouse et sa date d'effet, ni, pour regrettable qu'elle soit, l'indication des voies et délais de recours. Il y a lieu, B suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de ce qu'un tel acte ne présente pas le caractère d'une décision susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation pour excès de pouvoir. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de cet acte sont irrecevables et doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 28 mai 2021 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 visée ci-dessus : " Tous les fonctionnaires civils et militaires () ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été invité B lettre du 18 mars 2021 à consulter son dossier, ce qu'il a effectivement fait. S'il soutient que cette invitation à consulter son dossier était tardive et aurait dû intervenir dès le début de la procédure, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de faire part à l'administration de tout élément utile avant l'édiction de l'arrêté attaqué, ni que la tardiveté ainsi alléguée l'aurait privé d'une garantie. B suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de l'inspection générale de la justice de juillet 2020, que des dysfonctionnements affectent l'unité éducative d'hébergement collectif de Perpignan, devenue depuis unité d'hébergement diversifié, constatés depuis l'année 2018 et entraînant des " conséquences majeures sur la qualité de prise en charge et sur la sécurité des mineurs hébergés ". A dysfonctionnements ont contraint à la fermeture de l'établissement plusieurs mois, de décembre 2019 à avril 2020. Le rapport pointe également un manque de rigueur et d'homogénéité dans le suivi éducatif, le parasitage des instances d'échanges sur les situations des mineurs accueillis B " des problématiques organisationnelles essentiellement liées aux emplois du temps ", l'oisiveté des mineurs pris en charge et l'absence de respect des droits fondamentaux des mineurs, notamment du fait de la banalisation de la consommation des stupéfiants. Si ce rapport impute A dysfonctionnements à des difficultés au niveau hiérarchique, il pointe cependant la " démobilisation de l'équipe éducative qui a perdu de vue sa mission et se contente d'une gestion du quotidien au détriment d'une réflexion collective sur l'accompagnement et même d'une surveillance effective ". Ce rapport constate également l'absence de mobilité fonctionnelle et l'incapacité d'éducateurs à remettre en question leurs postures et leurs pratiques professionnelles ainsi que leur contestation quasiment systématique de la direction de l'établissement. Parmi les mesures préconisées à la suite de cette inspection, figurent la recomposition " la plus large possible " de l'équipe éducative, en ce compris la direction. Le rapport recommande ainsi de privilégier les demandes de mutation déjà exprimées, et d'envisager, compte-tenu du manque de postes vacants sur le territoire, des mutations dans l'intérêt du service.
7. Si le rapport de l'inspection générale de la justice relève également le comportement inadapté de plusieurs éducateurs, parmi lesquels M. C est nommément cité, et indique que des mesures disciplinaires peuvent être envisagées à leur encontre, ce rapport s'attache toutefois à proposer des actions de nature à recomposer le collectif de travail en permettant d'éviter la poursuite d'un " fonctionnement clanique " de la part d'un groupe d'éducateurs, dont le requérant.
8. Ainsi, l'arrêté attaqué, édicté comme il vient d'être vu dans le cadre d'un ensemble de préconisations visant à remédier aux graves difficultés de fonctionnement de l'unité de Perpignan, ne révèle pas, B lui-même, une sanction disciplinaire déguisée. En outre, M. C a été muté en qualité d'éducateur de classe supérieure au sein du service territorial d'éducation en milieu ouvert à Toulouse, sur un poste présentant un niveau conforme à ses qualifications et à son grade, ne caractérisant ainsi pas, au regard de sa situation, une quelconque intention de lui nuire et de le sanctionner.
9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'établit pas que l'arrêté attaqué n'aurait pas été pris dans l'intérêt du service et serait constitutif d'une sanction déguisée.
10. En troisième lieu, pour les motifs qui précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait constitutif d'un détournement de pouvoir ni d'un détournement de procédure.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue B la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, dispose : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service./ II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées B les intéressés et de leur situation de famille () ".
12. Les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 prévoient la prise en considération de la situation de famille des fonctionnaires pour leurs mutations, y compris lorsque l'autorité compétente décide de la mutation d'un fonctionnaire dans l'intérêt du service.
13. Il ressort des pièces du dossier que B l'arrêté attaqué, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé la mutation dans l'intérêt du service de M. C, alors affecté à l'unité éducative d'hébergement collectif de Perpignan, au sein du service territorial d'éducation en milieu ouvert à Toulouse à compter du 1er juillet 2021. M. C est marié et père d'un enfant né en 2012. Il est également père de deux autres enfants majeurs nés en 2000 et 2002 d'une précédente union, et vivant avec leur mère à Perpignan. Son épouse est mère d'un autre enfant également majeur, né en 2002, et dont le père disposerait d'un droit de visite et d'hébergement. M. C soutient, sans toutefois l'établir, que sa nouvelle affectation ne permettrait pas à son épouse de poursuivre son activité professionnelle de vente à domicile. S'il a été reconnu travailleur handicapé le 7 janvier 2021, le certificat médical dressé le 15 avril 2021 B le médecin de prévention indique seulement que l'état de santé du requérant ne lui permet pas des déplacements fréquents et trop importants. En tout état de cause, l'ensemble de A circonstances, même si elles emportent du fait du nouveau lieu d'affectation de M. C une dégradation de ses conditions de vie, ne saurait toutefois suffire à faire regarder l'arrêté attaqué, pris dans l'intérêt du service, comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti B l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation des stipulations de cet article doit dès lors être écarté.
14. En cinquième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée B M. C, au titre des frais exposés B lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée B le garde des sceaux, ministre de la justice, au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2101933 et 2103594 présentées pour M. C sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions du garde des sceaux, ministre de la justice tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public B mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°s 2101933, 2103594
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026