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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101964

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101964

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2021 et 6 mai 2022, Mme B de Villemandy de la Mesniere, représentée par Me Mallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2021 par lequel le maire de Toulouse l'a " licenciée pour insuffisance professionnelle " et l'a radiée des cadres à compter du 6 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dans la mesure où elle n'a jamais été mise à même de présenter ses observations et d'assister à un entretien de médiation ;

- cette décision est discriminatoire dans la mesure où elle est fondée sur son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dans la mesure où elle n'a jamais fait l'objet d'appréciations négatives ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et les circonstances de déroulement de son stage n'ont pas permis à l'autorité territoriale d'apprécier ses qualités professionnelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, la commune de Toulouse, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 18 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Mony, rapporteur public,

- les observations de Me Le Fustec, substituant Me Carrère, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme de Villemandy de la Mesniere a été recrutée, par la commune de Toulouse, au grade d'adjoint technique territorial de 2e classe stagiaire à compter du 1er février 2007. Par un arrêté du 20 mars 2008, son stage a été prolongé de six mois à compter du 1er février 2008. A la suite d'une interruption de travail entre le 12 mars 2008 et le 30 septembre 2019 inclus, pour des motifs de santé, de congés maternité et parental ainsi que de mises en disponibilité, Mme de Villemandy de la Mesniere a repris son stage le 1er octobre 2019 à temps partiel thérapeutique. Elle a été placée en arrêt de maladie du 22 juin 2020 au 20 janvier 2021. La commission administrative paritaire a, le 4 décembre 2020, rendu un avis favorable à la fin de son stage. Par un arrêté du 15 janvier 2021, le maire de Toulouse a refusé de titulariser Mme de Villemandy de la Mesniere au grade d'adjoint technique territorial, l'a licenciée pour insuffisance professionnelle et l'a radiée des cadres à compter du 6 février 2021, soit à l'issue de son stage. Par la présente requête, l'intéressée demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A de Lagoutine, conseiller délégué aux ressources humaines et au dialogue social, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le maire de Toulouse par un arrêté du 22 juillet 2020, régulièrement affiché et transmis en préfecture le même jour, à l'effet de signer notamment tous les actes de l'autorité hiérarchique en matière du personnel. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Ainsi, une décision refusant de le titulariser à l'issue du stage, comme en l'espèce, n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Une telle décision n'est, dès lors, pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est pas - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements. A ce titre, aucune disposition ni aucun principe n'impose à l'autorité territoriale, avant de refuser la titularisation d'un agent en fin de stage pour insuffisance professionnelle, de faire bénéficier l'intéressé d'un entretien préalable ou de respecter un délai de préavis. Dès lors que la décision en litige est exclusivement fondée sur l'insuffisance de la manière de servir de Mme de Villemandy de la Mesniere et ne repose pas sur des motifs disciplinaires, ce que la requérante ne conteste d'ailleurs pas, le moyen tiré de ce que la commune de Toulouse ne l'a pas mise à même d'assister à un entretien de médiation et de présenter ses observations doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, Mme de Villemandy de la Mesniere, stagiaire au grade d'adjoint technique territorial, exerçait des fonctions au sein de la direction de la vie scolaire à la commune de Toulouse. Pour fonder la décision en litige, l'autorité territoriale s'est fondée sur les trois avis émis par le supérieur hiérarchique de l'agent au cours de son stage. Si le premier avis relève uniquement trois rubriques comme peu satisfaisantes, les autres étant indiquées comme satisfaisantes, le deuxième avis, daté du 15 février 2008, mentionne une absence d'efficacité, une non-prise en compte des conseils formulés par ses collègues et de nombreuses absences. Mme de Villemandy de la Mesniere allègue que cet avis défavorable résulterait en réalité de son état de grossesse d'alors, mais elle n'apporte aucun élément sur ce point, alors que les principales insuffisances constatées sont au demeurant similaires à celles résultant du premier avis de stage. Malgré l'avis défavorable émis par le supérieur hiérarchique de Mme de Villemandy de la Mesniere et l'avis favorable au refus de titularisation de la requérante rendu par la commission administrative paritaire le 26 février 2008, l'autorité territoriale a décidé de prolonger le stage de la requérante d'une durée de six mois à compter du 1er mars 2008. Le supérieur hiérarchique de Mme de Villemandy de la Mesniere a rendu un nouvel avis défavorable quant à sa titularisation le 17 septembre 2020 en relevant un défaut de connaissance et de savoir-faire professionnel, un manque d'implication à l'origine de tensions au sein de l'équipe et un manque de dynamisme et d'assiduité. La requérante n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause les insuffisances constatées en se bornant à faire valoir des difficultés personnelles liées à un éloignement géographique et la responsabilité d'enfants en bas âge. Si elle fait valoir qu'aucune formation ne lui a été proposée lors de sa reprise de poste à l'issue d'une interruption de travail de douze années, elle ne fait pas état de besoins précis de formation alors que les insuffisances constatées reposent principalement sur un défaut d'implication de sa part. Enfin, si elle soutient que l'autorité territoriale n'a pas été en mesure d'évaluer son aptitude à exercer ses fonctions depuis la reprise de son activité le 1er octobre 2019 en raison des arrêts de maladie dont elle a fait l'objet et de la période de confinement liée à la crise sanitaire, le maire de Toulouse devait apprécier les capacités professionnelles de l'intéressée au regard de la durée de l'ensemble de son stage et non seulement des six mois de prolongation accordés, alors au demeurant que les insuffisances professionnelles constatées sont similaires en 2008 et en 2020 et que son poste a été adapté lors de sa reprise. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En cinquième et dernier lieu, Mme de Villemandy de la Mesniere soutient que la décision de refus de titularisation en litige serait discriminatoire car fondée sur son état de santé. Elle n'apporte toutefois aucun élément sur ce point, alors que la décision en litige repose, ainsi qu'il a été dit au point précédent, sur des insuffisances dans sa manière de servir, et que son poste a été adapté à son état de santé lors de sa reprise d'activité. Enfin, si l'arrêté contesté a été édicté le 15 janvier 2021 alors que l'intéressée était en arrêt maladie jusqu'au 20 janvier suivant, son licenciement n'a pris effet qu'au 6 février 2021, à l'issue de son stage, et la circonstance que l'intéressée était placée en arrêt maladie à la date de la décision mettant fin à ses fonctions est sans influence dès lors qu'aucun texte ni aucun principe n'y fait obstacle. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme de Villemandy de la Mesniere à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme de Villemandy de la Mesniere au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Toulouse sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme de Villemandy de la Mesniere est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulouse présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B de Villemandy de la Mesniere et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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