vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 avril 2021 et le 19 juillet 2022, M. Prince A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse en date du 4 février 2021 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir rétroactivement le versement de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le mois d'avril 2019, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai sous les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, ou en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en l'absence de toute décision de suspension du versement des conditions matérielles d'accueil lui ayant été régulièrement notifiée ;
- il n'est pas établi qu'il n'aurait pas respecté ses obligations auprès de la préfecture ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, notamment au regard de sa vulnérabilité, et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2021.
Par ordonnance du 29 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre suivant.
Vu :
- l'ordonnance rendue le 3 mai 2021 sous le numéro 2102007 par le juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ghanéen entré en France en octobre 2018, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 9 novembre 2018 et a bénéficié à compter de cette date des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 14 janvier 2019, le préfet de la Haute-Garonne a ordonné son transfert aux autorités italiennes sur le fondement du règlement du Parlement et du Conseil n°604/2013 du 26 juin 2013. Par une décision du 15 avril 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le versement des conditions matérielles d'accueil. M. A a sollicité leur rétablissement par un courrier du 28 janvier 2021. Par une décision du 4 février suivant, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 23 juillet 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par une décision du 1er octobre 2020, publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le même jour, le directeur général de l'OFII a donné à M. E B, directeur territorial de Toulouse, délégation à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée vise les textes dont il est fait application. Elle rappelle la situation de M. A et justifie le rejet de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté ses obligations auprès des services préfectoraux depuis le 4 avril 2019 sans motif légitime, et que l'évaluation de sa situation ne fait pas apparaître une situation de vulnérabilité. Par suite, et en tout état de cause, la décision est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. A soutient que le directeur général de l'OFII ne devait pas analyser sa demande du 28 janvier 2021 comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il n'a jamais reçu notification de la décision portant suspension du versement des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, l'absence de preuve de la notification de la décision de suspension du 15 avril 2019 est sans incidence sur ce point, alors que M. A avait nécessairement connaissance de celle-ci dès lors qu'il produit une attestation de versement de l'allocation pour demandeur d'asile en date du 8 mars 2021 démontrant l'absence de versement de prestations à compter d'avril 2019. Dans ces conditions, et en tout état de cause, M. A n'est pas fondé à soutenir que sa demande du 28 janvier 2021 ne pouvait être regardée comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil à laquelle le directeur territorial de l'OFII a refusé de faire droit.
6. En quatrième lieu, la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national (). / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".
7. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Aux termes de l'article D. 744-35 dans sa version applicable : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : () / 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant sa situation () ". Enfin, aux termes de l'article D. 744-38 du même code dans sa version applicable : " () Lorsque le bénéfice de l'allocation a été suspendu, l'allocataire peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / La reprise du versement intervient à compter de la date de la décision de réouverture ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
9. Pour refuser de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil formulée par M. A, le directeur territorial de l'OFII a indiqué que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui avait été suspendu le 15 avril 2019 en conséquence du non-respect de ses obligations auprès des autorités chargées de l'asile depuis le 4 avril 2019, et qu'il n'apportait aucun élément susceptible de justifier ces manquements. D'une part, si l'OFII ne produit pas les convocations auxquelles M. A ne se serait pas rendu, le requérant se borne à faire valoir qu'aucun élément ne démontrerait qu'il aurait manqué à ses obligations, alors que l'OFII verse la déclaration de fuite du 4 avril 2019 et relève, ce qui n'est pas contesté, que l'intéressé s'est abstenu de se présenter en préfecture afin de solliciter le renouvellement de son attestation de demande d'asile entre le 4 avril 2019 et le 28 octobre 2020. D'autre part, si le requérant soutient être en situation de vulnérabilité en raison de son état de santé, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a réexaminé sa vulnérabilité préalablement à l'édiction de la décision en litige et que la pathologie visuelle dont il se prévaut nécessite uniquement un suivi médical de sorte qu'il ne justifie pas être dans une situation de particulière vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige n'est pas intervenue à l'issue d'un examen particulier de sa situation et qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision contestée. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince A, à Me Sarasqueta et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressé, pour information, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Leymarie, conseiller,
Mme Rousseau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
Le rapporteur,
A. C
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026