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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102065

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102065

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDUJARDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, M. C A, représenté par Me Dujardin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2021 par lequel la préfète du Tarn lui a refusé le " renouvellement " de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète du Tarn de renouveler sa carte de séjour temporaire au titre de la " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de la justice administrative ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Tarn, de réexaminer sa demande, et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation personnelle;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, car la préfète du Tarn s'est crue à tort en situation de compétence liée au regard de l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sur lesquelles elle est fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 janvier 2022 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2021.

Vu :

- l'ordonnance rendue par le juge des référés du tribunal sous le n° 2102073 en date du 5 mai 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Fiblec, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 2 janvier 1999 à Fengolo (Côte d'Ivoire), est entré en France, selon ses déclarations, en octobre 2015. Il été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " régulièrement renouvelé jusqu'au 30 juin 2020. Le 7 octobre 2020, il a déposé une demande présentée comme une demande de " renouvellement " de son titre de séjour. Par un arrêté du 18 mars 2021, la préfète du Tarn a refusé de faire droit à cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 () peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. M. A en sollicitant le 7 octobre 2020 le " renouvellement " de son titre de séjour sur le fondement des dispositions, alors en vigueur, des articles L. 313-10 et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant d'un contrat à durée déterminée au sein de la Maison familiale et rurale de Peyregoux et d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée au sein cette même structure, doit être regardé, dès lors qu'il ne bénéficiait plus d'un titre de séjour depuis le 1er juillet 2020, comme ayant demandé l'octroi d'un nouveau titre de séjour au titre du travail en application des seules dispositions précitées de l'article L. 313-14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en octobre 2015, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, qu'après avoir poursuivi avec succès une scolarité en seconde, puis en première professionnelle " technicien installateur système énergie et climatique ", il s'est réorienté dans le domaine de la restauration et qu'il a souhaité, après avoir passé un contrat jeune majeur avec le département du Tarn, obtenir un certificat d'aptitude professionnelle d'agent polyvalent de restauration en suivant un apprentissage au sein du restaurant " L'Eden " à Castres et en exerçant dans ce dernier du 1er juillet 2018 au 31 août 2020. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 1, le requérant a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " du 1er juillet 2018 au 30 juin 2020. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle le 6 juillet 2020. Si la DIRECCTE a rendu un avis défavorable sur sa demande, aux motifs qu'il a travaillé au sein de la Maison familiale et rurale de Peyregoux sans autorisation en novembre 2020 et que le niveau de poste et le salaire proposés sont inférieurs à ceux prévus par la convention collective des maisons familiales et rurales, il résulte toutefois de ce qui vient d'être dit qu'au regard de la qualité de son parcours scolaire depuis son entrée en France à l'âge de seize ans, de la réussite de l'ensemble des formations qu'il a suivies depuis, de la stabilité de sa vie professionnelle, de l'ancienneté de son séjour en France et de sa perspective d'obtenir un contrat à durée indéterminée dans un domaine correspondant à un diplôme français récemment obtenu, M. A fait valoir, dans les circonstances particulières de l'espèce, des motifs exceptionnels justifiant que lui soit délivrée, en application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié". Il suit de là qu'en ne lui délivrant pas un tel titre, la préfète du Tarn a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, que M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision. L'illégalité de cette décision prive de base légale les autres décisions, édictées dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il en résulte que l'arrêté du 18 mars 2021 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 18 mars 2021 implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. A un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dujardin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dujardin de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé à M. A l'octroi d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. A un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Me Dujardin, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Dujardin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Tarn et à Me Dujardin.

- Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Le Fiblec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

B. LE FIBLEC

Le président,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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