jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 13 avril 2021 et le 12 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Bouix, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2021 par lequel la préfète du Tarn l'a assigné à résidence dans le département du Tarn ;
4°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui remettre, dès la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Tarn de réexaminer sa situation au titre de son activité professionnelle et de sa vie privée et familiale en France, et de lui délivrer dans l'attente et dès notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui restituer les documents d'état-civil et d'identité originaux sollicités par ses services, par ceux de la police aux frontières ou de la gendarmerie.
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Bouix, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Bouix renonce à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à M. C, sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement du 19 avril 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a renvoyé à la formation collégiale de ce tribunal l'examen des conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour, a admis l'intéressé au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire, a accueilli les conclusions aux fins d'annulations des décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination et assignation à résidence ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L.761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que la décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard de dispositions des articles L.111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 47 du code civil et 1er du décret du 24 décembre 2015 ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2021, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.
Par une ordonnance du 13 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.
M. C a produit des pièces, enregistrées le 16 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant malien né le 10 décembre 2002, est entré en France en janvier 2019 à l'âge de seize ans et a été placé à l'aide sociale à l'enfance du Tarn par un jugement du 10 avril 2019. Le 24 novembre 2020, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 11 février 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté en date du 5 avril 2021, la préfète du Tarn l'a assigné à résidence dans le département du Tarn. Par sa requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 11 février 2021 et de l'arrêté du 5 avril 2021 qui l'assigne à résidence.
2. Par un jugement du 19 avril 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a renvoyé à la formation collégiale de ce tribunal l'examen des conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour, a admis l'intéressé au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire, a accueilli les conclusions aux fins d'annulations des décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, et assignation à résidence, a rejeté le surplus des conclusions de la requête.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. " Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour justifier sa date de naissance le 10 décembre 2002, M. C a présenté un acte et un extrait d'acte de naissance, une carte d'identité consulaire délivrée le 18 février 2020 ainsi qu'un jugement supplétif daté du 20 septembre 2018. Pour opposer un refus à sa demande de titre de séjour, la préfète du Tarn s'est fondée sur le rapport de la cellule fraude de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse qui a réalisé, le 11 janvier 2021, un examen technique sur les documents présentés par le requérant. Ce rapport émet un avis défavorable concernant l'extrait d'acte de naissance au motif qu'il comporte une anomalie dans le numéro de registre et conclut à une contrefaçon s'agissant de l'acte de naissance en raison de la même anomalie dans le numéro de registre et de la non-conformité de l'impression. Toutefois, d'une part, si les services de la police aux frontières se fondent sur une comparaison avec un document de référence réalisé par impression offset à ton direct alors que l'acte de naissance présenté par M. C a été réalisé en impression laser toner, il ressort d'une attestation établie par le Consul général du Mali à Lyon le 21 juin 2019 qu'aucun support ou mode d'impression avec une imprimante particulière n'est exigée sur le territoire malien pour l'impression des documents administratifs en général et ceux de l'état civil en particulier et que les autorités compétentes utilisent " tout procédé existant ". D'autre part, si le rapport de la police aux frontières mentionne que le numéro de registre dans lequel est inscrit l'acte de naissance de M. C ne correspond pas aux standards de délivrance des actes de naissance malien, lesquels prévoient, selon le rapport, cinquante actes par registre, cette seule circonstance ne permet pas de conclure à l'absence d'authenticité du document analysé alors, d'une part, que les articles 105 et 109 du code des personnes et de la famille malien ne fixent pas de nombre de pages ou d'actes devant figurer dans les registres d'état-civil et, d'autre part, qu'il est constant que les actes inscrits, comme en l'espèce, dans les registres en vertu d'un jugement supplétif sont régis par des règles de numérotation spécifiques. Ainsi, les seules constatations du service technique de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse ne permettent pas de remettre en cause la date de naissance du requérant, laquelle est confirmée par les mentions portées sur la carte consulaire délivrée à M. C le 18 février 2020 par l'ambassade du Mali en France, de sorte que l'intéressé justifie de son état-civil par des documents probants. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil doit être accueilli.
8. En second lieu, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C, la préfète du Tarn s'est fondée sur le seul motif tiré de ce que, son état-civil n'étant pas établi, il ne justifiait pas de son âge à la date de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et que, dès lors, il ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C justifie de son état de minorité lors de son entrée en France, et donc avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize et dix-huit ans. Par suite, la préfète du Tarn, en considérant que M C n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'illégalité.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle la préfète du Tarn lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.
10. Le motif d'annulation retenu n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. C, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce dernier remplisse effectivement les conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour sur ce fondement. Il implique en revanche que la préfète du Tarn réexamine la situation du requérant. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 février 2021 par laquelle la préfète du Tarn a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Tarn de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bouix et à la préfète du Tarn.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
L'assesseure la plus ancienne
V. JORDA
Le président-rapporteur,
D. A La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la préfète du Tarn en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026