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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102083

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102083

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 avril et 10 septembre 2021, M. E F, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de trois cents euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ; l'arrêté de délégation produit est imprécis et il n'est pas démontré que le préfet était empêché ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision méconnaît l'autorité de chose jugée en ce qu'elle rappelle l'existence d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français qui a été annulée par l'arrêt du 2 juillet 2019 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le préfet ayant considéré à tort qu'il avait perdu le bénéfice de son visa d'entrée, alors qu'il se trouvait en situation régulière lors de sa demande de titre de séjour et que les stipulations de l'article 7b de l'accord franco-algérien n'exigent pas la présentation d'un visa de long séjour ;

- il appartenait au préfet de saisir les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ; en s'abstenant de le faire, il a commis une erreur de droit et un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail et des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet n'a pas apprécié la possibilité de faire usage de son pouvoir de régularisation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et professionnels en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la référence à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français constitue une erreur de plume sans influence sur le sens de la décision ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Par ordonnance du 10 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, a sollicité le 15 mai 2020 son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision, contestée dans la présente instance, du 3 février 2021 le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné à Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers et notamment celles concernant les refus de séjour. Par suite, alors que cette délégation est suffisamment précise et que le requérant ne démontre pas l'absence d'empêchement du préfet de la Haute-Garonne, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de M. F.

5. En quatrième lieu, le préfet de la Haute-Garonne a, dans l'avant-dernier alinéa de la décision contestée, rappelé au requérant qu'il était soumis à une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée par arrêté du 3 août 2018. Comme M. F le soutient, cette décision a été annulée par la cour administrative d'appel de Bordeaux dans son arrêt n°18BX03708 du 2 juillet 2019. Toutefois, et pour regrettable qu'elle soit, cette mention erronée à vocation informative dans la décision contestée, qui ne porte que refus d'admission au séjour, ne constitue qu'une erreur matérielle de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée doit être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ". Il résulte de ces stipulations que l'obligation de présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour, ne saurait concerner que les personnes non encore admises à résider sur le territoire français qui souhaitent se voir délivrer un certificat de résidence. Ces stipulations n'ont en revanche ni pour objet, ni pour effet d'obliger les ressortissants algériens qui ont déjà été admis à résider sur le territoire français au titre de l'un des articles de l'accord, à solliciter le visa de long séjour visé à l'article 9 précité, dès lors qu'ils ont présenté une demande de changement de statut avant l'expiration du certificat de résidence en leur possession.

7. D'autre part, aucune stipulation de l'accord franco-algérien ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du certificat de résidence.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F est entré régulièrement en France le 9 septembre 2014, sous couvert d'un visa de court séjour portant la mention " famille de Français ". Il a séjourné régulièrement sur le territoire sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 28 novembre 2014 au 27 novembre 2015. En vertu des dispositions de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, en l'absence de présentation de demande de renouvellement de la carte de séjour à l'échéance du délai de deux mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire, l'étranger doit justifier à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. M. F n'a sollicité par internet un rendez-vous en vue de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour qu'après l'expiration de son titre, le 22 décembre 2015, et n'a demandé son changement de statut que le 24 février 2016, soit au-delà du délai de deux mois imparti. Ainsi, M. F, contrairement à ce qu'il soutient, avait perdu le bénéfice de son visa d'entrée en France, alors au demeurant qu'il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et mesure d'éloignement le 3 août 2018. A cet égard, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la détention d'une attestation de demande de titre de séjour, qui ne s'applique que pour les titres de séjour d'une durée supérieure à un an.

9. Comme le préfet de la Haute-Garonne l'a estimé à bon droit, M. F devait justifier des conditions requises par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien, à savoir la possession d'un visa de long séjour, dont il est constant qu'il n'était pas titulaire. Le préfet de la Haute-Garonne a légalement pu refuser de lui délivrer le titre de séjour prévu par le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien pour ce seul motif, sans être tenu de procéder au préalable à l'instruction de la demande d'autorisation de travail produite par l'employeur du requérant. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, ni qu'elle méconnaît les stipulations des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien susvisé, et l'article R. 5221-17 du code du travail.

10. En sixième lieu, si l'autorité préfectorale disposait d'un pouvoir de régularisation lui permettant, le cas échéant, de ne pas lui opposer cette absence de visa de long séjour, il ressort de la motivation de la décision contestée que le préfet de la Haute-Garonne a apprécié l'opportunité d'une mesure d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas apprécié de l'opportunité d'exercer son pouvoir de régularisation.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. F soutient avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et professionnels. Toutefois, s'il se prévaut d'une durée de présence continue en France de près de sept ans à la date de la décision contestée, il s'est maintenu en situation irrégulière depuis le 20 mai 2016 et n'a pas exécuté deux mesures d'éloignement édictées à son encontre. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie, et où résident ses parents, alors qu'il ne se prévaut, au titre de ses liens privés en France, que de la présence de sa concubine avec laquelle il entretiendrait une relation depuis une année. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, à supposer le moyen soulevé, et alors même que le requérant se prévaut de l'exercice d'une activité salariée, qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F à fin d'annulation de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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