mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102100 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 avril 2021 et le 7 janvier 2022, M. C E, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel la préfète de l'Ariège lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " conjoint de français " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions :
- cette décision méconnaît l'autorité de la chose jugée du jugement du tribunal administratif de Toulouse n° 2003214 du 19 octobre 2020 ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car la préfète de l'Ariège ne pouvait refuser de lui accorder le visa de long séjour implicitement sollicité à cet égard en raison de ce qu'il apporte la preuve de son entrée régulière en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 31 janvier 2022 à 12 heures.
M. C E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Fiblec, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant arménien né le 1983 à Erevan
(Arménie), est entré sur le territoire français le 16 octobre 2019. Le 19 novembre 2019, il a déposé une demande d'asile, dont le rejet par l'Office français de protection des réfugiés
et apatrides le 24 janvier 2020 a été confirmé par une ordonnance du 9 juin 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté en date du 29 juin 2020, la préfète de l'Ariège a obligé M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cet arrêté a été annulé par un jugement du Tribunal administratif de Toulouse n° 2003214 du 19 octobre 2020 qui a enjoint à la préfète de l'Ariège de réexaminer la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Par une demande datée du 4 novembre 2020, M. E a sollicité l'octroi d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté en date du 30 novembre 2020, la préfète de l'Ariège a refusé de délivrer à M. E le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, le ressortissant étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France le 16 octobre 2019, qu'il est hébergé depuis la fin du mois d'octobre 2019 chez Mme D, ressortissante française qui exerce la profession de traductrice-interprète. Il ressort également des pièces du dossier que M. E est marié avec Mme D depuis le 18 juin 2020, avec laquelle il justifie d'une vie commune établie depuis le 24 février 2020. A cet égard, l'intéressé produit à l'instance plusieurs documents tels qu'une attestation du propriétaire de l'appartement loué par Mme D, une déclaration de cette dernière à la caisse d'allocations familiales et des attestations de proches faisant état de l'existence de cette communauté de vie. En outre, il ressort de ces mêmes pièces, ainsi que, notamment, de l'attestation datée du 21 juillet 2020 de la directrice du pôle enfance de l'Adapei de l'Ariège, que M. E assiste son épouse dans l'éducation de sa fille , qui souffre de et dont l'état nécessite une présence permanente, qu'il s'investit réellement au quotidien auprès de cette enfant, de sorte qu'il entretient des liens affectifs et matériels en contribuant à son éducation et à son entretien. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courrier de Mme D qui est postérieur à la décision contestée mais qui révèle une situation antérieure à celle-ci, que le père de ses deux enfants n'a que des rapports occasionnels avec eux et qu'il considère sa fille A comme excessivement difficile à éduquer en raison de sa pathologie , ce qui n'est pas contredit par ailleurs. Il en résulte que, sans l'aide du requérant, son épouse aurait des difficultés réelles et sérieuses à s'occuper correctement de sa fille autiste en maintenant une activité professionnelle lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille. Ainsi, si la communauté de vie des époux était relativement récente à la date de la décision contestée, le soutien de M. E a incontestablement apporté à Mme D et à ses enfants un équilibre familial nécessaire à leur développement harmonieux. Une séparation d'une durée indéterminée avec le requérant aurait dès lors des effets déstabilisants sur l'ensemble de la famille qui porteraient nécessairement à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Ariège a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen invoqué sur ce point doit dès lors être accueilli.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, que M. E est fondé à demander l'annulation de cette décision. L'illégalité de cette décision prive de base légale les autres décisions, édictées dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il en résulte que l'arrêté du 30 novembre 2020 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 30 novembre 2020 implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Ariège de délivrer à M. E un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. En l'état, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Amari de Beaufort.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2020 de la préfète de l'Ariège est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de délivrer à M. E un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Sous réserve que Me Amari de Beaufort, avocate de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat versera à Me Amari de Beaufort la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à la préfète de l'Ariège et à Me Amari de Beaufort.
- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Le Fiblec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
B. LE FIBLEC
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026