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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102120

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102120

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique chambre 6
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 avril 2021 et le 22 décembre 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Auzeville-Tolosane à lui verser la somme de 7 500 euros, en réparation de son préjudice lié à l'absence d'entretien d'évaluation depuis son recrutement, assortie des intérêts moratoires et de la capitalisation des intérêts à compter du 18 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Auzeville-Tolosane la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- depuis l'année 2015, la mise en œuvre d'entretiens d'évaluation est une obligation incombant à la commune en application de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 ; avant l'année 2015, l'autorité territoriale devait procéder à une notation chiffrée des agents ; en s'abstenant d'y procéder, elle a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il est victime d'une rupture du principe d'égalité dès lors que certains agents ont bénéficié d'une évaluation ;

- son préjudice financier, lié à la perte de chance de déroulement de sa carrière, doit être indemnisé à hauteur de 6 000 euros ;

- son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 1 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2022, la commune d'Auzeville-Tolosane, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'obligation de procéder à une évaluation ne s'imposait qu'à compter de l'exercice 2018 ;

- le requérant ne démontre pas la réalité de ses préjudices.

Un mémoire de la commune d'Auzeville-Tolosane a été enregistré le 31 janvier 2023 et n'a pas été communiqué.

Par ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 86-473 du 14 mars 1986 relatif aux conditions générales de notation des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2017-63 du 23 janvier 2017 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle de certains fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Leymarie, conseiller, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Leymarie,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était adjoint technique territorial principal de 2e classe, exerçant les fonctions de cuisinier au sein des effectifs de la commune d'Auzeville-Tolosane. L'intéressé a sollicité, par courrier daté et reçu le 18 janvier 2021, l'indemnisation de son préjudice lié à l'absence d'évaluation depuis sa titularisation intervenue le 22 août 2012. Par un courrier du 22 février 2021, le maire d'Auzeville-Tolosane a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la condamnation de la commune d'Auzeville-Tolosane à lui verser la somme de 7 500 en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les fautes alléguées :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable jusqu'au 1er janvier 2021 : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / Les statuts particuliers peuvent ne pas prévoir de système de notation. ".

3. Il résulte des dispositions de l'article 17 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 qu'un fonctionnaire ne peut faire l'objet d'une notation que si des dispositions réglementaires applicables à son corps, cadre d'emplois ou emploi prévoient expressément un système de notation. Si le décret n° 86-473 du 14 mars 1986 relatif aux conditions générales de notation des fonctionnaires territoriaux dispose à son article 1er qu'il " s'applique à tous les corps, cadres d'emplois, ou emplois de la fonction publique territoriale dotés d'un statut particulier, sauf dispositions spéciales de ce statut ", ce texte n'a pas pour objet d'instituer un système de notation applicable à tous les fonctionnaires territoriaux, sauf disposition contraire d'un statut particulier, mais seulement de définir les modalités de la notation lorsqu'elle est prévue par un statut particulier.

4. D'autre part, l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dispose que : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu () ". L'article 15 du décret du 22 décembre 2006 susvisé, relatif au cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux, modifié par le décret du 23 janvier 2017 susvisé et entrée en vigueur le 26 janvier suivant, dispose que : " La valeur professionnelle des membres de ce cadre d'emplois est appréciée dans les conditions prévues par le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux. ".

5. Il résulte des textes précités que l'organisation d'un entretien professionnel afin d'apprécier la valeur professionnelle des adjoints techniques territoriaux est prévue depuis l'entrée en vigueur du décret du 23 janvier 2017. Dans ces conditions, alors qu'il est constant que M. A n'a jamais fait l'objet d'une évaluation professionnelle depuis sa titularisation dans le cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux en août 2012, le requérant est fondé à soutenir que la commune d'Auzeville-Tolosane a méconnu son obligation d'organiser une telle évaluation à compter de l'année 2017 et a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette même autorité a méconnu cette même obligation pour la période antérieure à l'année 2017, faute de disposition particulière quant à son évaluation, ou sa notation, dans son statut particulier. Il n'est pas plus fondé à soutenir une méconnaissance du principe d'égalité dès lors que certains agents auraient fait l'objet d'une évaluation dès lors qu'il n'apporte aucun commencement de preuve sur ce point, en particulier en ce qui concerne les agents relevant du même cadre d'emplois.

En ce qui concerne les préjudices allégués :

6. Si M. A aurait dû bénéficier, à compter de l'année 2017, d'un entretien professionnel annuel et qu'il soutient que cette faute lui a causé un préjudice financier tenant à l'absence de déroulement normal de sa carrière et de possibilité de mobilité, il n'apporte, d'une part, aucun élément établissant qu'il aurait été effectivement privé d'un déroulement normal de carrière, et, d'autre part, il se borne à produire trois fiches de poste indiquant, au titre des pièces devant accompagner la candidature, des fiches d'évaluation. Dans ces conditions, le préjudice allégué n'est pas établi.

7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. A résultant de la faute commise par la commune d'Auzeville-Tolosane en l'évaluant à hauteur 500 euros.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à solliciter la condamnation de la commune d'Auzeville-Tolosane à lui verser la somme de 500 euros au titre des préjudices subis du fait de l'absence d'entretien professionnel à compter de l'année 2017.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

9. D'une part, M. A a droit aux intérêts sur la somme mentionnée au point précédent au taux légal à compter du 18 janvier 2021, date de réception par la commune de sa demande préalable. D'autre part, alors que la capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête introductive d'instance, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 janvier 2022, date à laquelle les intérêts moratoires étaient dus pour une année entière, ainsi qu'à compter du 18 janvier 2023, date de la première échéance annuelle des intérêts.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Auzeville-Tolosane demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il ne justifie pas de frais exposés, notamment en l'absence de ministère d'avocat.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Auzeville-Tolosane est condamnée à verser à M. A la somme de 500 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 18 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 18 janvier 2022, puis à l'échéance du 18 janvier 2023 seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune d'Auzeville-Tolosane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. LEYMARIE

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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