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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102228

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102228

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAPUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2021 et le 4 novembre 2021, M. C B et Mme D B, représentés par Me Lapuelle, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 20 février 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Lagardelle-sur-Lèze a approuvé la deuxième révision du plan local d'urbanisme de cette commune en tant qu'elle classe les parcelles dont ils sont propriétaires en zones A et Aco ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lagardelle-sur-Lèze de modifier sans délai son plan local d'urbanisme en tant qu'il classe leurs parcelles en zones A et Aco ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lagardelle-sur-Lèze la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- à titre principal, le classement des parcelles cadastrées sous les numéros B 1214 et B 1215 en zones A et Aco du plan local d'urbanisme de la commune de Lagardelle-sur- Lèze est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, la délibération en litige est entachée d'un vice de procédure tiré d'une part, de l'absence de note de synthèse adressée aux conseillers municipaux avant la séance du conseil municipal et d'autre part, de l'absence de preuve de la convocation de ces conseillers trois jours francs avant la réunion du conseil.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2021 et le 23 décembre 2021, la commune de Lagardelle-sur-Lèze, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2022.

Me Lapuelle a indiqué dans la requête introductive d'instance que M. C B a été désigné comme représentant unique pour l'application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- les observations de Me Foucard, substituant Me Lapuelle, représentant M. et Mme B ;

- les observations de Me Marti, substituant Me Courrech, représentant la commune de Lagardelle-sur-Lèze.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 février 2021, le conseil municipal de la commune de Lagardelle-sur-Lèze a approuvé la deuxième révision du plan local d'urbanisme de cette commune. M. et Mme B, propriétaires des parcelles cadastrées sous les numéros B 1214 et B 1215, demandent l'annulation de cette délibération en tant qu'elle prévoit le classement de ces parcelles en zones A et Aco.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les vices de procédure soulevés par les requérants :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil municipal de la commune de Lagardelle-sur-Lèze, qui compte moins de 3 500 habitants, ont été convoqués à la séance du conseil du 20 février 2021 par un courriel du 16 février 2021. Dans ces conditions, le délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales a bien été respecté et le moyen tiré d'un vice de procédure sur ce point doit être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 de ce code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

5. Il résulte des dispositions précitées que la commune de Lagardelle-sur-Lèze, qui compte moins de 3 500 habitants, n'était pas tenue d'adresser à ses conseillers municipaux une note explicative de synthèse sur les affaires inscrites à l'ordre du jour de la réunion du conseil du 20 février 2021. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'un document intitulé " note de synthèse ", ainsi que plusieurs pièces du dossier de révision du plan local d'urbanisme de la commune, notamment le projet d'aménagement et de développement durables, ont été adressés aux membres du conseil municipal dans un courriel du 17 février 2021. Il leur a également été précisé que les autres pièces du dossier de révision du plan local d'urbanisme, trop volumineuses pour être envoyées par courrier électronique, pouvaient être consultées à la mairie ou envoyées moyennant un logiciel dédié à l'envoi de pièces jointes volumineuses. L'ensemble de ces documents a ainsi permis aux membres du conseil municipal de disposer d'une information adéquate sur l'objet, les enjeux et la portée de la délibération en litige. Dans ces conditions, le vice de procédure invoqué doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur les zonages retenus par les auteurs du plan local d'urbanisme :

6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs d'un plan local d'urbanisme lorsqu'ils entendent soustraire pour l'avenir des parcelles à l'urbanisation ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.

7. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 de ce code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

9. M. et Mme B contestent le reclassement des parcelles cadastrées sous les numéros B 1214 et B 1215, en zone A alors qu'elles étaient auparavant classées en zone UBb. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Lagardelle-sur-Lèze que la deuxième révision de ce plan vise notamment à la protection des espaces agricoles de la commune par " la pérennisation d'une zone agricole A fonctionnelle, notamment en limitant au plus près le développement des mitages " et en privilégiant " les extensions de l'urbanisation dans la continuité immédiate du village ". Les parcelles en litige, qui comportent des constructions diffuses éloignées du centre-bourg de la commune et bordées de toutes parts par des terres agricoles, sont identifiées par le rapport de présentation de la révision du plan local d'urbanisme comme représentatives de situations de mitage. Eu égard à ces caractéristiques, la circonstance qu'elles soient raccordées à l'assainissement collectif et disposent d'un accès à la voie publique n'est pas de nature à faire obstacle à leur classement en zone agricole. Dans ces conditions, au regard du parti pris d'urbanisme retenu par la commune et du caractère majoritairement agricole de la zone en cause, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les auteurs du plan local d'urbanisme de la commune de Lagardelle-sur-Lèze ont commis une erreur manifeste d'appréciation ou méconnu les dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme en classant leurs parcelles en zone A. Ces moyens doivent par suite être écartés.

10. D'autre part, aux termes de l'article R. 151-43 du code de l'urbanisme : " Afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut : / () / 4° Délimiter les espaces et secteurs contribuant aux continuités écologiques et définir des règles nécessaires à leur maintien ou à leur remise en état ; / () ".

11. Il ressort du rapport de présentation joint au dossier de révision du plan local d'urbanisme de la commune de Lagardelle-sur-Lèze que trois secteurs ont été définis au sein de la zone A de ce plan, dont un secteur Aco correspondant " aux corridors écologiques de la trame verte et bleue, identifiés dans le territoire communal et inscrits dans le terroir agricole " et qu'une partie des parcelles des requérants a été classée dans cette zone. Il ressort en outre des pièces du dossier que ces corridors écologiques sont recensés à la fois par le schéma de cohérence territoriale du Pays du Sud Toulousain, approuvé le 29 octobre 2012, et par le schéma régional de cohérence écologique, arrêté par le préfet de région le 27 mars 2015 et que le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Pays du Sud Toulousain identifie, au niveau des parcelles en litige, un corridor bleu. Si les requérants soutiennent que le ruisseau dont la présence justifie l'existence d'un tel corridor écologique est à sec la majorité de l'année, et que l'espace classé en zone Aco aux abords de celui-ci est trop important, ces affirmations sont insuffisamment étayées pour remettre en cause la pertinence de l'emplacement du corridor retenu par le SCoT et le zonage retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme de la commune de Lagardelle-sur-Lèze. Dans ces conditions, ces derniers n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant une partie des parcelles des requérants en zone Aco. Ce moyen doit par suite être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 20 février 2021. Leur requête doit donc être rejetée, y compris leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lagardelle-sur-Lèze, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, la somme demandée par les requérants au titre des frais liés au litige.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par la commune de Lagardelle-sur-Lèze sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lagardelle-sur-Lèze sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Lagardelle-sur-Lèze.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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