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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102230

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102230

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril et 1er octobre 2021, Mme C G, représentée par Me Faivre-Vilotte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2020 par lequel le maire de Toulouse ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par les consorts H pour la réalisation de travaux sur une maison d'habitation sise 28, rue Devic à Toulouse, ensemble la décision du 31 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature consentie à son signataire par le maire de Toulouse n'était pas exécutoire faute de publication préalable au recueil des actes administratifs ;

- le dossier de déclaration préalable était incomplet, en méconnaissance des articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H) de Toulouse Métropole relatives aux " espaces verts protégés ", dès lors d'une part qu'il n'entre pas dans la liste limitative des constructions et aménagements autorisés dans de tels espaces et, d'autre part, qu'il ne respecte pas les règles d'éloignement avec les végétaux majeurs présents sur la parcelle de la requérante ;

- le projet méconnaît les dispositions du règlement du PLUi-H relatives au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords de constructions, dès lors qu'il ne respecte pas un périmètre de pleine terre de 1,5 mètre autour d'un arbre planté sur la parcelle de la requérante au droit de la limite séparative ;

- le projet méconnaît les dispositions du règlement du PLUi-H relatives à la qualité architecturale, dès lors que la toiture de l'extension projetée est en tôle ondulée et présente un degré de pente plus faible que les toitures des constructions environnantes ; il porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ; en outre, il ne rend pas plus conforme aux règles d'urbanisme la véranda existante.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre et 21 octobre 2021, la commune de Toulouse, représentée Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme G sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. et Mme H, qui n'ont pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 20 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- et les observations de Me Faivre-Vilotte, représentant Mme G, et celles de Me Santangelo, substituant Me Rivoire, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts H ont déposé une déclaration préalable en vue de la rénovation d'une maison individuelle sise 28, rue Devic à Toulouse et de la réalisation d'une extension côté jardin, après démolition de la véranda existante. Par une décision du 30 décembre 2020, le maire de Toulouse ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier du 8 février 2021, Mme G, propriétaire d'une maison au n° 30 de la même rue, a sollicité le retrait de cette décision de non opposition. Par une décision du 31 mars 2021, le maire de Toulouse a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, Mme G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2020 ainsi que le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors en vigueur, que les actes réglementaires du maire, au nombre desquels figurent les délégations de signature, sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé, d'une part, à leur publication ou à leur affichage et, d'autre part, à leur transmission au représentant de l'Etat. Les dispositions de l'article L. 2122-29 du même code, selon lesquelles les arrêtés municipaux à caractère réglementaire sont publiés dans un recueil des actes administratifs, n'ont pas dérogé à ce principe.

3. En l'espèce, par une décision du 17 décembre 2020, le maire de Toulouse a délégué sa signature en matière d'autorisations d'urbanisme à M. A B, adjoint au maire, pour la période du 25 décembre 2020 au 3 janvier 2021. Il ressort des mentions portées sur cette décision qu'elle a été affichée en mairie et déposée à la préfecture le même jour. Ainsi qu'il a été rappelé, ces formalités étaient suffisantes pour qu'elle devienne exécutoire et habilite M. B à signer la décision du 30 décembre 2020 en litige. La requérante, qui ne saurait sérieusement soutenir que l'affichage en mairie n'est pas une formalité adéquate de publicité au sens de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration, n'est donc pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'un vice d'incompétence.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () " et aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".

5. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'arrêté de non-opposition que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet déclaré à la réglementation applicable.

6. D'une part, il est constant que le dossier joint à la déclaration ne comporte pas de plan de masse coté dans les trois dimensions. Toutefois, le dossier comporte un plan de masse, un plan de surfaces et des plans de coupe et de façade à l'échelle 1/50e ou 1/100e, permettant de calculer la surface de la construction actuelle et celle du projet, en particulier la surface de l'extension envisagée. Ces plans font figurer par ailleurs les cotes altimétriques et les pentes des toitures. Par suite, et compte tenu de la simplicité du projet, l'absence de plan de masse coté dans les trois dimensions n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. D'autre part, contrairement à ce que soutient la requérante, le plan de masse, le plan de coupe PC03 et les plans de façade PC05, PC06 et PC08 joints à la déclaration préalable font apparaître l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain, ainsi qu'une comparaison entre l'état initial et l'état futur, permettant d'apprécier le terrassement et le niveau naturel du terrain, soit 0,00 mètre au niveau de l'extension et de la terrasse et - 0,13 mètre dans le jardin.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort du document graphique du PLUi-H qu'en application des articles L. 151-19, L. 151-23 et R. 151-41 du code de l'urbanisme, ses auteurs ont entendu préserver l'îlot de verdure constitué par les jardins arborés des parcelles cadastrées section AH n° 103 et n° 104. Si le trait délimitant cet " espace vert protégé " (EVP) déborde sur la parcelle cadastrée section AH n° 105, qui correspond au terrain d'assiette du projet contesté, cette imprécision n'est due qu'à l'épaisseur du trait. Par suite, en l'absence d'autres indications résultant expressément du règlement écrit du PLUi-H ou du document graphique, et dès lors que la limite de l'EVP suit à cet endroit celles du cadastre, il y a lieu de considérer, en retenant la médiane du trait précité, que cette parcelle n'est pas incluse dans l'espace protégé. Il résulte de ce qui précède que la requérante ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du PLUi-H de Toulouse Métropole relatives aux EVP.

10. En quatrième lieu, si la requérante soutient que le projet méconnaît les dispositions du point 1 de la section 3 du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2 du règlement écrit du PLUi-H, qui prévoient un " périmètre de pleine terre de 1,5 mètre / 1,5 mètre autour des arbres " destiné à " garantir leur pérennité et leur développement ", ces dispositions ont vocation à ne s'appliquer qu'aux arbres situés sur le terrain d'assiette d'un projet de construction et non à ceux implantés sur une parcelle voisine. Elle ne produit, en tout état de cause, aucune pièce de nature à établir l'implantation précise des arbres situés sur son fonds et qui seraient selon elle menacés par le projet. A cet égard, la photographie jointe à sa requête ne permet pas d'identifier l'essence du végétal implanté en limite de sa propriété, de telle sorte qu'il n'est pas possible de déterminer s'il s'agit d'un arbre au sens des dispositions précitées. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes du paragraphe 1 de la section 2 du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2 du règlement du PLUi-H de Toulouse métropole : " 1 - Principes généraux / - Objectif de qualité architecturale / Le projet doit rechercher l'usage d'un style architectural approprié à son contexte existant ou projeté, sans exclure une certaine diversité architecturale, soit en tenant compte des références architecturales traditionnelles présentes sur le territoire, soit en introduisant de nouvelles expressions architecturales adaptées. () / 2 - Les façades et toitures / 2.1 - Extensions, surélévations, réhabilitations / Dès lors qu'une construction présente un intérêt architectural au regard notamment des matériaux constructifs employés, de sa composition, de son ordonnancement, tous les travaux réalisés, y compris les ravalements, doivent mettre en valeur les caractéristiques de ladite construction. Ces dispositions ne font pas obstacle à la réalisation d'extensions de conception architecturale contemporaine, dès lors que sont mis en valeur les éléments d'intérêt de la construction initiale. () / 2.3 - Toitures / Lorsque le projet prévoit la construction d'une toiture en pente dotée d'une couverture en tuile, l'homogénéité avec les pentes des toitures mitoyennes ou avoisinantes doit être recherchée et pourra être imposée pour des motifs tenant à la bonne intégration du projet dans son environnement existant et/ou projeté. Cette disposition s'applique également en cas d'extension d'une construction existante () ". Les dispositions du PLUi-H qui viennent d'être rappelées ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres. C'est donc par rapport aux dispositions du règlement du PLUi-H que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée et le juge exerce alors un contrôle normal sur la conformité de la décision attaquée à ces dispositions.

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige concerne une maison d'habitation de plain-pied construite dans les années 1930 et située dans un quartier à dominante pavillonnaire. Il prévoit notamment, côté jardin et après démolition d'une véranda existante, la construction d'une extension en ossature bois de 6,7 mètres de longueur sur 5,5 mètres de largeur, avec un bardage en bois clair sur deux côtés et une couverture mono-pente à 6 degrés en tôle ondulée aluminium, à laquelle s'ajoute, à l'extrémité est de la façade, une petite toiture transversale de 2 degrés de pente. Si la requérante soutient que la réalisation d'une toiture de pente faible en tôle ondulée aluminium ne s'intègre pas dans le bâti existant, qui présente majoritairement des toitures bi-pentes en tuile canal, et qu'elle méconnaît dès lors les dispositions précitées du PLUiH de Toulouse Métropole relatives aux toitures, il résulte toutefois des termes mêmes de ces dispositions qu'elles s'appliquent uniquement aux constructions nouvelles ou aux extensions recouvertes de tuiles, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'extension en litige, située, ainsi qu'il a été dit, côté jardin, n'est pas visible depuis la rue. Elle est par ailleurs occultée depuis l'arrière par les abris de jardin existants situés en limite de propriété. En outre, il ressort des documents photographiques présents au dossier que l'environnement du terrain d'assiette du projet n'est pas dénué de diversité architecturale, y compris au niveau des toitures, puisqu'il comprend notamment plusieurs immeubles surmontés de toits terrasse ou encore, en face de la parcelle en cause, une maison d'habitation présentant une toiture partiellement recouverte de panneaux photovoltaïques. Enfin, la requérante ne saurait utilement soutenir que le projet contesté ne rend pas plus conforme aux règles d'urbanisme la véranda existante dès lors, d'une part, qu'il n'est pas démontré que cette véranda ne respecterait pas les règles d'urbanisme, et, d'autre part et en tout état de cause, qu'un permis distinct a été délivré en vue de sa démolition. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 30 décembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles dirigées contre la décision du 31 mars 2021 portant rejet du recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme G une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Toulouse.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Mme G versera à la commune de Toulouse une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, à M. F D, à Mme I H et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

T. E

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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