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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102288

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102288

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102288
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDERBALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2021 et un mémoire enregistré le 8 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Derbali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et le munir dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-l'arrêté contesté lui a été notifié le 24 février 2021 et il a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 22 mars 2021, sa requête est donc recevable ;

- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L.313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est contraire à l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et par suite irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 16 juin 1990 à Aït Ishak (Maroc), de nationalité marocaine, est entré en France, selon ses déclarations, le 26 mars 2015, muni d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles au Maroc. Le 16 septembre 2020, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L.313-11 (7°) et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par arrêté du 19 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé les principaux éléments de la situation familiale et professionnelle de M. B, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloigné du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. B comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement.

4. En deuxième lieu, eu égard à la motivation détaillée de la décision contestée, le moyen tiré de ce que le préfet aurait omis de procéder à un examen sérieux de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France à l'âge de 24 ans, et qu'il est célibataire, sans charge de famille. S'il soutient avoir noué des relations personnelles d'amitié sur le territoire, il ne précise pas lesquelles et n'étaye cette affirmation d'aucun élément factuel, à l'exception du lien tissé avec la personne qui l'héberge, qui ne permet pas, à lui seul, de regarder sa vie privée et familiale comme fixée en France. Il dispose en revanche d'attaches familiales au Maroc où résident ses parents et ses six frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Le moyen tiré de la violation des dispositions et stipulations précitées qui protègent ce droit, doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".

8. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. D'une part, compte tenu des conditions de séjour de M. B en France, rappelées au point 6, le fait qu'il y réside depuis 6 ans à la date de la décision attaquée et qu'il y ait vécu une période structurante pour le développement de sa personnalité ne constitue pas un motif exceptionnel ou humanitaire de régularisation de sa situation au titre de la vie privée et familiale.

10. D'autre part, M. B fait valoir qu'il dispose d'une promesse d'embauche comme intervenant technique, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, établie par la société Above Technology Advance le 25 août 2020. Toutefois, alors que le requérant ne fait valoir aucun élément particulier caractérisant cet emploi, sa qualification ou son expérience, cette seule circonstance ne constitue pas un motif exceptionnel justifiant une régularisation au titre du travail.

11. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant de régulariser à titre exceptionnel la situation de M. B en raison de sa vie privée et familiale ou en raison de son activité professionnelle.

12. En cinquième lieu, pour les raisons exposées aux points 6, 9 et 10, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

13. En sixième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour n'est retenu par le présent jugement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur les autres conclusions :

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 février 2021, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin, en tout état de cause, de statuer sur la fin de non recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme C, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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