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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102289

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102289

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 3
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrées le 21 avril 2021 et le 12 décembre 2022, Mme D B, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a refusé de déclarer sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de déclarer sa demande prioritaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de vice de procédure faute d'élément établissant que la commission a délibéré conformément aux dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'erreur de droit car la commission ne pouvait lui opposer l'absence de démarche préalable suffisante, ni aucun délai d'attente après ses démarches, ni l'absence de demande présentée au titre du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer ou, à défaut, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme B et sa famille sont logées depuis le 14 décembre 2021 ;

- le compagnon de Mme B ne remplit pas les conditions d'accès au logement social faute de disposer d'un titre de séjour ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui désire bénéficier d'un logement, a présenté un recours devant la commission de médiation compétente pour le département de la Haute-Garonne le 14 janvier 2021 sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Sa demande a été rejetée le 23 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021. Il n'y a pas lieu, par suite, de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que Mme B a obtenu un logement, il ressort des pièces du dossier que le bail dont elle est titulaire ne constitue qu'un contrat de sous-location de trois mois reconductible pour une durée totale de douze mois, ce qui ne saurait être regardé comme équivalent à un logement social. Cette circonstance n'est donc pas de nature à priver d'objet sa requête, qui tend à l'obtention d'un tel logement. Il y a donc lieu de statuer sur cette requête.

4. Aux termes des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. / () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. Elle peut préconiser que soit proposé au demandeur un logement appartenant aux organismes définis à l'article L. 411-2 loué à une personne morale aux fins d'être sous-loué à titre transitoire dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 442-8-3. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui devait être expulsée le 12 novembre 2020, remplissait la condition posée par le sixième alinéa de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. En outre, la requérante, est accompagnée de deux enfants âgés de treize et six ans, dont l'aînée est atteinte d'un asthme mal contrôlé. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que la commission de médiation, qui a commis une erreur de droit en lui opposant le caractère concomitant de sa demande de logement social et de son recours devant la commission dès lors qu'aucune disposition n'impose que les démarches préalables du demandeur soient séparées par un délai quelconque de la saisine de la commission, en dehors du cas où l'intéressé se plaint d'un délai excessif d'attente d'un logement social, et en lui opposant le défaut de saisine de la commission sociale d'examen instituée par le plan départemental pour l'accès au logement des personnes défavorisées, qui ne constitue qu'une formalité facultative qui n'est pas imposée par les dispositions du code de la construction et de l'habitation, a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. A cet égard, si le préfet fait valoir que le compagnon de la requérante ne dispose pas d'un titre de séjour et ne remplit pas les conditions d'accès au logement social, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a présenté son recours gracieux qu'en son nom et au nom de ses enfants, de telle sorte que l'éventuelle impossibilité d'accès de son compagnon à un logement social, qui constitue en outre une circonstance postérieure à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur le sort à réserver au litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 23 mars 2021 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Haute-Garonne a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, que la commission de médiation de la Haute-Garonne reconnaisse le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme B dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige et les dépens :

8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sarasqueta de la somme de 1 400 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 400 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.

Article 2 : La décision de la commission de médiation du 23 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Haute-Garonne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande d'hébergement de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros à Me Sarasqueta en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 400 euros sera versée à Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié Mme D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

- Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

- Copie en sera adressée à Me Sarasqueta.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le magistrat désigné,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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