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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102309

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102309

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2021 et le 10 septembre 2021, Mme B D, représentée par Me Chmani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros toutes taxes comprises au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient, outre que la requête est recevable, que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par les avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations avant son édiction ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations avant son édiction ;

- le préfet, qui n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation, a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 6 juin 1985, est entrée en France le 19 mai 2018 sous couvert d'un visa de 90 jours, avec ses trois enfants mineurs. Elle a sollicité le 12 mars 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'accompagnante de deux de ses enfants, en raison de leur état de santé. Le 30 juillet 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. Il ressort des pièces du dossier que deux des fils de A D, respectivement nés le 3 février 2009 et le 1er novembre 2012, souffrent d'un trouble du spectre autistique sévère. Ces deux enfants sont suivis depuis leur arrivée en France par le service de l'aide sociale à l'enfance. Le compte-rendu d'hospitalisation du premier de ces enfants sur la période du 6 au 24 juillet 2020 mentionne qu'il présente un retard mental et des troubles du comportement et que son état de santé nécessite sa prise en charge par une structure multidisciplinaire. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Gard a reconnu à cet enfant un taux d'incapacité de 80 %, pour la période du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2023. Le second de ces enfants, qui présente aussi un retard mental associé à des manifestations comportementales, a été hospitalisé sur la période du 27 juillet au 14 août 2020, le compte-rendu de son hospitalisation mentionnant la nécessité d'une prise en charge institutionnelle globale et adaptée. Ces enfants, dont l'état de santé nécessite une surveillance constante, sont accueillis depuis le 21 septembre 2020 à plein temps dans des instituts médico-éducatifs, où ils bénéficient d'un accompagnement spécifique, adapté à leurs pathologies. Depuis leur prise en charge sur le territoire français, des progrès en autonomie et communication ont été relevés par les différents intervenants responsables de leur suivi. Il ressort des attestations produites par la requérante que la prise en charge de ses enfants a contribué à améliorer leur état de santé, alors qu'ils présentent un âge où la réalisation des soins appropriés a une incidence décisive sur leur développement futur. Ainsi, compte-tenu des conséquences particulièrement préjudiciables de l'interruption de ces parcours multidisciplinaires, le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme D, n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, tenu suffisamment compte de l'intérêt supérieur de ces deux enfants. Il a ainsi violé les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision de refus de séjour attaquée doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et celle fixant le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué, implique, eu égard au motif fondant cette annulation, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à Mme D un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chmani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chmani de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 3 décembre 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme D un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chmani une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chmani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Chmani et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

F. C

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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