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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102310

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102310

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2021, et des mémoires enregistrés les 19 juin 2021 et 23 mai 2022, M. B D A, représenté par Me Kassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut au seul visa de cet article.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire ont été pris par une autorité incompétente ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées en fait ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de son dossier ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L.511-4 (6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences d'une mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de toute motivation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juin 2021 et le 13 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 mai 2022, l'instruction a été rouverte et une nouvelle date de clôture a été fixée au 9 juin 2022.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Haute-Garonne, enregistré le 29 novembre 2022, n'a pas été communiqué.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Kassi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, Guy, Ninon, Florent A, né le 12 juin 1985 à Ellibou (Côte d'Ivoire), de nationalité ivoirienne, est entré en France le 25 février 2016 muni d'un visa de trente jours. Le 31 janvier 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie familiale et en tant que salarié, sur le fondement des articles L.313-11 (7°) et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 5 de l'accord franco-ivoirien. Par arrêté du 16 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2020-290. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes du 10ème alinéa de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé les principaux éléments de la situation familiale et professionnelle de M. A, en relevant notamment qu'il n'établit pas la durée de sa présence sur le territoire ni l'intensité et la stabilité de ses liens en France, qu'il n'est pas éligible à l'apprentissage mentionné dans sa promesse d'embauche et qu'il ne détient pas de visa long séjour ni de contrat de travail visé par l'administration. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à M. A comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, eu égard notamment à la motivation détaillée de la décision contestée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen sérieux de la situation de M. A.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 25 février 2016 et qu'il apporte des éléments prouvant qu'il y réside de façon continue depuis le début de l'année 2018. Il est également établi que M. A vit maritalement avec une ressortissante française depuis 2019. Toutefois, tant la présence en France de M. A que sa relation avec une personne de nationalité française sont relativement récentes à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir que trois de ses sœurs sont de nationalité française et résident en France ou en Belgique, il n'établit pas avoir maintenu des liens réguliers et forts avec elles. En revanche, M. A, qui a vécu en Côte d'Ivoire jusqu'à l'âge de 30 ans, n'y est pas dépourvu d'attaches familiales puisque sa mère, deux de ses sœurs ainsi que sa fille née en 2003 y vivent. S'il souligne bénéficier d'une promesse d'embauche comme peintre en bâtiment, régulièrement réitérée par une entreprise toulousaine, il n'allègue ni n'établit aucune insertion effective sur le marché du travail depuis son arrivée. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas, à la date de la décision attaquée, avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale en France. Il est vrai que postérieurement à la décision attaquée, M. A s'est marié avec sa compagne et qu'une fille est née le 17 avril 2022 de leur union. Si ce changement de circonstance lui permet de solliciter un titre de séjour en tant que conjoint de ressortissant français ou parent d'enfant français, il ne peut être pris en compte pour apprécier la légalité de l'arrêté contesté du 16 février 2021, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte excessive à sa vie privée et familiale, protégée par les dispositions et stipulations précitées, doit être écarté.

9. En troisième lieu, pour les raisons exposées au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A doit être également écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit, en raison de ce qui précède, être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour faire obligation au requérant de quitter le territoire.

12. En troisième lieu, pour les mêmes raisons qu'exposé au point 8, le moyen tiré de de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A et des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 6° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ;() ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A et son épouse ont donné naissance à une petite fille née le 17 avril 2022, de nationalité française par filiation. Ainsi, à la date de la décision contestée, soit le 16 février 2021, M. A ne remplissait pas les prévisions de l'article L. 511-4 (6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile interdisant son éloignement du territoire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

15. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

Sur les autres conclusions :

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 février 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, Guy, Ninon, Florent A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme C, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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