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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102328

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102328

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALLEGRET DIMANCHE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance n° 2001885 du 20 avril 2021, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal administratif de Toulouse, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. F E, enregistrée le 26 juin 2020.

Par cette requête, enregistrée sous le numéro 2102337, M. E, représenté par Me Allegret Dimanche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 avril 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé que l'arrêt de travail et les soins dont il a bénéficié à compter du 27 janvier 2020 soient pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 27 janvier 2020 et de procéder à la régularisation de sa situation administrative et financière dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car l'administration s'est sentie liée par l'avis du docteur M. ;

- elle est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier demande la jonction des requêtes enregistrées sous les numéros 2102328 et 2102337 et conclut à leur rejet.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés

II. Par une ordonnance n° 2100407 du 20 avril 2021, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal administratif de Toulouse, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. F E, enregistrée le 2 février 2021.

Par cette requête, enregistrée sous le numéro 2102328, M. E, représenté par Me Allegret Dimanche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé que l'arrêt de travail et les soins dont il a bénéficié à compter du 27 janvier 2020 soient pris en charge au titre de la législation sur les accidents de service ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 27 janvier 2020 et de procéder à la régularisation de sa situation administrative et financière dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car l'administration s'est sentie liée par l'avis de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur " manifeste " d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la rectrice de l'académie de Montpellier demande la jonction des requêtes enregistrées sous les numéros 2102328 et 2102337 et conclut à leur rejet.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Mahistre, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E est instituteur depuis le 1er septembre 1983, affecté dans le corps des professeurs des écoles à compter du 1er septembre 2004. Le 27 janvier 2020, il a été placé en arrêt de travail, prolongé jusqu'au 30 mars 2020. Le 27 février 2020, il a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident intervenu le 27 janvier 2020. Par une décision du 28 avril 2020, dont l'intéressé demande l'annulation dans la requête susvisée n° 2102337, la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré. Par un courrier du 21 septembre 2020, la rectrice l'a informé du réexamen de son dossier et de la saisine de la commission de réforme du Gard. Par une décision du 2 décembre 2020, dont l'intéressé demande l'annulation dans la requête susvisée n° 2102328, la rectrice a de nouveau refusé de reconnaître l'imputabilité au service sollicitée.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2102337 et n° 2102328, présentées par le même requérant présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 28 avril 2020 :

3. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".

4. Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 susvisé : " La commission de réforme est consultée notamment sur : / 1. L'application des dispositions du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; () ". Aux termes de son article 26 : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, les commissions de réforme prévues aux articles 10 et 12 ci-dessus sont obligatoirement consultées dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 34 (2°), 2° alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui leur est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin chargé de la prévention attachée au service auquel appartient le fonctionnaire concerné. / La commission de réforme n'est toutefois pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration. "

5. Ces dispositions imposent la consultation de la commission de réforme dans tous les cas où le bénéfice du deuxième alinéa du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 est demandé par un agent, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste, afin de déterminer notamment si l'accident qui est à l'origine de l'affection est ou non imputable au service.

6. Il est constant que la rectrice de l'académie de Montpellier n'a pas saisi la commission de réforme avant de rejeter, le 28 avril 2020, la demande d'imputabilité au service formulée par M. E. En outre, la rectrice ne soutient pas que le défaut d'imputabilité au service serait manifeste. B, la rectrice n'est pas fondée à soutenir, dans son mémoire en défense, que ce vice de procédure aurait été " régularisé " par la saisine ultérieure de la commission de réforme, qui s'est prononcée le 17 novembre 2020, postérieurement à la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et alors qu'aucun des autres moyens de la requête n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision du 28 avril 2020, que M. E est fondé à soutenir que la rectrice de l'académie de Montpellier a entaché cette dernière d'un vice de procédure et, par suite, à en demander l'annulation.

En ce qui concerne la décision du 2 décembre 2020 :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 4 juin 2020 régulièrement publié, M. C a bénéficié d'une délégation de signature de la rectrice de l'académie de Montpellier, notamment en ce qui concerne les décisions d'imputabilité au service des accidents de service. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

10. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et dont la rectrice avait connaissance à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

11. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que la rectrice s'est fondée sur l'ensemble des pièces du dossier de l'intéressé, notamment sa déclaration d'accident, ses courriers du 27 février 2020, les certificats médicaux du docteur D des 27 janvier, 29 février et 27 mars 2020, le rapport de situation du centre national d'éducation à distance (CNED) de Toulouse du 30 août 2019, des conclusions de l'expertise médicale du docteur M. du 31 mars 2020, ainsi que de l'avis de la commission de réforme du Gard du 17 novembre 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la rectrice aurait commis une erreur de droit en s'estimant liée par l'avis de cette commission.

12. En quatrième lieu, aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa rédaction applicable au litige, désormais repris à l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. "

13. Constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

14. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la déclaration d'accident de service transmise par M. E au rectorat le 27 février 2020, que l'intéressé a sollicité l'imputabilité au service d'un accident intervenu le 27 janvier 2020. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été placé en arrêt de travail à compter du 27 janvier 2020 par le docteur A, arrêt prolongé jusqu'au 30 mars 2020, en revanche, il n'établit pas, ni même n'allègue, qu'un accident serait intervenu à cette date, ni même antérieurement, que ce soit par le fait ou à l'occasion du service, ou en dehors de celui-ci.

15. Au surplus, si M. E soutient être victime d'un syndrome dépressif, et qu'il se prévaut à ce titre de son placement en arrêt de travail du 27 janvier au 30 mars 2020, ainsi que du certificat médical du 8 juin 2020 du Dr A, généraliste, qui note " l'apparition d'un syndrome dépressif à compter d'octobre 2016 ", étant observé qu'aucune pièce médicale antérieure à l'année 2020 n'est versée au dossier, toutefois, ni le certificat médical du 17 juin 2020 du Dr A, psychiatre, qui évoque des antécédents depuis 1995 mais conclut seulement que " M. E est dans une situation d'attente, n'obtenant pas de réponse de la part de l'académie ; l'état psychique à nouveau déstabilisé, M. E se sent harcelé de par la situation (sic) ", ni l'expertise médicale du 31 mars 2020 du Dr M., psychiatre, qui conclut que " Parallèlement, à l'examen de ce jour, on ne retrouve pas d'éléments pathologiques justifiant d'un arrêt de travail de quelque nature que ce soit. " n'établissent l'existence du syndrome dépressif dont l'existence est alléguée, ni à plus forte raison son imputabilité au service. De plus, il résulte de l'avis du 17 novembre 2020 que la commission de réforme du Gard a validé les conclusions de l'expertise précitée du Dr M. B, si M. E soutient avoir subi un harcèlement moral de la part de son administration depuis 2016, il n'apporte aucune pièce, ni aucun commencement de preuve en ce sens.

16. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la rectrice aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service sollicitée, en toutes hypothèses.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision prise par la rectrice de l'académie de Montpellier le 2 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 28 avril 2020, annulée par le présent jugement, a été remplacée par la décision du 2 décembre 2020, de même portée et dont la légalité est confirmée. Par suite, les conclusions de M. E tendant à enjoindre à la rectrice de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du travail doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la rectrice de l'académie de Montpellier, qui n'a pas pour l'essentiel la qualité de partie perdante, verse à M. E la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision en date du 28 avril 2020, par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé à M. E de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des deux requêtes susvisées est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Fe E et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2102328, 2102337

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