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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102394

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102394

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, M. C A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui accorder les conditions matérielles d'accueil rétroactivement à compter du 30 mars 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au requérant sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation s'agissant en particulier de son état de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien, a déposé une première demande d'asile en France le 28 février 2018, qui a été rejetée. Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, enregistrée le 30 mars 2021 par la préfecture de la Haute-Garonne, qui lui a alors délivré une attestation de demande d'asile en procédure accélérée valable jusqu'au 29 septembre 2021. Par une décision du 30 mars 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 15 octobre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, la demande du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 1er octobre 2020, publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le même jour, le directeur général de l'OFII a donné à M. E B, directeur territorial de Toulouse, délégation à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'administration refuse au demandeur l'attribution des conditions matérielles d'accueil a le caractère d'une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit comporter les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. La décision contestée vise les textes dont il est fait application. Elle rappelle la situation de M. A et justifie le rejet de sa demande tenant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a sollicité un réexamen de sa demande d'asile. Par suite, la décision est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que l'OFII n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a bénéficié, lors du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, d'un examen de vulnérabilité au cours duquel il a déclaré ne pas avoir de problèmes de santé. Par suite, et alors même que la décision initiale du 30 mars 2021 a été prise le jour même du dépôt par le requérant de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, le moyen tiré de ce que les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées sans examen préalable de sa situation et de sa vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ou des pièces du dossier que le directeur général adjoint de l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".

9. Il est constant que M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile après le rejet de sa demande d'asile initiale par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 janvier 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 février 2021. Par suite, l'OFII a pu légalement, pour ce motif, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Si le requérant soutient qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité, la seule production d'un certificat médical établi par un médecin généraliste indiquant qu'il " présente un état de santé physique mais surtout psychique très vulnérable ", et d'un rapport de police non traduit et dépourvu de toute garantie d'authenticité ne suffit pas à établir l'existence, à la date de la décision attaquée, d'une situation de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le directeur territorial de l'OFII pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Sarasqueta et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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