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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102620

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102620

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAARPI VALMARY LAUNOIS ROCA LLANES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, et un mémoire enregistré le 16 novembre 2021, Mme F E demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 25 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Najac, dans le département de l'Aveyron, ne s'est pas opposé à une déclaration préalable de travaux déposée par M. D C relative à l'agrandissement d'une fenêtre sur une construction à destination d'habitation implantée , à Najac.

Mme E soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté de non opposition a été accordé à partir d'un dossier déposé par M. C, qui n'avait pas qualité pour déposer une déclaration préalable au regard de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de déclaration déposé est entaché d'inexactitude, en ce que les travaux consistent en réalité à la création d'une fenêtre et non à son agrandissement ;

- le schéma illustratif fourni par l'architecte des bâtiments de France n'a pas été joint à l'arrêté de non-opposition ;

- le maire n'a pas correctement instruit le dossier de déclaration préalable en se bornant à reprendre l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;

- la décision attaquée méconnaît le règlement de la zone UA1 du plan local d'urbanisme de la commune de Najac ;

- les travaux ont été engagés avant la fin des délais de contestation, sans qu'un affichage conforme ait été réalisé par M. C ;

- les travaux réalisés ne correspondent pas aux préconisations de l'architecte des bâtiments de France.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, M. D C, représenté par Maître Launois-Chazalon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 22 octobre 2021 et 22 décembre 2021, la commune de Najac, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête de Mme E est irrecevable faute d'intérêt à agir en raison de la configuration des lieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quessette, rapporteur,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, Maire, représentant la commune de Najac.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 décembre 2020, M. C a déposé une déclaration préalable en vue d'agrandir une fenêtre sur une construction à destination d'habitation implantée , à Najac. Par un arrêté en date du 25 janvier 2021, le maire de la commune ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable de travaux. Par un courrier du 19 février 2021, reçu le 24 février suivant, Mme E a entendu demander à la commune le retrait de cette décision. Ce recours gracieux a été rejeté par le maire le 11 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de qualité de M. C pour déposer une déclaration préalable :

2. Selon les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". Aux termes de l'article R. 431-35 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La déclaration préalable précise : / a) L'identité du ou des déclarants (). / La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une déclaration préalable ".

3. Il résulte de ces dispositions que les déclarations préalables doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a, sur le formulaire prévu à cet effet, attesté avoir qualité pour déposer la déclaration. Ainsi, le maire était fondé à estimer que M. C avait qualité pour déposer cette déclaration en l'absence de tout élément contraire. En tout état de cause, le déclarant produit en défense une attestation du 6 septembre 2021 par laquelle l'ancien propriétaire du bien certifie que, pendant la période de location antérieure à la vente de l'habitation aux filles de M. C, il n'avait pas formulé d'objection à la demande de ce dernier d'agrandir la fenêtre " à condition qu'il obtienne les autorisations appropriées de la Mairie ". Par suite, le moyen tiré de l'absence de qualité du déclarant n'est pas fondé.

En ce qui concerne le moyen tiré du caractère inexact de la déclaration préalable :

5. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () c) une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci () ".

6. Il ressort des photographies et plans déposés à l'appui de la déclaration préalable que la construction comprenait, dans son état antérieur au projet, une ouverture constituée de quatre fenêtres accolées. L'ancien propriétaire du bien précise par ailleurs dans l'attestation précitée que " La pièce sous la terrasse avait 4 fenêtres (2,2 m x 1,2 m) que j'ouvrais régulièrement complètement ". En conséquence, les travaux objet de la déclaration préalable sont relatifs à l'agrandissement d'une fenêtre et non à la création d'un tel élément. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le dossier de déclaration préalable était sur ce point entaché d'inexactitude.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de schéma illustratif de l'architecte des bâtiments de France dans l'arrêté de non-opposition :

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 21 janvier 2021 n'aurait pas été joint à l'arrêté du maire lors de sa notification au pétitionnaire. En tout état de cause, à la supposer avérée, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté, lequel reprend par ailleurs l'intégralité des prescriptions de l'architecte des bâtiments de France. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'instruction du dossier de déclaration préalable :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 621-30, L. 621-32 et l. 632-2 du code du patrimoine que le maire de Najac était tenu de suivre les prescriptions de l'architecte des bâtiments de France, de telle sorte que le maire n'a commis aucune erreur de droit en reprenant lesdites prescriptions dans son arrêté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du règlement de la zone UA1 du plan local d'urbanisme de la commune de Najac :

9. Le terrain sur lequel se situe l'habitation objet de la déclaration préalable est une parcelle cadastrée AE n° 211, située en zone UA1 du plan local d'urbanisme de la commune de Najac et objet de dispositions particulières en raison de la présence de monuments historiques. L'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune précise que : " à l'intérieur des périmètres de protection définis sur le règlement graphique, toute demande d'urbanisme reste soumise à l'avis de l'architecte des bâtiments de France ". Concernant la rénovation et les extensions, cet article dispose que : " Les rénovations se feront soit à l'identique de l'existant soit selon les règles édictées pour les constructions neuves ". En ce qui concerne l'agrandissement de la fenêtre objet de l'arrêté attaqué, il est soumis aux règles concernant les constructions neuves précisant que " Les ouvertures seront plus hautes que larges " et " auront une forme rectangulaire ". Cet article dispose enfin que dans son 3), " Les dispositions particulières définies ci-dessous ne s'appliquent pas () en cas de décision contraire de l'architecte des bâtiments de France ".

10. Si, ainsi que le soutient Mme E, le projet objet de la déclaration préalable de M. C comporte une fenêtre de forme carrée de 2,2 mètres de côté, laquelle n'est pas conforme aux prescriptions précitées du plan local d'urbanisme relatives à la forme des ouvertures, il ressort des pièces du dossier que cette forme a été validée par l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 21 janvier 2021 par lequel celui-ci doit être regardé comme s'étant approprié cette forme par la voie de l'édiction de ces prescriptions. Or, il résulte du 3) de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme que celui-ci autorise des constructions dérogeant à ce règlement dans l'hypothèse d'un avis en ce sens de l'architecte des bâtiments de France. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaîtrait les règles posées par l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Najac.

En ce qui concerne les moyens tirés des conditions de réalisation des travaux :

11. Si Mme E fait valoir, d'une part, que les travaux ont été engagés avant l'expiration du délai de recours et sans avoir été précédés d'un affichage conforme aux prescriptions du code de l'urbanisme et, d'autre part, que les travaux réalisés ne correspondraient pas aux préconisations de l'architecte des bâtiments de France, ces moyens ont trait à l'exécution de la décision attaquée et sont, en tout état de cause, sans incidence sur sa légalité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune, être rejetée.

Sur les conclusions tendant à la mise à la charge de la requérante des dépens de l'instance :

13. Selon les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". Il ressort des pièces du dossier que M. C ne fait pas état de frais engagés pour cette instance au titre de cet article. Par suite, ses conclusions seront rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E la somme de 1 000 euros demandée par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Mme E versera la somme de 1 000 (mille) euros à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M. D C et à la commune de Najac.

Copie en sera adressée au Préfet de la région Occitanie.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

L. QUESSETTE

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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