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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102644

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102644

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 29 juin 2021, M. B A, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 11 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de reprendre le versement de l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif, à compter de la suspension effective des conditions matérielles d'accueil en juin 2019, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'OFII ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la même somme à son propre profit au titre du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédée d'un entretien de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête et sollicite une substitution de base légale.

Il soutient que :

- la décision attaquée pouvait légalement être fondée sur les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud ;

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,

- et les observations de Me Bachet, substituant Me Brel, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 7 octobre 1991, est entré en France le 20 décembre 2018 selon ses déclarations. Le même jour, l'intéressé a déposé une demande d'asile, enregistrée en procédure dite " Dublin ", et a accepté l'offre de prise en charge qui lui a été proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au titre du dispositif national d'accueil. Par arrêtés du 13 février 2019, le préfet de la Haute-Garonne a décidé, d'une part, de son transfert en Italie, en qualité de pays responsable de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, de l'assigner à résidence. Les demandes d'annulation dirigées contre ces deux arrêtés ont été rejetées par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 5 mars 2019. A la suite de l'ordonnance de la Cour administrative d'appel de Bordeaux du 16 octobre 2019 désignant la France responsable de sa demande protection internationale depuis le 18 septembre 2019 ainsi que d'une ordonnance du tribunal administratif de Toulouse du 2 décembre 2019 enjoignant au préfet de la Haute-Garonne de l'inviter à déposer une demande d'asile selon la procédure normale dans un délai de 48 heures, M. A a été placé en procédure normale par une décision du 6 février 2020. Le 15 février 2021, l'OFII a informé le requérant de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2021, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20.1 de la directive du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / [] b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées () ".

4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicable au litige dès lors que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil avant le 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; (). La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles l'OFII s'est fondé pour suspendre les conditions matérielles d'accueil à M. A. L'OFII, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien de vulnérabilité au cours duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a recueilli les observations du requérant s'est déroulé le 1er février 2021. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 du présent jugement que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur.

10. Pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, l'OFII a retenu que le requérant avait cessé de respecter la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet à compter du 3 avril 2019. L'OFII en justifie par la production du procès-verbal de carence de présentation dressé par la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse le 29 mai 2019. Ainsi, dès lors que le requérant ne s'est pas présenté aux autorités le jour de son transfert, c'est à bon droit qu'il a été regardé comme n'ayant pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités pour permettre l'exécution de son transfert. A ce titre, la circonstance que la France soit devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile le 18 septembre 2019, est à cet égard indifférente, cet évènement étant postérieur à l'opération de transfèrement. Ainsi, l'OFII a pu à bon droit considérer que M. A n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil le 20 décembre 2018 et décider, pour ce motif, de suspendre les conditions matérielles d'accueil.

11. En cinquième et dernier lieu, si M. A soutient être en situation de vulnérabilité en raison de la précarité extrême de ses conditions matérielles et financières, ces seuls éléments ne sont pas de nature à caractériser des besoins particuliers en matière d'accueil, lesquels ont du reste été examinés dans le cadre de l'entretien de vulnérabilité organisé le 1er février 2021. De même, la circonstance que la privation de l'allocation pour demandeur d'asile empêcherait M. A de contribuer à l'éducation et à l'entretien de son jeune fils n'est pas davantage de nature à caractériser de tels besoins, le requérant indiquant en tout état de cause ne pas être accompagné de l'enfant. Dès lors, en décidant de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A ni dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les demandes de substitution de base légale et de motif présentées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 mars 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article R. 761-1 du même code doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Brel et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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