mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KOSSEVA-VENZAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2021 et 15 avril 2022, Mme D B épouse C, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invitée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie familiale ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants de New York.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B épouse C ne sont pas fondés.
Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme B épouse C, en présence de cette dernière.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse C, ressortissante albanaise née le 3 novembre 1998, déclare être entrée en France le 15 juillet 2018. Par une décision du 19 septembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par un arrêt de la cour nationale du droit d'asile du 30 octobre 2019, sa demande d'asile et sa demande de protection subsidiaire ont été rejetées. Le 27 août 2020, elle a demandé à la préfète de l'Ariège son admission exceptionnelle au séjour au regard de ses liens familiaux. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2021 par lequel la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande et l'a invitée à quitter le territoire français.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application, en particulier le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles L. 313-25 et L. 313-14 du même code, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Elle énonce les éléments de fait sur lesquels elle repose. Dans ce cadre, la préfète de l'Ariège n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de Mme B épouse C. Ainsi, l'arrêté attaqué fait état de l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre Mme B épouse C en mesure de discuter utilement les motifs de ces décisions. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme B épouse C, notamment quant à sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vue privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus, sans que la condition prévue à l'article L.312-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C est entrée en France en juillet 2018 de manière irrégulière. Elle s'est mariée le 18 juin 2020 avec M. C, de nationalité albanaise, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en novembre 2023 au titre de la protection subsidiaire que lui a accordée la cour nationale du droit d'asile par décision du 3 septembre 2014. Elle a accouché, le 23 avril 2019, d'une fille reconnue par M. C. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue de manière irrégulière sur le territoire français après le rejet définitif de sa demande d'asile et de protection subsidiaire. Invitée par la préfète de l'Ariège, par un courrier du 16 décembre 2019, à entreprendre les démarches nécessaires à son insertion professionnelle, elle ne produit aucun document démontrant qu'elle a effectivement entrepris de telles démarches. La production d'attestations datant d'octobre 2021 et mars 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, indiquant qu'elle a suivi pendant plusieurs mois depuis septembre 2021 des séances d'apprentissage du français, est sans incidence. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune ressource propre et n'est pas dépourvue, dans son pays d'origine, de liens familiaux. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, la décision attaquée n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet, de séparer la requérante de sa fille mineure et du père de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 311-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace à l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ". Il résulte de ces dispositions que, saisie d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit vérifier dans un premier temps si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant mention " vie privée et familiale ", et dans un second temps, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Ariège a pu estimer que Mme B épouse C ne justifiait ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels propres à justifier son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date d'introduction de sa demande, Mme B épouse C, qui a épousé M. C le 18 juin 2020, ne remplissait pas les conditions prévues aux dispositions de l'article L. 313-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Ainsi, pour ce motif et pour les autres motifs exposés au point 5 et alors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer la requérante de son époux et de sa fille, la préfète de l'Ariège n'a pas porté une atteinte excessive au droit de Mme B épouse C au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation dans les conséquences de la décision sur sa vie privée et familiale doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. Il ressort des termes de la décision attaquée que cette dernière ne constitue pas une mesure d'éloignement et ainsi ne saurait avoir pour effet d'obliger la requérante et sa fille mineure à retourner dans leur pays d'origine. Par suite, Mme B épouse C ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B épouse C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige, doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C, à Me Kosseva-Venzal et au préfet de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026