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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102666

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102666

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMANKOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 11 août 2021, M. A D, représenté par Me Mankou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur de fait substantielle ; il n'est pas originaire de la République démocratique du Congo, dont la capitale est Kinshasa, mais de la République du Congo, dont la capitale est Brazzaville.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes signée le 31 juillet 1993,

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement signé le 25 octobre 2007,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E B, de nationalité congolaise, né le 13 juillet 1996 à Brazzaville, est entré en France le 17 novembre 2020, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 25 octobre 2019 au 25 octobre 2020, délivré par le Consulat général de France à Brazzaville (Congo). Le 20 septembre 2020, il a sollicité un changement de statut afin d'être admis au séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

2. En premier lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la demande de M. B. Si, dans ces motifs, l'arrêté mentionne, à tort, que le pays d'origine de l'intéressé est la République démocratique du Congo, il vise et applique la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, non applicable aux ressortissants de la République démocratique du Congo mais aux seuls ressortissants de la République du Congo. Cette erreur de plume n'est pas en soi de nature à révéler un défaut d'examen sérieux de la situation de M. B dès lors qu'il est rappelé qu'il est de nationalité congolaise, né à Brazzaville.

3. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que les dispositions de ce code s'appliquent " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 5 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : / 1. D'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ () / 2. D'un contrat de travail visé par le ministère du travail dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. " Aux termes de l'article 13 de cette même convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Enfin, aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail (), le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : () 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; () ".

5. Pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il sollicitait en qualité de salarié, le préfet de la Haute-Garonne se fonde sur l'inadéquation entre les études suivies et les caractéristiques de l'emploi d'opérateur de fabrication auquel postule l'intéressé.

6. Il ressort en effet des pièces du dossier que si le requérant se prévaut d'une demande d'autorisation de travail établie le 28 août 2020, par le directeur de l'entreprise SAS 3 S pour un poste d'opérateur de fabrication dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, les études en vue de la poursuite desquelles lui a été délivré son visa de long séjour portant la mention " étudiant " ont porté sur la biologie médicale. Cette formation ne présente pas d'adéquation, eu égard à sa nature, avec les caractéristiques de l'emploi occupé par le requérant. Il en va de même, en tout état de cause, de la formation à laquelle l'intéressé est inscrit au titre de l'année scolaire 2020/2021 pour apprendre le métier d'opticien lunetier. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision portant refus de séjour serait entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B doivent être écartés.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité le 29 septembre 2020, un changement de statut aux fins d'obtention d'un titre de séjour en qualité de salarié, et non le renouvellement de son titre de séjour délivré en qualité d'étudiant. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en ne prenant pas en compte l'escroquerie dont il aurait été victime et les conditions financières difficiles dans lesquelles il s'est trouvé à son arrivée en France et qui l'ont conduit à différer ses projets d'études sont inopérants.

8. En quatrième lieu, si M. B se prévaut de son inscription dans un établissement d'enseignement supérieur pour la formation de brevet de technicien supérieur " opticien lunetier " à l'Institut supérieur d'Optique (ISO) de Toulouse au titre de l'année 2020/2021, il est constant que sa demande de titre de séjour présentée le 29 septembre 2020 ne portait pas sur un titre portant la mention " étudiant " mais sur une demande de changement de statut au regard de son activité en qualité de salarié. Le requérant n'établit pas la réalité de l'envoi de la lettre de renonciation à sa demande de changement de statut dont il se prévaut et qu'il aurait adressé au préfet en mai 2021. Cette lettre, postérieure à l'arrêté en litige, est en tout état de cause sans incidence sur la légalité des décisions attaquées.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. B ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour " salarié ", n'avait pas demandé à bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et se maintenait en France en dépit de l'expiration de la durée de validité de son visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet n'a commis ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre la décision querellée portant obligation de quitter le territoire français.

10. En sixième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, la seule circonstance que les motifs de l'arrêté mentionnent pas erreur que le pays d'origine de M. B serait la République Démocratique du Congo, n'est pas à elle-seule de nature à entacher d'illégalité la décision fixant le pays de destination, lequel est expressément déterminée au regard du pays dont l'intéressé a la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible. Cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, n'implique pas que le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B serait la République Démocratique du Congo et non la République du Congo, pays dont il a la nationalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

S. C

Le président,

T. SORIN

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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