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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102699

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102699

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPIAZZON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2021 et des mémoires enregistrés les 2 novembre 2021, 9 mars 2022 et 16 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Piazzon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 avril 2021 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer son dossier en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative dans un délai de quinze jours ;

4°) de condamner la préfecture de Tarn-et-Garonne à verser à Me Piazzon une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- il est fondé à demander la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11,4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur le fondement de l'article L. 313-14 de ce code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, est entré en France le 8 juillet 2016 selon ses déclarations. Il a déposé le 21 janvier 2020 une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Le 30 avril 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions de l'article L. 313-11 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que M. A déclare être entré en France le 8 juillet 2016 sous couvert d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles valable du 7 juillet 2016 au 20 août 2016 sans souscrire à la déclaration préalable à l'entrée mentionnée à l'article 22 de l'accord de Schengen signé le 19 juin 1990. Il mentionne la situation privée et familiale de M. A, et notamment qu'il s'est marié le 19 août 2019 avec une ressortissante française, qu'il est sans enfant à charge et que ses liens avec la France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu du fait qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans au Maroc, où résident ses parents et l'un de ses frères. Il précise enfin que l'arrêté n'est pas contraire aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français " . Aux termes de l'article L.211-2-1 de ce code, alors applicable : " () Le visa de long séjour ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de Français qui remplit les conditions prévues au présent article. () /Lorsque la demande de visa de long séjour émane d'un étranger entré régulièrement en France, marié en France avec un ressortissant de nationalité française et que le demandeur séjourne en France depuis plus de six mois avec son conjoint, la demande de visa de long séjour est présentée à l'autorité administrative compétente pour la délivrance d'un titre de séjour ".

5. Si M. A soutient qu'il peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, il ne démontre pas être entré régulièrement en France, alors d'une part, que les seuls billets de bus produits au dossier ne permettent pas de préciser la date de son entrée sur le territoire, et d'autre part, qu'il n'établit ni même ne soutient avoir effectué la déclaration prévue par l'article 22 de la convention de Schengen. Par ailleurs, la circonstance qu'il a obtenu le 7 novembre 2022, postérieurement à la décision attaquée, un visa de long séjour en qualité de conjoint de français est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Dès lors, c'est sans erreur de droit que la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de conjoint de français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré être entré sur le territoire français le 8 juillet 2016. De son union avec Mme C, qu'il a épousée le 19 août 2019, moins de trois ans avant l'édiction de cet arrêté, n'est issue aucun enfant et la vie commune n'est établie tout au plus qu'à compter du mariage. Si Mme C est atteinte de lombalgies chroniques, aucune pièce du dossier ne démontre que son état de santé requerrait de manière indispensable la présence quotidienne de son époux à ses côtés. M. A se prévaut également de la présence en France de son frère, titulaire d'une carte de résident. Toutefois, il ne justifie pas, par les seules pièces qu'il produit, de la nature et l'intensité des liens qu'il entretient avec ce dernier. En outre, ses parents et l'un de ses frères demeurent au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Enfin, la circonstance que M. A soit titulaire d'une promesse d'embauche en qualité de coiffeur ne suffit pas à démontrer l'intensité de son intégration socioprofessionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est contraire à l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire serait privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension de l'arrêté du 30 avril 2021 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

V. POUPINEAU

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

N°2102699

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