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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102718

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102718

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 2 novembre 2020 a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de procéder à la régularisation de sa situation ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud

- et les observations de Me Renard, substituant Me Momasso Momasso, représentant Mme A, en présence de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, est entrée régulièrement en France pour la dernière fois le 11 septembre 2018. Le 16 octobre 2018, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 7 octobre 2020 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Haute-Garonne n° 31-2020-225 du même jour, le préfet a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions établies en matière de police des étrangers, en particulier les décisions défavorables au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte l'énonciation des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ".

6. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles elles renvoient, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Ces conditions ne sont régies de manière exclusive par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 que lorsque le demandeur sollicite le droit de séjourner sur le territoire pour un motif d'ordre professionnel. Un ressortissant marocain peut dès lors utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national au titre de sa vie privée et familiale. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Mme A soutient justifier de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels lui permettant de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour d'une part, au titre de sa vie privée familiale et d'autre part, en raison de son état de santé. A cet égard, elle se prévaut de la présence régulière en France de sa fille unique, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 21 octobre 2023, de celle de son époux, également titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 4 avril 2027, ainsi que de son frère et de ses sœurs, de nationalité française. Elle se prévaut également de ses difficultés de santé, notamment du certificat médical établi par un médecin généraliste le 7 décembre 2020 qui mentionne que la requérante, âgée de 66 ans, est atteinte d'une rétinopathie dégénérative ayant entraîné une perte de vue latérale.

8. Toutefois il ressort des pièces du dossier que la requérante, mariée depuis le 8 août 2001 à un compatriote installé régulièrement en France depuis le 24 mai 2010, n'est entrée sur le territoire national qu'en septembre 2018, après avoir passé l'essentiel de sa vie au Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 61 ans en étant longtemps éloignée de son époux et de sa fille venue s'installer en France au cours de l'année 2010. Si Mme A soutient qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, que les revenus de son époux ne permettaient pas de solliciter une demande de regroupement familial, que cette situation a contraint son mari à effectuer de fréquents allers-retours au Maroc et, enfin, que son état de santé nécessite un accompagnement quotidien de l'un des membres de sa famille, ces seuls éléments ne sont pas, à la date de la décision attaquée, de nature à caractériser l'existence d'une vie privée et familiale stable, ancienne et intense en France, alors que Mme A ne peut se prévaloir que deux années de présence sur le territoire national à la date de sa demande de régularisation. Ces circonstances ne sauraient davantage constituer des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de Haute-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation dans des conditions méconnaissant les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation du droit garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () /7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". En dehors des cas où il satisfait aux conditions fixées par la loi, ou par un engagement international, pour la délivrance d'un titre de séjour, un étranger ne saurait se prévaloir d'un droit à l'obtention d'un tel titre.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour à la requérante dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Il a toutefois estimé que Mme A, qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ne saurait utilement se prévaloir des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 pour soutenir que le préfet aurait dû lui délivrer une carte de séjour temporaire en raison de la stabilité, de l'ancienneté et de l'intensité de sa vie privée et familiale. En outre, compte tenu des motifs relevés au point 8 du présent jugement, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou méconnu l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de la décision du 2 novembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Momasso Momasso et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRYLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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