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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102743

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102743

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021 et des mémoires enregistrés les 25 mai 2021 et 10 août 2021, M. A C, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article 6 (1°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité algérienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 10 juin 2009. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 2 septembre 2010. Le 2 février 2021, M. C a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article 6(1°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié. Par arrêté du 26 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an. M. C demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 octobre 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2020-290. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

5. Il est constant que M. C n'a pas produit de document justifiant sa présence pour la période de septembre 2010 à août 2012. Alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'en septembre 2010, il était domicilié à la Croix Rouge de Marseille et qu'en septembre 2012, il résidait à Toulouse, M. C, qui pendant ces années ne disposait ni d'un logement propre, ni d'un emploi, ne donne aucun élément permettant de considérer malgré l'absence de document au titre de cette période, qu'il continuait de résider en France. La présence en France de M. C ne peut être ainsi établie au mieux qu'à compter de septembre 2012, soit pendant une durée de moins de dix ans à la date de la décision contestée. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées en refusant pour ce motif le titre de séjour sollicité.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne également les ressortissants algériens, alors applicable, que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées audit article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Le requérant ne remplissant pas les conditions prévues à l'article 6 (1°) de l'accord franco-algérien, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

7. En quatrième lieu, il est vrai que la décision contestée mentionne à tort que le requérant aurait fait l'objet de condamnations pénales répétées depuis 2016. Toutefois, cette erreur de fait est sans incidence, dès lors que le préfet pouvait fonder son refus sur le seul fait que M. C ne remplissait pas les conditions de l'article 6 (1°) de l'accord-franco-algérien pour bénéficier d'un titre de séjour.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 21 septembre 2016 par le tribunal correctionnel de Toulouse à un mois d'emprisonnement avec sursis pour vol et menace de mort, et le 25 novembre 2016 à trois mois de prison pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et que ces faits, commis en juin et juillet 2016 sont restés isolés. A supposer même que le préfet ait commis une erreur d'appréciation en considérant que M. C présentait encore une menace actuelle pour l'ordre public, il ressort de la décision attaquée que celle-ci est également fondée sur le motif, légalement justifié ainsi qu'il a été dit plus haut, tiré de ce qu'il ne remplissait pas la condition de dix ans de présence continue sur le territoire pour bénéficier d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6 (1°) de l'accord franco-algérien. Le moyen doit par suite être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Si M. C soutient qu'il réside en France depuis plus de dix ans et qu'il y a noué des relations privées fortes, il ne produit à l'appui de cette affirmation aucun élément concret, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est célibataire sans enfant, n'établit ni même ne soutient être dépourvu d'attache dans son pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour opposé au requérant n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est sans ressources propres et ne justifie ni d'une activité professionnelle ni d'une intégration particulière au sein de la société française. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit, en raison de ce qui précède, être écarté.

13. En deuxième lieu, M. C soutient que le préfet ne pouvait prendre à son encontre une mesure d'éloignement dès lors qu'il justifie pouvoir bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. C ne remplit pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 (1°) de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 10, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

15. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

16. En l'espèce, la décision fixant le pays de renvoi vise les textes dont elle fait application, notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est ainsi suffisamment motivée.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ()". Aux termes du huitième alinéa de cet article : " () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

18. D'une part, l'interdiction de retour sur le territoire français, qui mentionne à tort que le requérant a été incarcéré, est entachée sur ce point d'une erreur de fait. D'autre part, alors que les faits commis par M. C qui lui ont valu une condamnation pénale se sont déroulés près de cinq ans avant la décision attaquée et n'ont pas été réitérés, le requérant ne peut être regardé comme représentant encore une menace actuelle pour l'ordre public. Enfin, si M. C n'a fait valoir aucune attache en France, il justifie toutefois d'une durée de présence de neuf ans. Ainsi, le préfet a commis également une erreur d'appréciation au regard de ces éléments en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Cette décision doit par suite être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à son encontre.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 26 mars 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi, et qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par suite être rejetées.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.

Article 2 : L'interdiction de retour sur le territoire français d'un an prise à l'encontre de M. C le 26 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

V. POUPINEAU

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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