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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102770

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102770

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2021, Mme D C, représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Tarn à titre principal de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 août 2021 et le 26 janvier 2022, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.

La préfète du Tarn soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 octobre 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante serbe née le 7 septembre 2002, est entrée en France selon ses déclarations le 5 janvier 2021. Elle a sollicité le 17 mars 2021 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 5 avril 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Mme C ayant été assignée à résidence par un arrêté de la préfète du Tarn du 6 août 2021, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a statué, par un jugement rendu sous ce même numéro le 18 août 2021, au titre du III de l'article L.512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi ainsi que sur celle portant assignation à résidence. Il n'y a donc plus lieu de statuer, par le présent jugement, que sur les conclusions de sa requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle l'autorité préfectorale a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions tendant à l'admission de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Mme C ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021, ses conclusions tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision attaquée cite les textes dont il est fait application et précise les éléments de fait sur lesquels la préfète du Tarn s'est fondée. La préfète du Tarn, qui n'était pas tenue de faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé sa décision. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète du Tarn n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme C. En outre, les circonstances invoquées par la requérante, tirées de son mariage le 3 juillet 2021 et de la naissance d'un enfant du couple le 2 janvier 2022 à Albi, postérieures à la décision attaquée, ne sont pas de nature à caractériser un défaut d'examen de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté

7. En troisième et dernier lieu, l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, dispose : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit: 7o A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine," sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme C ne justifiait au mieux que d'une ancienneté de séjour en France de trois mois. Elle se prévaut de sa vie commune depuis son arrivée en France avec un ressortissant français, avec lequel elle aurait entretenu une relation à distance pendant près de deux ans. Toutefois, ces circonstances, alors que la requérante a vécu la majeure partie de sa vie en Serbie, où réside l'ensemble des membres de sa famille, ne permettent pas d'établir l'existence en France de liens personnels ou familiaux intenses, stables et anciens. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 avril 2021 portant refus de titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à l'admission provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Sarasqueta et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

B. B

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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