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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102874

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102874

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, M. B C, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 mars 2021 portant refus des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui fournir des conditions matérielles d'accueil pendant l'instruction de sa demande d'asile dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à son avocat Me Canadas sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale, sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'OFII n'indique pas la date à laquelle il est entré sur le territoire français et n'établit par conséquent pas qu'il a déposé sa demande plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ghanéen né le 19 mars 1990, a sollicité le bénéfice de l'asile le 23 février 2021. Sa demande a été enregistrée sous le régime de la procédure accélérée. Le 17 mars 2021, l'OFII a pris à son encontre une décision portant refus des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 novembre 2021, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Christophe Gontard, directeur territorial de la direction territoriale de l'OFII de Toulouse, qui, par décision du 1er octobre 2020, disponible sur le site internet de l'OFII, a reçu de la part du directeur général de l'OFII délégation pour signer " tous actes, décisions et correspondances se rapportant : / 1. Aux missions dévolues à la direction territoriale de Toulouse, telles que définies par la décision portant organisation générale de l'OFII () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

5. En troisième lieu, la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

6. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : ()/ 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Aux termes de l'article D.744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : ()/ 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Enfin, aux termes du III de l'article L.723-2 de ce code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".

7. L'OFII produit au dossier la fiche d'évaluation de vulnérabilité dont a fait l'objet M. C le 23 février 2021 au moment du dépôt de sa demande d'asile. Lors de cet entretien, M. C a déclaré être entré sur le territoire français le 1er juin 2013. Il a expliqué le dépôt de sa demande d'asile par le fait qu'il était titulaire en Italie d'un titre de séjour, mais qu'il souhaitait vivre en France et qu'il n'avait plus aucun document de séjour valable. Il a également fait état de sa situation de famille, de ses conditions de logement et de santé. Le même jour, une notice d'information pour les personnes dont la demande d'asile a été placée en procédure accélérée lui a été remise. Dès lors, même si la décision attaquée ne comporte pas le rappel de la date d'entrée de M. C sur le territoire français, au demeurant non contestée par celui-ci, les pièces constituant le dossier de l'intéressé et ayant présidé à la prise de cette décision en faisaient mention. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, il résulte des éléments rappelés au point précédent que l'OFII n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C, qui au demeurant ne fait état d'aucun élément factuel ni ne produit aucun justificatif permettant d'apprécier cette situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Canadas et à l'Office français de l'immigration et l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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