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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102906

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102906

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai et 27 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée ou familiale " sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros dont distraction à Me Sadek en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- le préfet de la Haute-Garonne s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union Européenne C-413/99 du 17 septembre 2002, C-200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011, C-86/12 du 10 octobre 2013 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 19 août 1987, déclare être entrée sur le territoire français le 16 juin 2015 munie d'un passeport marocain et d'un titre de résidence de longue durée sur le territoire espagnol valable jusqu'au 6 février 2017, régulièrement renouvelé jusqu'au 6 février 2022. Le 10 juillet 2017, le préfet du Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade déposée le 4 août 2016 et lui a fait obligation de quitter le territoire français, décision qui a été définitivement confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 26 avril 2018. Le 6 juin 2018, Mme B a été assignée à résidence et renvoyée le 9 juin 2018 en Espagne. Le 2 avril 2019, elle a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 1er juillet 2020, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Haute-Garonne le 23 septembre 2019 et a enjoint à ce dernier de procéder au réexamen de la situation de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne, après un avis du collège des médecins de l'OFII du 22 décembre 2020, a de nouveau pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté réglementaire du préfet de la Haute-Garonne du 15 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2020-290, accessible sur le site internet de la préfecture de la Haute-Garonne, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ". Cette délégation, qui liste de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée à une absence ou un empêchement du préfet. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel arrêté comporte une date de fin de délégation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 11° et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le 3° de l'article L. 121-1 et l'article L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énumère par ailleurs les éléments de fait ressortissant de la situation personnelle de Mme B qui fondent la décision. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B. Le préfet n'avait en outre pas à faire état de tous les éléments de la situation de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation, tant de santé que familiale, de Mme B. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. " Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace à l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédents ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L.313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () / 11° à l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L.313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

6. D'une part, il ressort de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 22 décembre 2020 produit par le préfet de la Haute-Garonne en défense que cet avis comporte tous les points exigés par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus, ainsi que, de manière tout à fait lisible, les noms et signatures des trois médecins le composant, parmi lesquels ne figure pas le médecin rapporteur. Par ailleurs, le bordereau de transmission de l'avis du collège de médecins de l'OFII au préfet de la Haute-Garonne, produit en défense, fait état de ce que le rapport médical a été établi le 8 décembre 2020 par le médecin rapporteur et qu'il a été transmis au collège des médecins le 10 décembre 2020. Cette mention atteste que le rapport médical a bien été transmis au collège des médecins, la preuve de l'absence de transmission de ce rapport ne pouvant être rapportée par la seule circonstance que ce rapport n'a pas été communiqué à Mme B, d'autant qu'aucune disposition légale ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose que soit communiqué à l'étranger en demande ce rapport, de même que l'avis du collège des médecins de l'OFII et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité la communication de ces documents auprès de l'administration. De la même manière, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de joindre à son arrêté l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. D'autre part, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dès lors, le moyen de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétente doit être écarté.

8. En cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans cette situation, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Dans ce cadre, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé de l'intéressé justifie la délivrance du titre de séjour, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

9. Pour refuser la délivrance à Mme B d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment approprié les termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 22 décembre 2020, lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait cependant bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle était en mesure de voyager sans risque.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a levé le secret médical, présente une dépression d'intensité sévère ainsi que des séquelles résultant d'un accident de la circulation survenu le 18 septembre 2015 (discopathie dégénérative en L4-L5 avec remaniements des plateaux vertébraux de type Modic III, sans hernie discale ou de conflit disco-radiculaire ; arthroscopie du genou) ayant justifié le 1er janvier 2021 sa reconnaissance en qualité d'adulte handicapé avec un taux d'incapacité compris entre 50 et 80 %. Pour contester la décision du préfet de la Haute-Garonne et, partant, l'avis du collège des médecins de l'OFII, Mme B produit plusieurs certificats établis par son médecin psychiatre les 2 octobre, 21 novembre 2018 et 6 juin 2019, qui font état de la nécessité que la prise en charge mise en place à Toulouse s'y poursuive et mentionnent que l'état de santé de l'intéressée ne lui permet pas d'envisager un retour au Maroc ou en Espagne. Toutefois, ce praticien ne se prononce pas utilement sur l'impossibilité pour Mme B de disposer d'une prise en charge équivalente au Maroc ou en Espagne et l'intéressée elle-même, par les pièces qu'elle produit, sauf à affirmer qu'elle ne peut retourner ni en Espagne par peur du père de ses deux premiers enfants, ni au Maroc parce qu'elle n'a plus de contact avec les membres de sa famille qui vivent dans ce pays, n'apporte aucun élément sur son impossibilité de bénéficier, dans ces deux pays, d'une prise en charge médicale. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Garonne a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

11. En sixième lieu, Mme B ayant indiqué lors du réexamen de sa situation en exécution du jugement du tribunal administratif de Toulouse du 7 juillet 2020 solliciter un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet de la Haute-Garonne a également statué sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a estimé que la requérante d'une part n'était pas dépourvue d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, et d'autre part disposait d'intérêts personnels importants en Espagne.

12. Il ressort des pièces du dossier que si, après 10 ans de mariage, Mme B a divorcé en 2014 du père de ses deux premiers enfants, et a obtenu une mesure de protection suite à des menaces de mort proférées par ce dernier, elle possède de la famille en Espagne, le jugement de 2014 ayant pénalement condamné son ex-époux rappelant que les faits ont été commis alors que Mme B se trouvait avec son frère et sa cousine. Mme B est revenue sur le territoire espagnol en 2020 pour y accoucher de son quatrième enfant. Si ses deux premiers enfants ont la nationalité espagnole, les deux autres possèdent la nationalité marocaine. Ainsi, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Maroc ou en Espagne ni que les enfants de la requérante ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans l'un ou l'autre de ces pays. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme B aurait établi ses intérêts en France, cette dernière n'y disposant d'aucun logement propre et ne justifiant d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Garonne a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour mention au titre de la vie privée et familiale.

13. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : [] b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil [] 2. Le droit de séjour prévu au paragraphe 1 s'étend aux membres de la famille n'ayant pas la nationalité d'un État membre lorsqu'ils accompagnent ou rejoignent dans l'État membre d'accueil le citoyen de l'Union, pour autant que ce dernier satisfasse aux conditions énoncées au paragraphe 1, points a), b) ou c) ". L'article 8 du même texte dispose : " () 4. Les États membres ne peuvent pas fixer le montant des ressources qu'ils considèrent comme suffisantes, mais ils doivent tenir compte de la situation personnelle de la personne concernée. Dans tous les cas, ce montant n'est pas supérieur au niveau en-dessous duquel les ressortissants de l'État d'accueil peuvent bénéficier d'une assistance sociale ni, lorsque ce critère ne peut s'appliquer, supérieur à la pension minimale de sécurité sociale versée par l'État membre d'accueil ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, qui transpose les dispositions précitées de la directive du 29 avril 2004 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, () a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : () 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ". L'article L. 121-3 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dispose : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le membre de famille visé aux 4° ou 5° de l'article L. 121-1 selon la situation de la personne qu'il accompagne ou rejoint, ressortissant d'un Etat tiers, a le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois. "

14. Les dispositions citées au point précédent, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, notamment dans les arrêts visés ci-dessus, confèrent au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'Etat membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces deux conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie. Dans pareille hypothèse, l'éloignement forcé du ressortissant de l'Etat tiers et de son enfant mineur ne pourrait, le cas échéant, être ordonné qu'à destination de l'Etat membre dont ce dernier possède la nationalité ou de tout Etat membre dans lequel ils seraient légalement admissibles.

15. Contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B bénéficierait d'une carte familiale d'admission à l'aide médicale d'Etat valable du 4 janvier 2017 au 3 janvier 2020. Par ailleurs, en bénéficierait-elle que cette aide est une aide sociale prévue par l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles et non une assurance maladie au sens du 2° de l'article L.121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations rappelées au point 13 doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

17. Comme il a été indiqué précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que les trois enfants de Mme B en âge d'être scolarisés, même s'ils ont vécu la majeure partie de leur vie en France et y ont été scolarisés, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Maroc ou en Espagne. Par ailleurs, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations rappelées au point précédent ne peut qu'être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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