mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POUGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mai 2021 et 5 janvier 2022, Mme B I E A, représentée par Me Pougault, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation ainsi que dans les conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E A ne sont pas fondés.
Mme E A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les observations de Me Pougault, représentant Mme E A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, née le 27 novembre 1994, de nationalité gabonaise, a donné naissance le 17 août 2018 au Gabon à une fille de nationalité française, née de sa relation avec un ressortissant français. Elle est entrée sur le territoire français le 2 mai 2019, sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 22 juillet 2019. Le 22 octobre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par sa requête, Mme E A demande l'annulation de la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté réglementaire du 15 décembre 2020, publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme H F, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions et arrêtés établis en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () /6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. La décision en litige, qui vise les textes sur lesquels elle se fonde, rappelle le parcours de Mme E A en France et présente les éléments essentiels de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Haute-Garonne pour lui refuser la délivrance du titre sollicité. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () /6°) A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
6. Pour refuser de délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé d'une part, sur l'absence de preuve démontrant que le père de sa fille G C Mbazo'o E Bekale contribue effectivement à son éducation et à son entretien et, d'autre part, sur les circonstances relatives tant à la vie privée et familiale de la requérante qu'à l'intérêt supérieur de sa fille.
7. Si Mme E A soutient que le père de son enfant contribue effectivement à l'éducation de sa fille, les éléments qu'elle produit à l'appui de sa requête, outre qu'ils sont pour la plupart d'entre eux postérieurs à la date de la décision attaquée, sont constitués de quelques photographies et captures d'écran de conservations en visioconférence avec l'enfant et ne suffisent pas à établir une contribution effective du père à l'éducation de son enfant. Il n'en va pas différemment des pièces produites par la requérante pour démontre, que le père de l'enfant contribue effectivement à son entretien. Il ressort en effet des pièces du dossier que les documents attestant, à la date de la décision attaquée, des virements bancaires effectués par l'intéressé sur le compte bancaire de Mme E A, font état de seulement deux transferts, l'un du 21 mai 2019, pour un montant de 304 euros, l'autre du 18 mars 2021, soit la veille de la décision en litige, pour un montant de 457 euros. Si la requérante produit une attestation de sa mère dans laquelle celle-ci reconnaît avoir perçu sur son compte bancaire certains des virements ordonnés par le père de l'enfant pour l'entretien de sa fille, cette déclaration ne s'accompagne pas des justificatifs permettant d'en apprécier le caractère probant. Enfin, Mme E A ne peut utilement se prévaloir du jugement rendu le 28 avril 2023 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse, postérieur à la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Pour les motifs qui viennent d'être énoncés, les moyens tirés de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante et dans les conséquences qu'elle emporte sur sa situation doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme E A est entrée en France à l'âge de 24 ans. Si la requérante se prévaut de l'importance qui s'attache à ce que sa fille entretienne des liens avec son père, il ressort des pièces du dossier que ce dernier résidait au Gabon à la date de la décision attaquée. En outre, Mme E A n'établit ni même n'allègue qu'elle serait dans l'impossibilité de regagner le Gabon en compagnie de ses filles où il n'est pas établi qu'elles ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. Ensuite, si la requérante se prévaut de la présence sur le territoire français de sa tante et de ses frères et sœurs, elle n'établit pas l'intensité des liens qu'elle aurait tissé avec ces derniers. Par ailleurs, si Mme E A peut être regardée comme justifiant de ses efforts d'insertion professionnelle, les contrats de recrutement en qualité d'agent de service qu'elle produit ne sauraient, à eux seuls, caractériser l'atteinte portée par le préfet dans le respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme E A de mener une vie privée et familiale normale ou à l'intérêt supérieur de sa fille.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E A tendant à l'annulation de la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Les conclusions à fin d'annulation de Mme E A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
13. Les conclusions de Mme E A tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I E A, à Me Pougault et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD La présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026