mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BABOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai 2021 et 18 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud ;
- et les observations de Me Gontier, substituant Me Babou, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 21 novembre 1987, est entré en France en 1989 dans le cadre de la procédure du regroupement familial. Il est père d'un enfant français né le 10 août 2016 à Avignon de sa relation avec une ressortissante française. M. A a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français du 17 août 2017 au 16 août 2018, dont il a sollicité le renouvellement le 14 août 2018. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Tarn-et-Garonne s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A. La préfète, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de Tarn-et-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : ()/ 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père d'un enfant français né le 10 août 2016, qu'il a reconnu le 19 juillet 2016. Si M. A soutient contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de son fils, il ne produit à l'appui de ses allégations que des pièces limitées à quelques photographies non datées pour la plupart d'entre elles, d'attestations de proches au caractère peu probant et stéréotypé, et d'un échange de messages entre l'intéressé et l'équipe pédagogique concernant une sortie périscolaire, postérieur à la date de la décision attaquée. Ces seuls éléments ne sont pas de nature à contrarier l'appréciation portée par la préfète. La production de deux tickets de caisse attestant de l'achat de jouets en juillet et août 2019 ne sont pas davantage de nature à établir la réalité de cette contribution, alors que le requérant ne produit aucun autre élément justifiant de sa participation aux charges d'entretien de l'enfant et qu'il ressort au surplus des pièces du dossier que la mère du mineur s'est déclarée " parent isolé " auprès de la caisse d'allocations familiales.
7. En outre, si M. A soutient que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, du fait du caractère ancien des condamnations dont il a fait l'objet, il ressort des pièces du dossier qu'il a notamment été condamné le 7 décembre 2007 par la cour d'assises des mineurs du département de Vaucluse à huit ans d'emprisonnement pour meurtre, le 5 février 2008 à trois mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement en état de récidive, le 17 avril 2013 à quatre ans d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants en état de récidive, conduite d'un véhicule sans permis, le 20 novembre 2013, à cinq ans d'emprisonnement pour transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants, le 9 septembre 2014, à quatre mois d'emprisonnement pour menace de mort ou atteinte aux biens dangereuse à l'encontre d'un professionnel de santé et le 17 novembre 2014, à un an d'emprisonnement pour outrage par parole, écrit, image à magistrat ou juré dans l'exercice de ses fonctions. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de recel et de menace de mort réitérée.
8. Ainsi, la préfète de Tarn-et-Garonne a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées, refuser de renouveler le titre de séjour de M. A en qualité de parent d'enfant français aux motifs que ce dernier ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils et que son comportement était constitutif d'une menace à l'ordre public.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : ()/ 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".
10. Si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît ces dispositions, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " sur leur fondement et le préfet n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit précédemment, son comportement, caractéristique d'une menace pour l'ordre public, faisait obstacle à la délivrance de l'un des titres prévus à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
12. M. A se prévaut tout d'abord de la présence en France de son grand-père, de ses parents, de ses frères et sœurs et de son fils, il n'établit toutefois ni l'intensité des relations l'unissant aux membres de sa famille ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son fils, ainsi qu'il a été dit précédemment. Ensuite, s'il soutient s'être fiancé, cette relation présente en tout état de cause un caractère récent à la date de la décision attaquée. Enfin, le requérant fait valoir qu'il a occupé plusieurs emplois et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche pour un emploi en contrat à durée indéterminée. Toutefois, outre que cette promesse d'embauche est postérieure à la décision attaquée, les quelques contrats saisonniers produits à l'appui de la requête ne sont pas suffisants pour établir son insertion professionnelle. Dans ces conditions, nonobstant l'ancienneté de la présence de M. A sur le territoire français, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs poursuivis et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. M. A soutient que l'arrêté attaqué aura pour effet de le séparer de son fils alors que sa présence auprès de lui est commandée par l'intérêt supérieur de cet enfant. Toutefois, il est constant que l'enfant réside chez sa mère, laquelle est séparée du père. En outre, comme il a été dit, M. A ne démontre pas entretenir une relation d'une particulière intensité avec son fils à l'entretien et à l'éducation desquels il ne justifie pas contribuer. En tout état de cause, la décision en litige, qui ne constitue pas une mesure d'éloignement, n'a pas en elle-même pour effet de séparer le requérant de son fils. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant ne peut être accueilli.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en ce compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et, en tout état de cause, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Ba A et au préfet de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026