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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103046

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103046

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBACHELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai et 29 octobre 2021, M. E B, représenté par Me Bachelet, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que la décision du 25 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 314-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant cubain né le 2 août 1974, est entré régulièrement en France en 2010. S'étant marié à Cuba le 12 août 2009 avec une ressortissante portugaise, il s'est vu délivrer une carte de résident en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, valable du 16 mars 2010 au 15 mars 2020. Le 4 février 2020, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident ainsi que son admission au séjour en qualité de salarié. Par une décision du 13 novembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé d'une part de renouveler sa carte de résident et d'autre part de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Par un courrier du 24 novembre 2020 reçu le 25 novembre 2020, M. A B a formé auprès du préfet de la Haute-Garonne un recours gracieux, auquel ce dernier n'a pas répondu, faisant naître le 25 mars 2021 une décision implicite de rejet de son recours. Le 28 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a adressé à M. A B, qui en avait fait la demande, les motifs de cette décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation d'une part de la décision du 13 novembre 2020 et d'autre part de la décision implicite de rejet du 25 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 13 novembre 2020 est signée par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu, par arrêté en date du 7 octobre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 31-2020-10-07-001 de la préfecture de la Haute-Garonne, délégation pour signer notamment " 1°) () / b) Refus d'admission au séjour des étrangers et mesures d'éloignement () / 11) Les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 13 novembre 2020 énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre M. A B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Les motifs de la décision implicite de rejet qui ont été communiqués à M. A B le 28 avril 2021 renvoient quant à eux à ceux de la décision du 30 novembre 2020. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de M. A B, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " () La carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

6. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que dans sa demande de renouvellement de carte de résident déposée le 4 février 2020, M. A B n'a porté aucune mention dans l'encadré intitulé " votre demande de titre de séjour / Pour quel motif souhaitez-vous séjourner en France ' " et a coché, dans la rubrique " situation professionnelle ", la case " salarié ". Le préfet de la Haute-Garonne a examiné sa demande sur le fondement à la fois de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (carte de résidence de dix ans) et de l'article L. 313-10 du même code (admission au séjour en qualité de salarié). Contrairement à ce que soutient M. A B, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'était pas tenu de le faire, a également examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entendu faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que M. A B est divorcé depuis 2011 et est retourné vivre du 6 janvier 2012 au 18 juin 2016 dans son pays d'origine, où il avait vécu 36 ans avant sa première venue en France en 2010 et où se trouvent ses deux enfants nés en 1997 et 2002. Si sa présence sur le territoire français depuis juin 2016 et son insertion professionnelle depuis 2019 ne sont pas remises en cause, il n'établit en revanche pas l'intensité des relations qu'il soutient entretenir avec sa nièce et les enfants de cette dernière et ne justifie pas d'une intégration particulière. Dans ces conditions, en estimant que ces éléments ne constituaient ni un motif exceptionnel ni des considérations humanitaires de nature à justifier son admission au séjour, le préfet de la Haute-Garonne a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A B.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, dès lors, pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A B.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour du 13 novembre 2020 de M. A B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de la Haute-Garonne suite à son recours gracieux doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. A B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

12. La présente instance n'ayant pas entraîné de dépens, les conclusions de M. A B présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B, à Me Bachelet et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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