vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103129 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP VAYSSE-LACOSTE-AXISA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2021, 8 juin 2022 et 4 juillet 2022, M. A C et Mme D C, représentés par Me Vaysse-Axisa, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a mis à leur charge une astreinte administrative à compter du 15 mai 2021 à raison de la réalisation sans autorisation préalable d'un remblai en zone inondable sur le territoire de la commune de Lauzerville ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à la date de la réalisation du remblai, les parcelles en cause ne faisaient l'objet d'aucune restriction au regard du projet envisagé, le classement en zone inondable n'étant intervenu qu'à la suite de la modification du plan local d'urbanisme de la commune, le 11 décembre 2019 ;
- l'arrêté présenté dans le courrier d'accompagnement comme daté et signé du 21 avril 2021 n'a été établi que le 31 mars 2021 ;
- les travaux entrepris ne relèvent pas du régime de la déclaration prévu par l'article L. 214-1 du code de l'environnement ;
- ils étaient titulaires d'une autorisation tacite de réaliser le remblai à compter du 11 mai 2019 ;
- la commune aurait dû les informer de l'interdiction de déposer la terre végétale ou bien les renvoyer vers les services de la préfecture compétents pour traiter la demande ;
- ils ont décidé de faire retirer les terres par un professionnel.
Par un mémoire, enregistré le 29 avril 2022, la commune de Lauzerville conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'a jamais donné son accord pour le dépôt de terre sur son territoire ;
- elle n'a pas eu la visite du représentant de la société " Maisons Clair logis " en 2019 et n'a pas accusé réception de son ou ses mails ;
- le plan de prévention des risques inondation Saune - Marcaissonne - Seilonne aval a été approuvé le 18 avril 2016 et était donc opposable en 2019 ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poupineau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Haute-Garonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C ont procédé à des dépôts de terres excavées sur des parcelles de terrain dont ils sont propriétaires sur le territoire de la commune de Lauzerville et qui sont classées en zone rouge du plan de prévention des risques inondation du bassin de la Marcaissonne Saune Seillonne, approuvé par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 18 avril 2016. A la suite d'un contrôle effectué par un inspecteur de l'environnement au sein du service environnement, eau et forêt de la direction départementale des territoires de la Haute-Garonne, lequel a constaté la présence d'un remblai dans le lit majeur de la Marcaissonne, le préfet de la Haute-Garonne, après avoir adressé aux époux C un rapport de manquement, les a mis en demeure, par un arrêté du 27 février 2020, de régulariser leur situation dans un délai de huit mois, soit en déposant un dossier de demande d'autorisation conforme aux dispositions des articles L. 214-1 et suivants du code de l'environnement, soit en remettant en état le site par l'évacuation des volumes de remblais déposés dans le lit majeur de la Marcaissonne. M. et Mme C n'ayant pas donné suite à cette mise en demeure, un procès de constatation de non remise en état des lieux a été dressé le 19 janvier 2021 et par une lettre du 19 février 2021, le chef du pôle politiques et police de l'eau a soumis aux intéressés un projet d'arrêté de sanction. Par un arrêté du 21 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a mis à la charge de M. et Mme C une astreinte administrative à compter du 15 mai 2021 d'un montant journalier de 30 euros pendant les 90 premiers jours puis de 60 euros pour les jours suivants jusqu'à l'évacuation totale des terres apportées. Par la présente requête, M. et Mme C demandent l'annulation de ce dernier arrêté.
2. En premier lieu, les requérants relèvent que le courrier auquel est joint l'arrêté du 21 avril 2021 est daté du 31 mars 2021. Toutefois, l'éventuelle erreur qui affecterait la lettre d'accompagnement de l'arrêté attaqué, qui a bien été pris le 21 avril 2021, n'est pas susceptible d'entacher sa légalité.
3. En deuxième lieu, si les requérants font également valoir que " la Préfecture avait expressément annoncé dans son courrier en date du 19 février 2021 ", qu'ils avaient jusqu'au 15 mai 2021 pour remettre en état le site, le moyen n'est pas assorti des précisions utiles permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, l'arrêté en litige prescrit, en son article 2, que l'astreinte journalière commencera à courir à compter du 15 mai 2021.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". Aux termes de l'article R. 214-1 de ce code : " () Titre III : impacts sur le milieu aquatique ou sur la sécurité publique 3.2.2.0. Installations, ouvrages, remblais dans le lit majeur d'un cours d'eau :1° Surface soustraite supérieure ou égale à 10 000 m2 (A) ; 2° Surface soustraite supérieure ou égale à 400 m2 et inférieure à 10 000 m2 (D). Au sens de la présente rubrique, le lit majeur du cours d'eau est la zone naturellement inondable par la plus forte crue connue ou par la crue centennale si celle-ci est supérieure. La surface soustraite est la surface soustraite à l'expansion des crues du fait de l'existence de l'installation ou ouvrage, y compris la surface occupée par l'installation, l'ouvrage ou le remblai dans le lit majeur. ".
5. Il résulte de l'instruction que les 17 octobre 2019 et 19 janvier 2021, l'inspecteur de l'environnement a constaté la présence, sur les parcelles ZB0055 et ZB0056 appartenant aux époux C, d'un remblai dans le lit majeur du cours d'eau Marcaissonne d'un volume de 280 m3 et d'une superficie supérieure à 400 m². Contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucune disposition du code de l'environnement n'imposait que ces contrôles s'effectuassent en leur présence. En tout état de cause, et ainsi que le relève le préfet de la Haute-Garonne dans son mémoire en défense, la lettre d'accompagnement du rapport de manquement établi le 19 décembre 2019, qui reprend les faits constatés par l'inspecteur de l'environnement, ainsi que le courrier du 19 février 2021, par lequel le préfet a adressé aux intéressés le projet d'arrêté leur infligeant une astreinte administrative, et auquel était joint le procès-verbal de constat du 19 janvier 2021, les invitaient à présenter leurs observations, les mettant ainsi à même de contester la réalité des manquements reprochés. Ainsi, les constats reportés par l'inspecteur de l'environnement dans le rapport de manquement et le procès-verbal précités, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, étaient opposables à M. et Mme C. Or, ces derniers n'apportent aucun élément susceptible de remettre en cause les constatations effectuées par les inspecteurs de l'environnement s'agissant en particulier de l'importance du remblai dont la superficie excède 400 m². Si les requérants relèvent que le procès-verbal du 19 janvier 2021 ne pas fait mention des parcelles contrôlées, ces parcelles apparaissent sur le relevé GPS joint au constat, et correspondent aux parcelles figurant sur les clichés photographiques annexés au rapport de manquement du 19 décembre 2019, de sorte que la présence du remblai en litige sur les parcelles dont les requérants sont propriétaires n'est pas contestable. Ainsi, et alors qu'il n'est pas contesté que ces parcelles sont situées en zone rouge du plan de prévention des risques inondation du bassin de la Marcaissonne Saune Seillonne, approuvé par arrêté préfectoral le 18 avril 2016 et annexé, par une délibération du 20 juin 2016, au plan local d'urbanisme de la commune de Lauzerville, c'est à bon droit que le préfet de la Haute-Garonne a considéré que les dépôts de terre effectués par M. et Mme C étaient soumis, compte tenu de leur localisation et de leur importance, à déclaration au titre de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du code de l'environnement, sans que les intéressés puissent utilement faire valoir que ces parcelles n'ont été classées en zone inondable que lors de la modification du plan local d'urbanisme de la commune approuvée le 11 décembre 2019.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 214-33 du code de l'environnement : " I.- Dans les quinze jours suivant la réception d'une déclaration, il est adressé au déclarant : 1° Lorsque la déclaration est incomplète, un accusé de réception qui indique les pièces manquantes et invite le déclarant à les fournir dans un délai fixé par le préfet qui ne peut être supérieur à trois mois. Si le déclarant ne produit pas l'ensemble des pièces ou informations indiquées dans le délai qui lui est imparti, l'opération soumise à déclaration fait l'objet d'une opposition tacite à l'expiration dudit délai ; l'accusé de réception adressé au déclarant lui indiquant de compléter son dossier mentionne cette conséquence ; 2° Lorsque la déclaration est complète, un récépissé de déclaration qui indique soit la date à laquelle, en l'absence d'opposition, l'opération projetée pourra être entreprise, soit l'absence d'opposition qui permet d'entreprendre cette opération sans délai lorsqu'il n'est pas fait application des dispositions de l'article R. 122-2-1. Le récépissé est assorti, le cas échéant, d'une copie des prescriptions générales applicables. () ". Aux termes de l'article R. 214-32 de ce code : " Toute personne souhaitant réaliser une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumise à déclaration adresse une déclaration au préfet du département ou des départements où ils doivent être réalisés. (). Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ". Aux termes de l'article L. 114-3 de ce code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite d'acceptation ne court qu'à compter de la date de réception de la demande par l'administration compétente. Si cette administration informe l'auteur de la demande qu'il n'a pas fourni l'ensemble des informations ou pièces exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur, le délai ne court qu'à compter de la réception de ces informations ou pièces ".
7. Les requérants, se prévalant des démarches effectuées en leur nom auprès de la commune par le représentant de la société Maisons Clair Logis, chargée de la réalisation de leur projet de constructions, soutiennent être titulaires d'une autorisation tacite de dépôt de terre depuis le 11 mai 2019. Toutefois, le maire de la commune n'étant pas l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'effectuer les travaux de remblais sollicités, aucune décision tacite d'acceptation n'a pu naître du silence gardé sur la demande des époux C par le maire. En tout état de cause, les requérants n'établissent pas avoir déposé le dossier de déclaration complet visé à l'article R. 214-33 du code de l'environnement. A cet égard, est sans incidence, la circonstance alléguée que les services communaux ne les ont pas renvoyés vers les services préfectoraux compétents. Par suite le moyen doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, la circonstance alléguée que les époux C ont, postérieurement à l'arrêté en litige, procédé au déblaiement des terres déposées sur les parcelles situées à Lauzerville est sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Est également inopérant le fait que les services communaux ne les ont pas informés de l'illégalité des dépôts effectués.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme D C, au préfet de la Haute-Garonne et à la commune de Lauzerville.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
V. POUPINEAU
L'assesseure la plus ancienne,
M. ROUSSEAULa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2103129
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026