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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103143

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103143

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRASOAVELOSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Rasoaveloson, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2021 par lequel la préfète du Tarn a renouvelé son assignation à résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de la munir, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, d'une attestation tenant lieu de document de circulation valable jusqu'à l'intervention de la décision sur la requête en annulation de l'arrêté d'expulsion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que son droit à être entendue a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1940, déclare être entrée en France le 9 novembre 2019, munie d'un visa touristique de 90 jours valable du 8 novembre 2019 au 8 février 2020 délivré par le consulat de France à Rabat, pour rendre visite à sa fille de nationalité française. Le 3 février 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité " d'ascendant de français à charge ", " vie privée et familiale " ou " visiteur ". Par un arrêté du 5 mai 2020, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme B a relevé appel du jugement du 18 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a confirmé cet arrêté. Par un arrêté du 7 septembre 2020, la préfète du Tarn a assigné Mme B à résidence pour une durée de 6 mois. Par un autre arrêté du 16 avril 2021 notifié à l'intéressée en présence d'un interprète, la préfète du Tarn a renouvelé cette assignation à résidence. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants: / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; () / La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre Mme B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, la préfète n'étant pas tenu de faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est la conséquence d'une décision de refus de titre de séjour faisant suite à une demande présentée par Mme B. Elle s'inscrit par ailleurs dans la continuité d'une première décision d'assignation à résidence prise après audition de la requérante par la gendarmerie d'Albi au cours de laquelle cette dernière a été informée de l'objet de la décision qui était envisagée et a été mise en mesure de présenter ses observations. Enfin, Mme B, d'une part, ne précise pas quels nouveaux éléments depuis sa précédente audition elle souhaitait soumettre à la préfète du Tarn, et d'autre part ne démontre pas en quoi ces éléments auraient été susceptibles d'influer sur le sens de la décision prise par cette dernière. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des principes généraux du droit de l'Union doit être écarté.

6. En troisième lieu, la légalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français du 5 mai 2020 a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulouse du 15 janvier 2021 puis par arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 20 octobre 2022, devenu définitif. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté attaqué en raison de l'illégalité de l'arrêté du 5 mai 2020 doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient Mme B, celle-ci n'est pas assignée à résidence dans le département de la Haute-Garonne et n'est soumise à aucune obligation de " pointage ". Par ailleurs, si Mme B est atteinte d'hypertension artérielle, de polyarthrose sévère et d'un syndrome vertigineux invalidant nécessitant qu'elle soit assistée dans les gestes de la vie quotidienne et dans ses déplacements, les modalités de la mesure contestée, qui prévoient une assignation à résidence au domicile de la fille de la requérante, ne sont pas de nature à entraver ou aggraver sa situation. Dans ces conditions, la préfète du Tarn n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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