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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103168

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103168

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2021 et le 3 juin 2022, M. A B, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute ;

- et les observations de Me Dumas, substituant Me Barbot-Lafitte, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 21 août 1976, déclare être entré en France en août 2015. Le 7 août 2017, il a demandé son admission au séjour en France en vue d'y exercer une activité salariée sur le fondement du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par une décision du 6 octobre 2018, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse du 11 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Le 14 mai 2020, M. B a demandé son admission exceptionnelle au séjour d'une part au titre de la vie privée et familiale sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part en qualité de salarié sur le fondement du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 3 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec un degré de précision suffisant pour mettre M. B en mesure d'en discuter utilement les motifs. Dès lors, le préfet n'étant pas tenu de faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixer les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

5. Il résulte de ces stipulations que l'obtention d'un visa de long séjour et la production d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi sont cumulativement nécessaires pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Néanmoins, l'obligation de présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour ne saurait concerner que les personnes non encore admises à résider sur le territoire français qui souhaitent se voir délivrer un certificat de résidence au titre, en particulier, de l'article 7. Il en va différemment pour les personnes déjà admises à séjourner en France et qui sollicitent le renouvellement, même sur un autre fondement, du certificat de résidence dont elles sont titulaires.

6. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. B ne justifie pas de la possession du visa de long séjour visé à l'article 9 de l'accord franco-algérien précité. Ensuite, s'il produit une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France établies par la SAS Top Viandes le 13 février 2020 pour un poste de chauffeur-livreur, il ne justifie pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes en matière d'emploi. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de la Haute-Garonne des stipulations précitées du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, si cet accord ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Si M. C se prévaut de sa présence continue en France depuis 2015, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal administratif de Toulouse statuant sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour du 6 octobre 2018, qu'à cette date, le requérant était titulaire avec son épouse d'une " carte de résident longue durée - UE " délivrée par les autorités italiennes le 8 septembre 2015 et qu'il était régulièrement entré en France le 25 juillet 2017 sous couvert de ce document et d'un passeport. Par ailleurs, il ressort de l'extrait de son passeport produit en défense que, contrairement à ce qui est soutenu, ce passeport comporte un cachet de sortie du territoire français par voie aérienne le 27 décembre 2018 ainsi qu'un cachet de sortie du territoire italien par voie maritime le 13 juillet 2019 et un cachet d'entrée sur le territoire italien par voie maritime le 18 septembre 2019. Ainsi, alors même que ses trois enfants mineurs sont scolarisés en France et que son frère réside en France, M. C n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts en France, ce d'autant qu'il ne conteste pas le fait que son épouse est elle-même en situation irrégulière sur le territoire français, qu'elle n'a déposé aucune demande de régularisation et que ses parents et ses quatre sœurs vivent en Algérie. De la même manière, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reformer en Algérie ou en Italie, où le requérant est titulaire d'un droit au séjour, et que ses enfants ne pourraient pas suivre leur scolarité dans l'un ou l'autre de ces pays. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

10. Pour les motifs exposés précédemment, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

12. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

13. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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