mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103185 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er juin 2021 et le 14 mars 2023, M. B E, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 31 janvier 2020 de la direction des déchets et moyens techniques de la métropole Toulouse Métropole et du 5 mars 2020 de la direction générale des ressources humaines de la métropole Toulouse Métropole ;
2°) d'enjoindre à la métropole Toulouse Métropole de le réintégrer au sein de la direction des déchets et moyens techniques et de procéder à son reclassement ;
3°) de condamner la métropole Toulouse Métropole à lui verser les sommes de 1 304 euros au titre de la différence de salaire perçu entre le 1er avril 2020 et le 31 janvier 2021, 1 007,61 euros, à parfaire, au titre de la différence entre son salaire et les indemnités journalières de recherche d'emploi à compter du 1er février 2021, 130,76 euros au titre du préjudice financier résultant des honoraires dus au docteur D C, et 5 000 euros au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la métropole Toulouse Métropole la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 janvier 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir les sommes versées au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions des 30 janvier 2020 et 5 mars 2020 sont entachées d'incompétence ;
- il ne pouvait pas être licencié durant son congé de maladie résultant d'un accident de service ;
- les décisions sont intervenues sans qu'il n'ait été mis à même de présenter des observations ou de consulter son dossier ;
- elles n'ont pas respecté le délai de prévenance d'un mois en cas de non-renouvellement de contrats ;
- les décisions de non-renouvellement sont fondées sur son état de santé et sont de ce fait illégales ;
- il aurait dû bénéficier d'un contrat à durée déterminée en raison de son recrutement pour faire face à un besoin permanent et de l'illégalité des reconductions de contrats dont il a bénéficié, de telle sorte que les décisions attaquées doivent être regardées comme des décisions de licenciement ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice financier correspondant à la différence entre les salaires perçus avant l'accident et les indemnités journalières perçues par la caisse primaire d'assurance maladie du 1er avril 2020 au 31 janvier 2021 et les sommes perçues par Pôle emploi depuis le 1er février 2021 ;
- son licenciement a eu des répercussions sur son état psychologique et il a droit à réparation des frais de consultation d'un psychiatre ;
- son préjudice moral doit être réparé à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021, la métropole Toulouse Métropole, représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables car dirigées contre de simples correspondances qui ne font pas grief ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que le requérant, qui a bien lié le contentieux, ne demande pas l'annulation de la décision implicite par laquelle sa demande indemnitaire préalable a été rejetée ;
- aucun moyen de la requête n'est fondé ;
- aucune faute ne peut lui être reprochée.
Par une ordonnance du 14 mars 2023 la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 mars 2023.
Un mémoire enregistré le 3 juin 2024 pour M. E n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- et les observations de Me Philippe, substituant Me Touboul, représentant M. E
Considérant ce qui suit :
1. M. E a été recruté en qualité d'agent contractuel par la métropole Toulouse Métropole à compter du 3 avril 2018, au sein de la direction déchets et moyens techniques et affecté au service dépôt de Colomiers, en qualité de ripeur, en remplacement d'un agent titulaire en congé de maladie. Il a obtenu plusieurs contrats de travail, sans interruption, jusqu'au dernier contrat, signé le 17 décembre 2019 et valable pour la période courant du 1er janvier au 31 mars 2020. Il a été victime d'un accident, le 19 août 2019, à l'occasion duquel il a été éjecté du marche-pied du camion benne et a heurté violemment le trottoir, lui causant une fracture de la paroi antérieure du sinus frontal droit, du nez, avec une déviation de la cloison nasale, ainsi qu'une fracture du plateau tibial droit. Cet accident a été déclaré le 20 août 2019 et, eu égard à l'importance de ses blessures, M. E a été placé en congé de maladie à compter de cette date. Par courrier du 31 janvier 2020, la métropole Toulouse Métropole l'a informé que son contrat arrivait à son terme le 31 mars 2020. Par courrier du 5 mars 2020 son employeur, répondant à sa demande, lui a rappelé que son contrat de travail, dont la durée n'a pas été prorogée du fait du son arrêt de travail, arrivait à son terme au 31 mars 2020. M. E a adressé, par courrier du 1er février 2021, une demande indemnitaire préalable à son employeur, qui n'y a pas répondu.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le courrier du 31 janvier 2020 a pour objet " notification de fin de contrat " et indique seulement que le contrat de travail de M. E arrive à échéance le 31 mars 2020. Si M. E a été recruté sur le fondement d'une dizaine de contrats successifs, les termes de son dernier contrat de travail mentionnaient expressément que " le présent contrat n'est pas susceptible d'être reconduit et prendra fin au terme ci-dessus mentionné ". Ainsi, il résulte tant de l'absence de clause de reconduction de son contrat que des termes mêmes du courrier du 31 janvier 2020, que ce courrier, qui ne saurait être regardé comme une décision de non-renouvellement d'un contrat de travail à durée déterminée, ne fait pas grief. La fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de ce courrier doit dès lors être accueillie.
3. D'autre part, si dans son courrier du 5 mars 2020, la métropole Toulouse Métropole informe le requérant des conséquences de l'arrivée à échéance de son contrat de travail, rappelée par courrier du 31 janvier 2020, ce courrier d'information en réponse aux questionnements adressés, dans un courrier non daté, par M. E, ne constitue pas, ainsi que le soutient la métropole Toulouse Métropole, une décision faisant grief. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre ce courrier doit également être accueillie.
4. Enfin, la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable faite par M. E le 1er février 2021 a pour seul objet de lier le contentieux, de telle sorte que son intervention assure la recevabilité de ses conclusions indemnitaires. La fin de non-recevoir opposée par la métropole Toulouse Métropole, tirée de l'irrecevabilité de ces conclusions indemnitaires faute de conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de liaison du contentieux ne peut donc qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. En premier lieu, d'une part, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. D'autre part, il résulte des articles L. 332-9, L. 332-10 et L. 332-11 du code général de la fonction publique que si une collectivité ou un établissement décide de renouveler l'engagement d'un agent territorial recruté par un contrat à durée déterminée, cette collectivité ou cet établissement ne peut le faire que par une décision expresse et pour une durée indéterminée si l'agent justifie d'une durée de services publics de six ans au moins auprès de la même collectivité ou du même établissement sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique.
6. Il résulte de l'instruction que M. E a été recruté par la métropole Toulouse Métropole à compter du 3 avril 2018 et que son dernier contrat de travail avait pour échéance le 31 mars 2020. Il résulte de ce qui précède, d'une part, qu'en dernier lieu son contrat de travail à durée déterminée devait prendre fin le 31 mars 2020 et, d'autre part, et en tout état de cause, qu'il ne justifie pas d'une durée de services publics de six ans auprès de son employeur public. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait d'un contrat à durée indéterminée et que le comportement de l'administration révèlerait un licenciement.
7. En deuxième lieu, M. E soutient sans être contredit, et alors qu'aucune délégation de signature de la métropole n'est publiée sur son site internet, que les signataires des courriers des 31 janvier et 5 mars 2020 auraient été incompétentes. Cependant, dès lors que ces courriers ne constituent pas des décisions, ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement, l'éventuelle incompétence de ces signataires ne saurait, en tout état de cause, constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.
8. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision de non-renouvellement : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / -deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; () / Ces durées sont doublées, dans la limite de quatre mois, pour les personnels handicapés mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail, dans la mesure où la reconnaissance du handicap aura été préalablement déclarée à l'employeur et dans des délais suffisants. () ". La circonstance que la notification par l'administration de l'intention de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée d'un agent recruté pour une période supérieure ou égale à deux ans soit faite, en méconnaissance des dispositions de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988, après le début du deuxième mois précédant le terme de l'engagement, est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration mais n'entraîne pas l'illégalité de la décision ultérieure de non-renouvellement du contrat.
9. Dès lors que le contrat de travail de M. E prévoyait expressément qu'il était insusceptible d'être reconduit, et nonobstant la circonstance de la durée totale d'engagement de M. E à compter du mois d'avril 2018, il n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance du délai institué par la disposition réglementaire précitée, pour rechercher la responsabilité de l'administration.
10. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucun texte ni d'aucun principe général du droit qu'en cas de congé de maladie un contrat à durée déterminée pourrait être prolongé le temps que l'agent soit en état de reprendre ses fonctions, pour lui permettre d'accomplir la totalité de la durée de son contrat de travail. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que son contrat à durée déterminée aurait dû être prolongé et ne pouvait arriver à son terme en raison de son congé de maladie.
11. En cinquième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. E avait été recruté en vue d'assurer le remplacement temporaire d'un agent, dont il n'est pas établi qu'il aurait repris le service à la date du 31 mars 2020. Toutefois, si le besoin perdurait à cette date, la circonstance que M. E ait été lui-même placé en congé de maladie en raison de l'accident de service qu'il avait subi a fait naître un nouveau besoin que l'administration a dû pallier. En outre, il n'est pas contesté qu'à la date de l'échéance de son contrat M. E n'était pas en état de reprendre le service, de telle sorte que l'administration n'a pas commis d'appréciation fautive en estimant que l'intérêt du service ne s'opposait pas à ce qu'intervienne l'échéance de son contrat. Il n'est dès lors pas fondé à se prévaloir d'un comportement fautif de l'administration à ne pas lui avoir proposé un nouveau contrat.
13. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant, qui n'a été ni licencié, ni destinataire d'une décision de non-renouvellement de son contrat, n'est pas fondé à se prévaloir de fautes résultant de l'absence de communication préalable de son dossier et de l'absence d'une procédure contradictoire préalable.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E, qui n'est pas recevable à demander l'annulation des décisions qu'il conteste, n'est pas fondé à engager la responsabilité pour faute de la métropole Toulouse Métropole au titre des conditions dans lesquelles est intervenue la cessation de sa relation d'emploi avec cet établissement. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions à fin de réintégration.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Toulouse Métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E, qui n'a pas demandé l'aide juridictionnelle, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E la somme demandée par la métropole Toulouse Métropole au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la métropole Toulouse Métropole présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la métropole Toulouse Métropole.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef ;
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026