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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103344

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103344

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juin 2021 et le 4 mai 2022, M. A B, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître la qualité d'apatride sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement à intervenir ou de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et la décision attaquée n'est pas une décision confirmative de la décision de rejet prise à son encontre le 31 mai 2012 dès lors qu'il apporte des éléments postérieurs nouveaux ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L.812-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;

- l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne peut pas lui opposer en défense le fait d'avoir produit des copies dès lors qu'il ne lui a jamais réclamé la production de documents originaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2021, l'Office français de protection des refugies et apatrides conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire à son rejet.

Il soutient que la requête est irrecevable, dès lors que la décision attaquée du 4 février 2021 confirme la décision de rejet prise à l'encontre du requérant le 31 mai 2012 et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2022 par une ordonnance du 8 août précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative au statut des apatrides, signée à New-York le 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de M. Daguerre de Hureaux, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déclaré être né le 18 avril 1987 à Bakou (Azerbaïdjan) et être d'origine arménienne par filiation paternelle. Il a indiqué être entré en France en novembre 2005. Le 19 août 2011, il a déposé une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride qui a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 mai 2012. Par lettre courrier reçu le 7 décembre 2020, il a envoyé une nouvelle demande d'apatridie à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides qui a été rejetée par décision du 4 février 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Si le requérant a sollicité, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans sa requête, il n'a pas déposé de dossier de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. En conséquence, il n'y a pas lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. D'une part, en l'absence de changement de circonstance de droit ou de fait postérieur à une première décision de rejet devenue définitive, le recours faisant suite à une nouvelle décision de rejet est irrecevable dès lors que cette dernière décision est confirmative de la première. D'autre part, il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve soit qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches soit qu'il lui a refusé de manière définitive de lui octroyer sa nationalité.

4. Par sa décision du 31 mai 2012, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a refusé de reconnaître la qualité d'apatride à M. B au motif que les éléments transmis par ses soins n'ont pas emporté la conviction de l'Office quant au fait qu'il serait démuni de toute nationalité. Cette décision n'ayant fait l'objet d'aucun recours est devenue définitive. En outre, à supposer même que la décision du 17 septembre 2020, traduite par un expert assermenté le 29 septembre 2020, des autorités arméniennes indiquant au requérant qu'il ne peut pas obtenir la citoyenneté de ce pays puisse être interprétée comme un refus définitif des autorités arméniennes de lui octroyer cette nationalité, il ressort des pièces du dossier que le requérant a adressé un seul courrier, resté sans réponse, aux autorités azerbaïdjanaises pour qu'elles le reconnaissent comme leur ressortissant. Dans ces conditions, le requérant n'apporte pas la preuve qu'il a effectué des démarches répétées et assidues auprès de cet Etat ou qu'il dispose d'un refus définitif de sa part de le reconnaître comme l'un de ses ressortissants. Ainsi, dès lors qu'il n'apporte pas la preuve qu'il serait démuni de toute nationalité, les éléments produits par le requérant ne révèlent pas un changement de circonstance de droit ou de fait postérieur à la décision de rejet du 31 mai 2012. Dès lors, eu égard au motif sur lequel l'Office a fondé sa première décision, la décision attaquée du 4 février 2021 est purement confirmative d'une décision devenue définitive. Par suite, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Benhamida et à l'Office français de protection des refugies et apatrides.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

V. JORDA

Le président,

D. KATZLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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