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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103349

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103349

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMASAROTTO ANOUCHKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 juin 2021 et le 20 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Masarotto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat prévue en la matière.

Il soutient que :

Concernant la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreurs de faits, en ce qu'elle lui mentionne un lieu de naissance erroné, en ce que ses actes d'état civil démontrent sa minorité, et en ce qu'il a développé de nombreux liens personnels sur le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles R.313-1, R.313-2, R.313-3 et L.313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle pourrait engendrer pour sa situation ;

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle pourrait engendrer pour sa situation ;

Concernant la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 septembre 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 22 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-malien du 26 septembre 1994,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Mirete, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, serait entré en France en janvier 2019. Le 7 février 2019, il a saisi le juge des enfants d'Albi afin que soit ordonnée une mesure d'assistance éducative, en se prévalant de sa minorité et de son état d'isolement sur le territoire français. Par jugement du 8 juillet 2019, le juge des enfants d'Albi n'a pas fait droit à la demande de M. C au motif que celui-ci n'était pas en mesure de prouver sa minorité. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Toulouse du 17 juillet 2020. Le 14 décembre 2020, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par arrêté du 31 mars 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté du 31 mars 2021 pour prendre les décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 13 août 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 14 août 2020, le préfet du Tarn a donné à M. Michel Laborie, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, en toutes ses décisions, aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la seule décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes du 9 décembre 1996 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. "

4. Il ressort du dossier que M. C est en deuxième année de CAP et ne poursuit pas d'études supérieures. Par conséquent, la préfète du Tarn pouvait légalement refuser, pour ce seul motif, une carte de séjour à M. C en qualité d'étudiant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () "," au titre de l'article L.313-11 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : (°7) A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans enfant. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident à tout le moins sa mère, une de ses sœurs, ainsi qu'un oncle, et où il a vécu la majorité de sa vie. Enfin, il ne démontre pas disposer de liens personnels et familiaux en France, ni de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels propres à justifier son admission au séjour.

7. Compte tenu de ces éléments, quand bien même M. C serait entré en France en étant mineur et de manière régulière, et indépendamment des erreurs de plume ayant pu affecter la décision attaquée, lesquelles ne démontrent pas un défaut d'examen particulier et sérieux de la demande de titre de séjour, la préfète du Tarn a pu, sans erreur de droit ni erreur d'appréciation, estimer, pour les seuls motifs énoncés au point 6, que le requérant ne remplissait pas les conditions prévues par les articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir une carte de séjour. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, la préfète du Tarn n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour.

8. En troisième lieu, M. C ne peut se prévaloir d'aucun droit au séjour en France et n'établit ni même n'allègue être entré en France depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure résultant d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la seule obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ressort des mentions portées sur l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 6, la préfète du Tarn, n'a pas porté non plus au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris une mesure d'éloignement et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aucun élément du dossier ne permet non plus d'établir que la préfète du Tarn aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. C.

Sur le moyen dirigé contre la seule décision fixant le pays de destination :

12. Les décisions portant refus de délivrer un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Masarotto et à la préfète du Tarn.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Benéteau, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

A. BENETEAU

Le président-rapporteur,

D. BLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2103349

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