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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103370

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juin 2021 et le 3 septembre 2021, M. D, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une mesure d'instruction avant dire-droit, tendant à ce que l'administration délivre les extraits Themis relatifs à l'instruction de son dossier et toute

preuve de la tenue d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle respectant l'article

4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des

instances administratives à caractère collégial réunissant les trois médecins du collège

de l'OFII par application de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au le préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui remettre un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Tercero refuse la part contributive de l'Etat dans la matière ;

Il soutient que :

Concernant la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions des articles L.313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle se fonde sur l'avis du 12 novembre 2020 du collège de médecins de l'OFII qui a estimé à tort l'état de santé de M. D nécessitait des soins dont le défaut n'entrainerait pas de conséquences d'une exceptionnelles gravité pour sa santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un défaut de procédure en méconnaissance des dispositions des articles R.313-22 et R.313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que l'avis du 12 novembre 2020 rendu par le du collège des médecins de l'OFII est entaché d'un défaut de collégialité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à son droit au respect à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été décidée ;

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L.511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en ce qu'elle est contraire aux intérêts de son enfant, B D ;

- elle est illégale en raison des risques d'une extrême gravité qui pèse sur sa santé en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 mai 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant congolais né le 27 mai 1985, serait entré en France le 4 juin 2010. Il a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée le 20 mars 2013. Puis, il a bénéficié, le 30 septembre 2014, d'un titre de séjour valable un an en raison de son état de santé et ce titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 24 février 2020. Le 19 mars 2020, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 14 janvier 2021, le préfet de la Haute Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. En premier lieu, si M. D soutient que l'avis du 12 novembre 2020 du collège des médecins de l'OFII est entaché d'un défaut de collégialité, il ressort des pièces du dossier que ledit avis du collège des médecins indique expressément qu'il a été émis " après en avoir délibéré " et a été signé par les trois médecins qui le composent. Le requérant ne produit aucun élément ne nature à remettre en cause le caractère collégial de cette délibération. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il appartient au juge administratif d'apprécier, au vu des pièces du dossier, si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D souffre d'un syndrome de stress post-traumatique, diagnostiqué en 2013, pour lequel il prend un traitement médicamenteux composés d'antidépresseurs et fait l'objet d'un suivi régulier sur le plan psychologique et psychiatrique. Néanmoins, dans son avis du 12 novembre 2020, le collège de médecins de l'OFII a estimé que le défaut de soins apportés à M. D ne pouvait pas entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le requérant pouvait voyager sans risques vers son pays d'origine. Si M. D critique le point de vue du collège de médecins de l'OFII sur ce dernier point, il se borne à rappeler la maladie dont il souffre, dont la réalité n'est d'ailleurs pas contestée par l'administration, sans démontrer qu'une absence de soins appropriés emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa santé. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le préfet a refusé le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, M. D ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'a pas, devant l'autorité administrative, fait état de motifs relatifs à sa vie privée et familiale pour demande le renouvellement de son titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. Pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de de l'article L.511-4 (10°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement, laquelle ne fixe aucun pays de destination.

10. En troisième lieu, pour soutenir que la mesure d'éloignement attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, M. D se prévaut de la naissance d'un enfant, B D le 20 avril 2021. Toutefois, cette naissance n'a aucune incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué qui s'apprécie à la date de son édiction, soit au 14 janvier 2021.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2021 par lequel préfet de la Haute-Garonne a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé pays de destination. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Benéteau, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

A. BENETEAU

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2103370

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