vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 juin 2021, le 6 juillet 2021 et le 24 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Gueye, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- émane d'un signataire incompétent ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été notifiée en l'absence d'interprète, ce qui constitue un vice de procédure et porte atteinte aux droits de la défense ;
- est entachée d'une erreur de fait quant à ses garanties de représentation ;
- est entachée d'erreur de droit et d'un détournement de procédure dès lors que sa demande de titre de séjour était en cours d'instruction ; elle est entachée d'une seconde erreur de droit dès lors qu'aucun visa n'était requis pour son entrée et son séjour sur le territoire français ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que la convention franco-brésilienne du 27 décembre 1968 ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- porte atteinte à ses droits fondamentaux ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'arrêté doit être regardé, par substitution de base légale, comme étant fondé non pas sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur les 3° et 6° du même article ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Gueye, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant brésilien né le 6 janvier 1983, est entré sur le territoire français le 29 janvier 2021 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un premier arrêté de refus de séjour pris par la préfète de Tarn-et-Garonne le 31 mai 2021, notifié le 4 juin 2021. Par arrêté du 4 juin 2021, dont M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021. Ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 29 janvier 2021 publié le même jour au recueil administratif spécial n°82-2021-015, la préfète de Tarn-et-Garonne a donné délégation à Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, si M. A fait valoir que la décision lui a été notifiée en l'absence d'un interprète, ce qui porterait atteinte à ses droits de la défense, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, il lui a été donné lecture de l'arrêté lors de sa notification et il ressort du procès-verbal d'audition de M. A lors de son placement en rétention que celui-ci parle et comprend le français.
6. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée que la préfète de Tarn-et-Garonne ne s'est nullement prononcée sur les garanties de représentation de M. A. Le moyen tiré de l'erreur de fait quant à celles-ci ne peut donc qu'être écartée.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail () ".
8. La décision attaquée est fondée sur les dispositions précitées des 2°, 3° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi que le fait valoir la préfète en défense, le motif pris du 2° doit être neutralisé dès lors que M. A ne s'est pas maintenu sur le territoire français sans solliciter un titre de séjour. La préfète de Tarn-et-Garonne pouvait néanmoins obliger M. A à quitter le territoire français sur le seul fondement des points 3° et 6° de l'article précité, dès lors que le requérant a fait l'objet d'un refus de séjour et s'est livré à une activité professionnelle sans y être autorisé.
9. D'une part, contrairement à ce que prétend M. A, la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse, qui est fondée, ainsi qu'il vient d'être dit, sur l'irrégularité de son séjour du fait du refus de délivrance de titre de séjour pris à son encontre le 31 mai 2021 ainsi que sur la circonstance qu'il a exercé une activité professionnelle sans autorisation, n'est pas intervenue alors que sa demande de titre de séjour aurait été en cours d'instruction, et n'a nullement pour base légale la décision le plaçant en rétention pour vérification d'identité. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de détournement de procédure doivent donc être écartés comme inopérants. M. A ne peut davantage utilement se prévaloir de ce qu'il aurait été abusivement retenu, une telle circonstance, à la supposer avérée, étant dépourvue de toute incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. D'autre part, si M. A fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucun visa ne pouvait lui être exigé pour entrer et se maintenir régulièrement en France pendant trois mois, il ne ressort nullement des termes de la décision attaquée que la préfète de Tarn-et-Garonne aurait entendu fonder celle-ci sur un défaut de visa. Le moyen ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
11. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui conserve d'importantes attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside son fils, n'était présent sur le territoire français que depuis quelques mois à la date de la décision attaquée. Le requérant se prévaut de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il indique avoir le projet de se marier, toutefois, il s'est déclaré célibataire lors de sa demande de titre de séjour ainsi que de son audition du 3 juin 2021 de sorte qu'il n'établit pas la réalité et la stabilité d'une telle relation. Par ailleurs, s'il se prévaut de liens d'amitié tissés sur le territoire, il n'apporte aucun élément susceptible d'en établir l'intensité. La seule circonstance qu'il justifierait d'une perspective d'embauche sur le territoire français ne suffit pas à démontrer qu'il aurait établi le centre de sa vie privée et familiale en France. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus qu'elle ne serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait la convention franco-brésilienne du 27 décembre 1968, laquelle, au demeurant, n'existe pas, n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que, pour considérer que M. A présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, la préfète de Tarn-et-Garonne s'est fondée sur la seule circonstance de ce qu'il a indiqué, lors de son audition par les services de police, qu'il souhaiterait pouvoir rester en France. En interprétant les propos de M. A comme une déclaration explicite de son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, la préfète de Tarn-et-Garonne a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'assortir la mesure d'éloignement d'un délai de départ volontaire doit être annulée, de même que, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
16. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique, d'une part, que la préfète de Tarn-et-Garonne réexamine la situation de M. A afin de prendre une nouvelle décision relative au délai imparti pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français du 4 juin 2021, d'autre part, qu'elle procède à la suppression du signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen. Il y a lieu de lui enjoindre d'exécuter de telles mesures dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais relatifs au litige :
17. L'Etat versera à Me Gueye la somme de 1 000 euros en application du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 4 juin 2021 est annulé en tant seulement qu'il refuse d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire et lui interdit le retour sur le territoire français pendant un an.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer la situation de M. A en vue de prendre une nouvelle décision relative au délai d'exécution de la mesure d'éloignement, et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de M. A dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Gueye la somme de 1 000 euros en application du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Gueye et à la préfète de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Luc, premier conseiller,
Mme Chalbos, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
C. B
Le président,
J.-C. TRUILHÉ
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026