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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103493

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103493

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2021, M. D B, représenté par Me Gueye, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 31 mai 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'erreur de fait s'agissant de sa date d'entrée en France ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour n'était soumise à aucune condition de visa ; il a par ailleurs satisfait aux exigences de la procédure de demande d'autorisation de travail ;

- elle ne pouvait lui être notifiée dans le cadre d'une décision de retenue pour vérification d'identité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français émane d'un signataire incompétent, est insuffisamment motivée et a été notifiée sans interprète ; elle est également entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ; elle lui a été notifiée alors que sa demande de titre de séjour était toujours en cours d'instruction ; elle est dépourvue de base légale et entachée d'un détournement de pouvoir ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant brésilien né le 6 janvier 1983, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail le 1er avril 2021. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 notifié le 4 juin suivant, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande.

Sur l'admission d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2021. Ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La seule circonstance qu'elle ne précise pas l'article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la condition de visa de long séjour à laquelle il est fait allusion, laquelle ne caractérise pas un motif déterminant de la décision, ne suffit pas à révéler une insuffisance de motivation en droit. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour de M. B.

5. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée indique à tort comme date d'entrée en France le 29 janvier 2021, il s'agit pourtant de la date renseignée par lui dans son formulaire de demande de titre et il ne justifie pas d'une date d'entrée différente. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " () sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne, qui a examiné distinctement la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par lui ainsi qu'une éventuelle admission de plein droit, aurait entendu lui opposer son absence de visa pour refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour, un tel motif ayant seulement été relevé pour constater qu'il ne remplissait pas les conditions d'admission au séjour de plein droit. Le moyen tiré de l'erreur de droit invoqué en ce sens doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que les motifs retenus par le préfet de la Haute-Garonne pour refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sont l'absence de considération humanitaire ou de motif exceptionnel susceptible de justifier d'une admission exceptionnelle au séjour ainsi que l'absence de détention du visa exigé à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant d'une éventuelle admission de plein droit. M. B ne conteste pas utilement de tels motifs en se prévalant de ce qu'il a déposé une demande d'autorisation de travail conforme aux dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail.

9. En sixième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision attaquée ne pouvait lui être notifiée à l'occasion d'une retenue pour vérification d'identité, les conditions de notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité. Il ne peut davantage utilement se prévaloir de ce qu'il aurait été abusivement retenu, une telle circonstance, à la supposer avérée, étant dépourvue de toute incidence sur la légalité de la décision portant refus de séjour.

10. En septième lieu, M. B invoque différents moyens à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 4 juin 2021 par la préfète de Tarn-et-Garonne à la suite du refus de séjour litigieux. De tels moyens, qui se rapportent à une décision ultérieure et distincte, ne peuvent être utilement invoqués contre la décision du 31 mai 2021 portant refus de séjour, objet de la présente requête. Ils ne peuvent donc qu'être écartés comme inopérants.

11. En dernier lieu, et à supposer que le requérant entende invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision litigieuse, il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire et sans charge de famille en France, conserve d'importantes attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside son fils. S'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il indique avoir le projet de se marier, il s'est déclaré " séparé " lors de sa demande de titre de séjour de sorte qu'il n'établit pas la réalité et la stabilité d'une telle relation. Par ailleurs, s'il se prévaut de liens d'amitié tissés sur le territoire, il n'apporte aucun élément susceptible d'en établir l'intensité, alors qu'il n'était présent sur le territoire français que depuis quelques mois à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, première conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

D. KATZ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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