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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103527

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103527

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 13 et 14 juin 2021, et un mémoire en réplique enregistré le 13 avril 2022, M. A B, représenté par Me Pougault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été prises par une autorité incompétente ;

S'agissant du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence négative, le préfet s'étant cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- le refus de titre de séjour est contraire à l'article L.313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle est contraire à l'article L.511-4 (10°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est privée de base légale dès lors que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont illégaux ;

- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L.511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 août 2021 et le 11 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 19 décembre 1981 à Peqin (Albanie), de nationalité albanaise, serait entré en France le 16 février 2019, selon ses déclarations. Sa demande d'asile ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 avril 2019, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, notifiée le 30 juillet suivant, décision confirmée par le tribunal administratif de Toulouse le 9 octobre 2019. Le 12 janvier 2021, il a sollicité un titre de séjour en tant qu'étranger malade sur le fondement de l'article L.313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. Par arrêté du 30 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. La directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 29 avril 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2021-122. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application. Il a également exposé le contenu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), et retracé le parcours migratoire de M. B ainsi que les principaux éléments de sa situation personnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée au requérant comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne que le préfet n'est pas lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII mais que rien en l'espèce dans la situation du requérant ne justifiait la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence négative dont serait entaché le refus de titre de séjour, en l'absence de toute autre précision, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

7. Dans son avis du 29 mars 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cet avis, le requérant produit deux certificats médicaux émanant de son médecin généraliste, attestant qu'il souffre de pathologies rhumatismales lourdes, que l'interruption des soins pourrait entraîner de graves séquelles et qu'il n'existe pas de traitement approprié en Albanie. Toutefois, ces certificats ne précisent ni les pathologies en cause, ni les traitements requis et qui seraient indisponibles en Albanie, ni la nature des séquelles encourues. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant ou d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son refus sur sa situation personnelle en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité. Ces moyens doivent par suite être écartés, sans qu'il soit besoin, en tout état de cause, de faire droit à la mesure d'instruction demandée par le préfet.

Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, aux termes du 10ème alinéa de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit, en raison de ce qui précède, être écarté.

11. En troisième lieu, le moyen tiré par M. B de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-4 (10°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

12. D'une part, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée en fait.

13. D'autre part, aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire n'a été retenu. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

14. Enfin, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

15. M. B soutient qu'il est exposé à une situation inhumaine et dégradante en Albanie dès lors qu'il ne pourrait bénéficier dans ce pays du traitement que nécessite son état de santé. Toutefois, pour les raisons explicitées au point 7, le risque allégué n'est pas établi. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par suite être écarté.

Sur les moyens dirigés l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ()". Aux termes du huitième alinéa de cet article : " () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

17. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il est fait application. Il fait état des éléments de la situation de M. B au vu desquels le préfet de la Haute-Garonne a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, eu égard à la durée de sa présence sur le territoire français et à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi qu'à la circonstance qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée. Cette motivation atteste ainsi de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée, tant en fait qu'en droit.

18. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

19. M. B soutient que le préfet n'a pas pris en compte ses attaches en France. Toutefois, aucune pièce du dossier ne se réfère aux liens que l'intéressé a pu tisser au cours de son séjour de 2 ans au sein de la société française. Il ressort en revanche des pièces du dossier que M. B, qui se déclare célibataire sans charge de famille, est entré en France récemment à l'âge de 37 ans, et ne fait état d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière. Il est par ailleurs constant que l'intéressé n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement en date du 17 juillet 2019. Dans ces conditions, c'est sans erreur de droit ni violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a interdit au requérant de retourner en France pour une durée d'un an.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 avril 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme C, magistrat honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

D. KATZ

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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