mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SÉRÉE DE ROCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2021 et le 14 décembre 2021, M. Ghahraman Lofti A, représenté par Me Serée de Roch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle la directrice départementale des finances publiques de l'Aveyron a confirmé la décision rapportant, à compter de l'exercice clos le 31 décembre 2020, le rescrit du 9 février 2018 qui l'autorisait à bénéficier du régime d'exonération temporaire d'impôt sur les bénéfices prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts à raison de son activité d'anesthésiste à Villefranche-de-Rouergue ;
2°) de confirmer l'application de la décision du 9 février 2018 par laquelle l'exonération susmentionnée lui a été accordée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il exerce son activité libérale de manière autonome vis-à-vis du centre hospitalier de Villefranche-Rouergue ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, l'administration ayant interprété l'article 44 quindecies du code général des impôts comme excluant nécessairement les praticiens hospitaliers ayant conclu un contrat relevant des dispositions des articles L. 6154-4 et R. 6154-4 du code de la santé publique du champ de l'exonération qu'il prévoit ;
- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales en mettant fin à la prise de position adoptée le 9 février 2018 ;
- elle a méconnu le principe de sécurité juridique.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2021 et le 5 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à la remise en vigueur de la décision du 9 février 2018 sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. Lofti A ne sont pas fondés.
Un mémoire produit pour M. Lofti A, enregistré le 23 août 2023, après la clôture d'instruction fixée au 14 novembre 2022 à 12 h 00 par ordonnance du 13 octobre 2022, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. Lofti A exerce une la profession de médecin anesthésiste au centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Ayant entamé l'exercice d'une activité libérale au sein de ce même centre le 1er septembre 2017, dans le cadre d'un contrat relevant des dispositions des articles L. 6154-4 et R. 6154-4 du code de la santé publique, M. Lofti A a saisi l'administration fiscale afin qu'elle se prononce sur son droit à bénéficier du régime d'exonération temporaire d'impôt sur les bénéfices prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts. Le 9 février 2018, l'administration fiscale, par une prise de position formelle, lui a confirmé qu'il pouvait en bénéficier en précisant toutefois que cette prise de position ne pourra être invoquée à l'avenir, notamment " () en cas de modification ultérieure de la législation ou de la doctrine ". A la suite d'une réponse ministérielle publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 18 décembre 2018 excluant dudit dispositif d'exonération les praticiens statutaires exerçant une activité libérale dans le cadre des contrats prévus aux articles L. 6154-4 et R. 6154-4 du code de la santé publique, compte tenu de leur dépendance à l'égard des établissements publics de santé, l'administration fiscale, saisie d'une demande de confirmation du rescrit du 9 février 2018, est revenue sur cette prise de position à compter de l'exercice clos le 31 décembre 2020, par un avis abrogatif notifié à M. Lofti A le 16 novembre 2020. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de la décision de la directrice départementale des finances publiques de l'Aveyron du 19 avril 2021 en tant qu'elle rapporte le rescrit du 9 février 2018 à compter de l'exercice clos le 31 décembre 2020.
Sur les conclusions tendant à la remise en vigueur de la prise de position du 9 février 2018 :
2. Il ne revient pas au juge de l'excès de pouvoir de remettre en vigueur une décision abrogée. Par suite, ainsi que le soutient l'administration fiscale en défense, les conclusions tendant à la remise en vigueur de la prise de position du 9 février 2018 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 44 quindecies du code général des impôts dans sa rédaction issue de la loi du 29 décembre 2020 de finances pour 2021 : " I. - Dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, les entreprises qui sont créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2022, soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale au sens de l'article 34 ou professionnelle au sens du 1 de l'article 92, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création ou de leur reprise et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A ()./ Les bénéfices ne sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés que pour le quart, la moitié ou les trois quarts de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours de la première, de la deuxième ou de la troisième période de douze mois suivant cette période d'exonération./ II. - Pour bénéficier de l'exonération mentionnée au I, l'entreprise doit répondre aux conditions suivantes : () e) L'entreprise n'est pas créée dans le cadre d'une extension d'activités préexistantes. L'existence d'un contrat, quelle qu'en soit la dénomination, ayant pour objet d'organiser un partenariat caractérise l'extension d'une activité préexistante lorsque l'entreprise créée ou reprenant l'activité bénéficie de l'assistance de ce partenaire, notamment en matière d'utilisation d'une enseigne, d'un nom commercial, d'une marque ou d'un savoir-faire, de conditions d'approvisionnement, de modalités de gestion administrative, contentieuse, commerciale ou technique, dans des conditions telles que cette entreprise est placée dans une situation de dépendance () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu refuser le bénéfice de l'exonération prévue au I de l'article 44 quindecies précité aux entreprises qui, eu égard à la similarité ou à la complémentarité de leur objet par rapport à celui d'entreprises antérieurement créées et aux liens de dépendance qui les unissent à ces dernières, sont privées de toute autonomie réelle et constituent de simples émanations de ces entreprises.
4. En premier lieu, M. Lofti A soutient qu'en considérant que les conditions d'exercice de son activité libérale révèlent sa dépendance à l'égard du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue, la directrice départementale des finances publiques de l'Aveyron a entaché la décision du 19 avril 2021 d'une erreur de fait. A cet égard, il souligne qu'il facture et encaisse directement ses actes auprès des Caisses de sécurité sociale ou des patients, qu'il ne rétrocède à l'hôpital que 16 % des actes facturés au titre de son activité libérale, et qu'au regard de sa situation comptable, l'activité de médecin anesthésiste libéral qu'il a développée ne peut être regardée comme " une extension d'activité préexistante " au sens de l'article 44 quindecies du code général des impôts. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du contrat d'activité libérale d'une part, que l'activité libérale développée à titre accessoire par M. Lofti A, identique à celle qu'il assure en qualité de praticien-hospitalier, est exercée au sein même du service d'anesthésie du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue dont il utilise les locaux ainsi que les moyens matériels en en partageant les charges d'exploitation au moyen du versement d'une redevance de 16 % du montant facturé pour les actes accomplis au titre de son activité libérale. D'autre part, le développement de son activité libérale est encadré par le contrat conclu avec le centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue qui limite la durée hebdomadaire de son temps de travail consacrée à son activité libérale à 20 % de la durée de son activité de praticien-hospitalier, soit sept heures, et selon lequel le nombre d'actes effectués au titre de son activité libérale doit demeurer inférieur à celui correspondant aux actes réalisés en qualité de praticien-hospitalier. S'il est constant que M. Lofti A facture et encaisse lui-même les actes réalisés dans le cadre de son activité libérale, cette charge lui incombe en vertu du contrat d'activité libérale. Ensuite, si M. Lofti A soutient détenir une patientèle propre, distincte de celle provenant du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue, il n'assortit cette affirmation d'aucune précision, le rachat de l'ancienne clinique de la ville par le centre hospitalier n'étant pas de nature à l'étayer. La circonstance que le requérant pourrait continuer d'exercer sa profession de médecin anesthésiste sous une autre forme s'il devait abandonner ses fonctions actuelles de praticien hospitalier est à ce titre sans incidence, la dépendance dans laquelle l'activité créée est exercée s'appréciant au regard des éléments factuels existants au jour de la décision contestée. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'administration fiscale n'a pas commis d'erreur de fait en retenant que les conditions d'exercice de l'activité de médecin-anesthésiste libéral assurée par M. Lofti A le plaçaient en situation de dépendance vis-à-vis du centre hospitalier de Villefranche-de-Rouergue et qu'elle a, en conséquence, estimé que son développement constituait, dans les circonstances de l'espèce, une extension de son activité de médecin-anesthésiste préexistante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
5. En deuxième lieu, en retenant que " Dans la mesure où M. D A exerce son activité libérale dans le cadre d'un contrat prévu aux articles L.6.154-4 et R.6.154-4 du CSP, il y a lieu de considérer qu'il ne remplit pas la condition visée au e du II de l'article 44 quindecies ", l'administration fiscale n'a pas entendu interpréter les dispositions de l'article 44 quindecies du code général des impôts comme excluant nécessairement du dispositif d'exonération les praticiens statutaires ayant conclu un contrat relevant des dispositions des articles L. 6154-4 et R. 6154-4 du code de la santé publique avec un établissement public de santé mais n'a fait que tirer les conséquences qui s'imposaient au terme de l'examen de sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. " Selon l'article L. 80 B du même code : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : ()/2° Lorsque l'administration n'a pas répondu dans un délai de trois mois à un redevable de bonne foi qui : ()/a notifié à l'administration sa volonté de bénéficier des dispositions des articles 39 AB, 39 AC, 39 quinquies D, 39 quinquies DA ou des articles 39 quinquies E, 39 quinquies F, 39 quinquies FA, 39 quinquies FC, 44 sexies, 44 octies A, 44 quindecies, 44 sexdecies ou 44 septdecies du code général des impôts ". Dès lors que l'administration a expressément répondu le 9 février 2018 à la demande dont elle a été saisie le 19 janvier 2018, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la violation de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. En tout état de cause, un contribuable ne peut se prévaloir d'un droit au maintien d'un rescrit, l'administration étant en droit de rapporter une prise de position formelle pour l'avenir.
7. En quatrième et dernier lieu, M. Lofti A soutient qu'en abrogeant la prise de position du 9 février 2018, l'administration a méconnu le principe de sécurité juridique garanti par la Charte du contribuable. Toutefois, un contribuable ne peut se prévaloir des dispositions de la " charte du contribuable " établie et mise en ligne par le ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, dès lors que ni l'article L. 10 du livre des procédures fiscales ni aucune autre disposition du livre des procédures fiscales ne rendent opposable à l'administration ce document. Au demeurant, ladite charte du contribuable ne contient ni ne consacre aucun principe de sécurité juridique. Par suite, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ce que la remise en cause pour l'avenir de l'exonération initialement accordée méconnaîtrait le principe de sécurité juridique consacré par la charte du contribuable.
8. Il résulte de tout ce qui précède, à supposer même que cette décision emporte des conséquences autres que fiscales, que les conclusions de M. Lofti A tendant à l'annulation de la décision du 19 avril 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Lofti A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Ghahraman Lofti A et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
F. HÉRYLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026